Le prodige.

Christophe Hulé

Les prodiges s'en vont, les prodiges s'en viennent, est-il besoin de nommer qui je singe ?

Les précoces vivent très mal leur scolarité, je ne peux qu'imaginer bien sûr, n'ayant pas eu la malchance de vivre cet enfer.

Leurs parents, souvent post soixante huit « tard » ou que l'on dit bobos, placent l'enfant-roi dans ces machins hors contrat qui ressemblent, à s'y méprendre, à des sectes, enfin des attrapes-gogos.

On leur apprend surtout à s'épanouir et se méfier de tout, ce qui n'arrange pas les affaires de ces pauv'gosses.

« A l'âge ou s'amuser ne suffit plus », il faut bien passer les examens, plus dure est la chute évidemment, surtout pour les parents qui ont investi un max.

- Bon, après le brevet, on laisse tomber le bac, je t'embauche dans l'entreprise, mais je te préviens, pas de passe-droit, tu commenceras au bas de l'échelle.


Le petit prodige a bien vieilli depuis, de maisons de correction en asiles, il hérite enfin, fini l'internat et les brimades.


- Votre père a bien insisté, vous ne serez légataire qu'après avoir trouvé un enfant prodige et fait son éducation.

Il vous a laissé cependant suffisamment de rentes pour mener à bien votre projet.


- Vous avez sollicité un entretien, avec une promesse de fonds, je ne le cache pas, qui a vite bousculé mon agenda.

- Oui, enfin voilà en quelques mots ce que je souhaite.


- Si tu veux travailler dans l'entreprise, voire en prendre les reines, tu devras passer par l'École de la République, que cela te plaise ou non.

- Mais euh, tous des nuls, et j'inclus les profs et la Direction.

- Bon, tu signes là ou tu retournes au mitard.

- OK mec !

- Saches que j'ai tout mon temps, si tu ne fais pas l'affaire, enfin tu me suis …

- Oui euh, Monsieur …


- Alors mon fils, on l'a décroché ce contrat.

- Oui euh, papa, haut la main. Tous des couillons de première.


- Les clauses ont été respectées, vous voilà milliardaire.


- Petit, je te nomme chercheur de tête pour cette fois, peux-tu me trouver le bon cheptel pour gérer nos affaires ?

- Enfin papa, c'est …

- Allez allez, je te donne quinze jours, j'ai déjà réservé les billets, je sais que tu ne me décevras pas.

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