Le Naufragé des Brumes

Anaël Petit

Vider une bouteille en oubliant le monde
Brûler mes entrailles pour y tuer mes peurs
Rabattre tous les temps à l'ultime seconde
Et donner prescription à toutes mes erreurs.

Je me soule et je crie
"Bacchus, accorde-moi l'oubli!"
Oublie-moi qui je suis
Oublie-moi où je vis
Oublie-moi pour la nuit
Pourquoi, pourquoi je crie?

Je veux noyer toute la mer dans son écume
Tout le noir du passé dans un instant présent
La blancheur oubliée, à l'histoire posthume,
Tous les êtres déchus, soudain, encore enfants...

Je me soule et je crie
"Bacchus, accorde-moi l'oubli!"
Oublie-moi qui je suis
Oublie-moi où je vis
Oublie-moi pour la nuit
Pourquoi, pourquoi je crie?

Et j'écris cette lettre au faîte de mon île
Sur le bord du comptoir où je me suis échoué
Avec mon amertume, un arrière-gout de bile,
A mon bateau coulé, à cet esquif troué...

Je me soule et je crie
"Bacchus, accorde-moi l'oubli!"
Oublie-moi qui je suis
Oublie-moi où je vis
Oublie-moi pour la nuit
Pourquoi, pourquoi je crie?

Cette lettre à l'amer, j'ai remise à la mer
A ces sombres héros qui savent lire l'écume,
Dans sa bouteille en verre, jetée de mon enfer
Morceau de sable blanc perdu dans notre brume...

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