Le passé.

Marcel Alalof

Son épouse avait insisté pour qu'il se rende seul à la soirée d'inauguration. Il n'en avait pas vraiment envie, mais s'ennuyait à la maison pendant que sa femme dormait, jour et nuit.

Il se trouvait maintenant dans le grand salon du palace, perdu dans le brouhaha, au milieu de la foule des invités. Il n'avait  rencontré personne de connaissance. Mais, était il encore reconnaissable ?Il vit, à l'écart près de la sortie cet écrivain connu dont les héros étaient des lâches ou des perdants, qu'il croyait mort depuis longtemps ;il tenait, l'air songeur ,un fume-cigarette entre deux doigts de la main droite. Sa chevalière, sa moustache démodée le faisaient paraître d'un autre temps.

Il leva la tête vers la coupole de verre, contempla la nuit, noire mais claire, parsemée d'étoiles. Puis, son regard redescendit, parcourant les quelques personnes disséminées dans l'escalier qui menait à l'étage supérieur, dont les motifs de fer forgé mettaient en valeur, tels une dentelle au dessin précieux le détail des costumes de soirée, ainsi magnifiés. Et alors, il la vit. Elle se tenait de profil au bord de l'escalier, le bras posé sur la rampe, attentive à la discussion de son compagnon. Il voulut d'abord se faire reconnaître d'elle, mais d'un coup eut peur qu'elle ne le considère plus que comme un importun. D'ailleurs, peut-être l'avait-elle déjà vu et se tenait-elle ainsi, le dos tourné, pour l'éviter ?Le cœur battant à tout rompre, il ne savait que faire.

Au bout de quelques minutes, qui lui parurent une éternité, le couple se dirigea ostensiblement vers  les jardins. Ne sachant trop quoi faire, il voulut les suivre, se disant que peut être une occasion favorable se  présenterait. Il n'en fit rien ,se souvenant qu'elle avait des antennes, qu'elle se retournerait certainement, à sa grande honte le surprendrait. Il se dit alors que tant pis, essaya de ne plus y penser, continua à marcher dans les grands jardins, sans but précis, flânant pour oublier.

Il sentit qu'un manteau de fraîcheur était tombé sur ses épaules, des groupes se saluaient avant de se séparer. Il était temps de rentrer. Levant les yeux pour chercher  un chemin qui mènerait vers la sortie, il la vit alors à une trentaine de mètres, seule. Il sut qu'il ne pouvait manquer cette occasion qui ne se représenterait plus. Ce n'est qu'arrivé devant elle, qu'il comprit que ce qu'il prenait pour sa silhouette n'était que l'ombre d'un réverbère.

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