Le froid (2)

Emmanuel Rastouil

Il vient souvent du nord, chargé des craintes et des désespoirs que l’homme prête à des dieux par ignorance. Il se glisse sans bruit comme un bâillon sur la bouche endormie, pour réduire au silence l’humanité se trouvant là, désemparée, hagarde, figée, perdue. Il dispose des lieux à sa guise, étale son voile de glace blanche pour pétrifier tout ce qu’il y a de nature alentour, la soumettre, l’enfermer dans un mutisme désarmant. Il est aussi de mèche avec la nuit, la contraignant à se coucher tôt et se lever tard, escamotant ainsi tout projet d’évasion.

Quelques cheminées, au creux de la plaine, donnent cependant des signes d’effronterie, crachant leur fumée opaque en souffle chaud de vie au milieu d’un océan de torpeur.

L’homme, comme l’animal, s’incline et se cache, blotti dans sa niche-cercueil, lorgnant les mansuétudes du froid pour recommencer à vivre.

Car le froid est dur et long comme une complainte mortuaire et il faut savoir la douceur de l’été et espérer la frénésie du printemps pour en accepter le joug.

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