LE PRINTEMPS

Nadia Esteba

Au Printemps, même en plein vent, dans sa folie, ce sont toutes les couleurs qui se déclinent dans notre région où de façon éphémère les narcisses font un parterre odorant et merveilleux à cette époque là, de l’année. Chacun cueille son petit bouquet, même de lilas sauvage qu’ont dit d’Espagne, qui va du blanc au rose profond au rouge fuchsia. Enfants, pour dîner de poupées aux chandelles nous prélevions ce qui nous semblait être une bougie, au centre de la mauve. Nous connaissions les teintures que laissent les fleurs sur les doigts. Dans un ordonnancement mathématique, se comptent les pétales de toutes fleurs, des marguerites du bord de chemins au gros cœur orangé qui font merveille dans un vase de grès avec les coquelicots. Vertige pourpre de ces fleurs éphémères. Celles- ci ont des étamines noires, flottantes, autour d’un haut pistil vert recouvert d’un couvercle pointu, un genre d’urne remplie de petites graines; tantôt poupée échevelée en retournant sa robe rouge, tantôt Cardinal chapeauté, pour le rouge religieux. Une couturière ferait les pétales en taffetas carmin, le pistil, en dentelles et plumetis noirs, le calice en cristaux verts de péridot. Paul DELLONG en faisait ressortir la beauté charmante dans ses tableaux. Sur les bords des chemins où pousse l’angélique, les sureaux odorants, les flambeaux du soleil, jouent une musique, tout en finesse et effets. De cuivre, d’or et de vermeil; sa main royale caresse les lilas blancs, empoudre d’une grâce subtile, les rosiers retombant aux fontaines. Dans le parfum des lys, la grâce est naturelle, Rosine, arrose avec délices, les fleurs de son jardin, où soupirent émus, œillets, violettes, marjolaine. Vers la mi Août on peut faire de magnifiques safaris- cueillette, de jolies immortelles jaunes, puis de feuilles sèches nacrées, tremblante folle avoine, qui retomberont harmonieusement dans un vase même très simple. Avec le raisin de la Sainte Madeleine, les premières figues le chasselas précoce de fin Juillet, le Cardinal du début Août la nature balise et donne les signaux de promenade. L’enfance animale, se nourrit d’odeurs de sensations tactiles de découvertes; au plus prés de la route ça balance déjà, ça sent la mer, les marécages. Il pleut mais rien ne nous retiendra. Déjà la terre restitue ses parfums ; L’herbe luit, on est bien dans la nature enveloppante comme un ressenti universel ; puis, vient ce grand arc peint par un bras géant aux mains énormes, doigts écartés nous donnant à peine l’ idée de sa force et de sa beauté, un talisman génial. Dans l’air, se dissout l’arc en ciel, cet impalpable enchantement de la métamorphose de la lumière. Comme une aquarelle illuminée De TURNER, aux tons opalescents, dans les brumes éphémères, j’écoute les couleurs d’un romantisme indéfini, où se révèlent les mystères. Les oiseaux reprennent leur envol, chantent. La musique, rêve liquide aux transparences d’or, concerto pour mandolines de Vivaldi, dans un ciel mouillé de roses. Tout est calme, tout repose.

Aujourd’hui nombre de questions se posent, existentielles plus brûlantes que jamais.

C’est un printemps différent des autres; dans le silence de l’oiseau où se font entendre les guerres, celle des hommes partout sur la terre, qu’il soient cousins, ou qu’il soient frères,cherchant querelle éternelle, comme malfrats comme des gueux. Mais comment exprimer la joie intérieure? Èclos, là en un clin d’œil, musique d’une métamorphose, coquelicots simples ou nobles roses, trop habitués que nous sommes, à l’abondance, au luxe pernicieux.

Savons nous voir ces couleurs? Van GOGH, ouvrait son cœur à Dieu; l’offrait dans un bouquet d’iris bleus, tournesols ivres de lumière, il peignait une prière, toute la splendeur des Cieux.

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