Le pendu ("le mariage pour tous")

Isabelle Polle

Je mets en ligne ce texte que j'avais proposé pour le concours des portraits de l'irrévérence.

Nous devions aller à un mariage
célébré à Boissy le Cutte village
Ou je m'emmerde au poil
J'en préfère la situation matrimoniale
de riche veuvage moins écclésial
Ma femme s'est arrêtée à l'Etoile
pour acheter de la crème anti-poils
et aller à ce mariage rapapoil
car elle est une femme à barbe
qui achète souvent chez l'arabe
sa mousse Gillette de rasage
malgré la crème DIOR anti-âge
Ma femme, c'est le I majuscule
de l'enchiantement avec enfiantement
d'un démon génétiquement différent
de la semence fertile dont j'éjacule
Trop petit était le soulier ?!
Ou le talon s'est pété après le bal
lorsque j'ai voulu prendre mon pied
en notre demeure presbytéral
Et la citrouille s'est ... faisandée.
Mais respect ! C'est ma femme
Hélas, c'est ça le drame...
Mon fol amour fut aveugle
mais notre mariage m'a rendu
instantanément la vue
Et tant ma femme beugle
que j'en suis devenu sourd
Ainsi, à mariage sans amour
Amours sans mariage
J'ai donc entrepris un marivaudage
Sur le marié version libertinage
qui, par quelques turbulences
et deux lanières cruelles
Car son audace sexuelle
n'égale que sa violence
a lié mon sort à l'écorce
de la poutre de la chapelle
J'en mesure la force
dans un va et vient
qui nous lie encore
pour n'en défaire le lien
qu'en dénouant sa moitié
ou en le sautant tout entier
Le nœud qui me bride
se durcit et se dresse
faisant branler son équilibre
jusqu'à ce qu'il ne reste
de nos 2 corps entrelacés
que le nœud si dur, si serré
mes vertèbres arrachées
et ma trachée écrasée
Comme un passe dans une chatière
qui déverrouille la chambrière
le nœud a glissé vers l'arrière
en libérant un jet de matière
Se lier pour réussir à vivre
ou se libérer pour mieux jouir ?
Se ligoter pour s'aimer mieux
ou jouir d'aimer à en mourir ?
Le problème, c'est le nœud.

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