Le métropolitain est un polisson

Hervé Lénervé

Une matinée tranquille.

J'étais de très bonne humeur ce matin-là. J'avais prévu une matinée cool, écoutez la flute enchantée du petit Wolfgang en finissant mon œuvre : des napperons crochetés de dossiers de fauteuils. Donc, bien installé dans mon fauteuil sans protection, je comptais mes mailles quand le carrelage de mon salon se fendit et après un bruit terrible et terrifiant s'effondra sur lui-même pour laisser un trou béant de deux mètres au carré. Par réflexe, je me retrouvais debout dans un coin de la pièce, tétanisé par cet effondrement de terrain. Quand la poussière se dissipa un peu je pus apercevoir une tête coiffée d'un casque de chantier émergée des antres de ma maison.

-         On est à la place Carnot ?

-         Pardon ? Répondis-je.

-         C'est la place Carnot, ici ?

-         Heu ! Pas exactement ici, vous êtes chez moi, au bas pays.

L'intrus casqué se retourna et cria dans les profondeurs.

-         J'vous l'avais dit, les gars, on est bien trop court ! Faut creuser encore un bon kilomètre. A moins que ? Attendez, les gars, je demande au monsieur !

J'écoutais perplexe ce discours surréaliste en me pinçant.

-         Monsieur, cela vous embêterait si on faisait la sortie de la ligne 11 ici ?

-         Quoi, ici, dans mon salon ?

-         Vous auriez le métro à une seconde de chez vous, c'est une sacrée plus-value pour votre bien.

-         Mais, attendez, je n'ai pas envie de voir une ribambelle d'usagers traversée ma maison.

-         Oh, vous savez, ils sont tellement pressés d'aller bosser ou de rentrer chez eux qu'ils ne vous remarqueront même pas.

-         Non et non, c'est hors de question ! Je tiens à ma tranquillité.

L'homme se retourna une nouvelle fois vers les enfers.

-         Eh, les gars, c'est toujours la même chose, les gens veulent avoir tous les avantages des transports sans accepter que ce soit dans leur salle de bain. Allez, tant pis, on continue de creuser !

Sur ce, l'homme casqué disparut en laissant ma maison éventrée.

Putain ! quelle poisse, pour une fois que je me levais de bonne humeur.

  • Ah ben v'la aut'chose, voilà que tu fais du crochet maintenant?

    · Il y a 3 mois ·
    P1000170 195

    arthur-roubignolle

    • Et du canevas aussi ! Je viens de terminer une belle représentation d’une biche et son faon escortés par une ribambelle de petits lapins blancs. :o))

      · Il y a 3 mois ·
      Photo rv livre

      Hervé Lénervé

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