Le nouvel Evangile

carolo08

Le pirate se faufila dans le système informatique central du Vatican à minuit moins onze. En quelques clics, il réussit à s'emparer des fichiers confidentiels dont lui avait parlé le prêtre Angelo. Il lui fallait maintenant décrypter les mots de passe qui empêchaient l'ouverture des éléments. Un professionnel comme lui ne pouvait pas échouer. Quelques minutes plus tard, il accéda au contenu des dossiers et écarquilla les yeux. Impossible pour lui de décoder les documents, écrits avec des caractères qui lui étaient totalement inconnus. Que pouvaient bien signifier ces textes ? Il ne lui restait plus qu'à graver les informations ainsi récoltées et à les remettre au prêtre Angelo. Il glissa le CD-ROM dans sa sacoche en cuir et quitta son bureau. Une heure plus tard, le pirate arriva au lieu de rendez-vous fixé par le commanditaire. Le point de rencontre ne laissait filtrer la lumière. La petite ruelle sombre de Rome était déserte à une heure aussi tardive, un lundi. L'ecclésiastique l'attendait déjà, une enveloppe à la main. Sans doute s'impatientait-il et se réjouissait-il d'avance de découvrir le contenu des documents dérobés.

— Voici les données que vous m'aviez demandées.

— Prenez cette enveloppe et disparaissez ! Nous ne nous sommes jamais rencontrés, c'est bien clair ?

— Très clair, même.

Les deux hommes se séparèrent et empruntèrent des chemins différents. Le pirate marchait dans une petite ruelle peu fréquentée, le sourire aux lèvres. Ce travail risqué et méticuleux lui avait procuré une bonne rémunération. Soudain, il perçut des bruits de pas derrière lui. Il se retourna, mais ne vit personne. Il poursuivit sa route et s'arrêta pour ranger le pli dans sa besace. À cet instant, il sentit une lame lui transpercer le dos et une main brutale étouffer ses cris. Il s'effondra. Le lendemain à l'aube, la police retrouva le corps sans vie du pirate et fouilla ses effets personnels. La sacoche contenait une enveloppe vide. Intrigués, les enquêteurs ne surent déterminer le mobile du crime puisqu'ils ne savaient pas ce que pouvait renfermer l'enveloppe. Un appel à témoins fut lancé. Une heure après, un homme contacta la police et confia qu'il détenait une information capitale. Il enseignait la théologie à l'université de Rome 2et avait reçu un courrier étrange : l'enveloppe indiquait juste l'auteur de la missive avec la mention « N'ouvrez uniquement cette enveloppe que si vous apprenez mon décès. » Le professeur de théologie avait suivi les instructions de l'expéditeur et avait découvert la clé USB. Il se doutait que le meurtre de l'inconnu était lié à cette clé. Il avait au préalable déjà remarqué de quoi il pourrait s'agir, mais avait préféré abandonner la lecture et remettre le support informatique aux policiers pour faire avancer l'enquête. Cependant, le commissaire chargé de l'affaire ne crut un mot des propos du professeur. Il le plaça en garde à vue, le temps d'éclaircir les détails manquants. Il confia la pièce à conviction à un expert pour en découvrir le contenu. L'expert arriva à ouvrir les fichiers et tenta de les décoder en vain. Le professeur Albertini savait que la police ne saurait pas déchiffrer les pièces. L'enquête piétinait. Pour retrouver sa liberté, il proposa un marché au commissaire : analyser les documents contre sa liberté. Après quelque temps de réflexion, le commissaire accepta. Le professeur parvint à décrypter le fichier et en resta de marbre. Il refusa de poursuivre sa lecture et de traduire ce qu'il était en train de discerner. Ainsi, il narra aux enquêteurs une histoire plus qu'extraordinaire...

— Vous m'excuserez, mais je ne peux pas continuer à lire ces documents... Vous n'avez pas idée de ce dont il s'agit !

— Vous allez faire ce qu'on vous demande et nous épargner vos commentaires ! hurla le commissaire. Sinon, je vous coffre pour le meurtre de Roberto Micelli, le pirate informatique avec lequel vous étiez en contact. — Je vous ai déjà dit que je ne le connaissais pas. Mais je crois savoir ce qu'est cette copie de manuscrit.

— Alors, racontez-moi !

— Ce texte est écrit en ancien araméen, le dialecte parlé au Pays de Canaan au temps du Christ. Il existe une légende très ancienne selon laquelle Jésus aurait écrit des manuscrits qui ne furent jamais retrouvés. Si jamais une personne mal intentionnée entrait en possession de ces textes, le monde judéo-chrétien serait en danger. Ces documents en question représenteraient les bases de la religion. Toute personne non dotée d'un cœur saint qui tenterait de s'emparer de ces manuscrits se verrait frappée par une malédiction : l'un des dix fléaux mentionnés dans l'Exode.

— Que voulez-vous dire par « cœur saint » ? demanda le commissaire.

— Un cœur saint n'est pas forcément lié à un religieux. Il s'agit tout simplement d'une personne qui n'a jamais péché, qui honore le Seigneur et qui utiliserait le contenu de ces écrits pour le bien de l'humanité. Je ne peux poursuivre ma lecture. J'ai peur de perdre la vie et de ne pas être cette personne au cœur saint dont parle la légende.

— Êtes-vous sûr de ce que vous avancez ?

— Je ne sais pas s'il s'agit réellement d'une reproduction des Écritures originales, mais quoi qu'il en soit, les vrais manuscrits sont cachés quelque part. Sans doute au Vatican. Vous vous rendez compte, ces textes que nous avons sous les yeux pourraient être les seuls manuscrits écrits par Jésus Christ !

À cet instant, le commissaire reçut un appel anonyme. La voix masculine au téléphone ne prononça que ces paroles avant de raccrocher le combiné : « un bon écrivain est un écrivain mort. » Le lendemain, à la même heure que le coup de fil de la veille, la police découvrit le cadavre d'un religieux du Vatican sur les bords du fleuve Fiume Tevere.

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