Le cycle de l'eautre

Fleuriste Manchot

Les larmes de la Terre.


Il était deux fois, deux jumelles qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau. À peine sorties du ventre de leur mère, elles choisirent de partir à l'aventure. Leur père, bien qu'il brillât d'amour pour elles, était souvent absent pour son travail et leur premier voyage fut à sa poursuite.

Elles se mirent en route et, fortes d'une capacité rare à se faufiler un peu partout, elles commencèrent à s'approcher, l'air de rien, de leur figure paternelle. Elles s'élevèrent côte à côte pendant plusieurs heures sans jamais que leur père ne soit proche d'elles. Et quand, continuant son travail itinéraire, leur père les laissa à leur nourrice (une femme un peu lunatique), les deux jumelles s'effondrèrent en larmes jusque dans les bras de leur mère.

Celle-ci les consola de son mieux sans pour autant réussir à sécher leurs larmes. Le lendemain, leur père revint et les emmena, sur demande de leur mère, jusqu'à l'école. Les filles y entrèrent avec joie et rencontrèrent tout un tas de petits camarades. Elles étaient comme sur un petit nuage, si vous me passez l'expression. Mais au fur et à mesure de leur parcours scolaire, elles voyaient leurs camarades quitter l'école et partir à la découverte du monde. Leur tour vint enfin quand leur groupe partit en classe de neige. Les deux jumelles revêtirent leurs plus beaux habits d'hiver, beaux comme des flocons.

Elles s'amusèrent plusieurs années durant et rencontrèrent toutes sortes de camarades : skieurs, randonneurs, guides, mais aussi marmottes, lièvres et chevreuils. Si elles ne voyaient plus leur mère, elles se sentaient plus proches de leur père. Un jour qu'elles profitaient de ses lumières, il leur confia qu'elles manquaient terriblement à leur mère. Les deux jumelles décidèrent alors de se laisser couler vers la suite de leur aventure.

« Faisons la course jusqu'à la mère ! » proposa l'une avant de s'élancer tel un torrent.

Elle courut et sauta jusqu'au pied de la montagne, avant de réaliser qu'elle ne trouvait plus sa sœur. Elle n'était pas vraiment inquiète, elles savaient que sa sœur saurait se débrouiller sans elle, mais aurait préféré voyager en sa compagnie. Elle continua à glisser doucement le long de la plaine, avant de se décider à chercher sa sœur. Elle s'enfonça alors dans les terres et rencontra ceux qui y vivaient. Ses nouveaux amis lui proposèrent de visiter leur maison, faite entièrement en bois. Elle le fit avec joie, de la cave aux poutres, mais sans y retrouver sa sœur. Alors quand elle demanda s'ils avaient vu une autre fille qui lui ressemblait comme deux gouttes d'eau, ses nouveaux amis s'exclamèrent en pointant le ciel :

« Nous l'avons vu oui ! Elle est partie par là ! »

Sans attendre, la petite fille s'élança. Mais quand elle arriva à l'école, impossible de trouver sa sœur jumelle. Elle ne céda pas aux supplications de ses nouveaux camarades et retomba immédiatement vers la plaine.

« De toute façon, même si je ne la retrouve pas, je sais où elle va ! » pensa-t-elle. Et elle reprit le long chemin sinueux qui menait jusqu'à sa mère.

Alors qu'elle allait atteindre son but, elle vit sa sœur débouler d'un chemin qui jaillissait sur le bord de la route. Quelle joie de la retrouver ! Les deux jumelles s'enlacèrent pour fêter leurs retrouvailles et partagèrent leurs aventures. Ainsi elle apprit que sa sœur s'était faufilée sous terre pour prendre un raccourci. Malheureusement pour elle le réseau était surchargé et très mal construit ! Il lui avait fallu se frayer un chemin au milieu de ses camarades, jusqu'à ce qu'elle aperçoive enfin une sortie !

Les deux jumelles continuèrent leur chemin jusqu'à rejoindre leur mère. Cependant, le bonheur que leur avait procuré leur aventure et la joie de leurs retrouvailles s'éteignirent brutalement quand elles découvrirent que leur mère était atteinte d'un cancer généralisé. La pollution du monde s'était accumulée en elle jusqu'à former une énorme tumeur qui avait contaminé tout son corps, jusqu'à ses filles.

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