L'Eau qui dort

Thibaut Kuttler

Bonjour, ceci une scène de théâtre que je tenais à partager ici, vos commentaires seront les bienvenues, bonne lecture. C'est un premier jet, il est possible qu'il y est quelques fautes d'orthographes

L'Eau qui dort


Il faut que tout s'arrête pour prendre conscience de notre mort continu. La poussière nous appelle. Poils, cellules mortes, débris. Une propreté passée. C'est la première image stimulatrice depuis mon réveil. Une lamelle du store ivre m'offre le soleil. Le blanc pharmaceutique de mon salon semble s'animer en gris océanique sous la houle des vestiges d'une tempête. L'halogène clignotante annonce la fuite d'un timide orage. Dans ce paysage tourbillonne mon émerveillement renaissant... Les imperfections du plafond deviennent des constellations clinquantes. Mes deux tableaux lavasses de motel bas de gamme, des cumulus rouges bleus et verts.

Un dirigeable de fumée déchire mon panorama onirique. Mes cerfs-volant poussiéreux s'émiettent. Les vapeurs s'actionnent en marche arrière, remontant à contre-courant la source de leur combustion.


Une bouche écarlate, un brouillard léché par une langue magenta. Je la vois pour la première fois. Elle se tiens lascive sur le divan miteux disposé à l'angle de la fenêtre au face de la porte d'entrée. Je préfère ne pas imaginer toute les saloperies qui se sont installées sur cette assise, de quoi faire fantasmer le vieux Freud durant ses consultations.

Elle a une peau brillante. Plus éclatante encore que le soleil infiltré en lambeaux. Un spectre moite dans une atmosphère pesante. Aux bords de ses lèvres désireuse se pince une cigarette incendiée. La cendre retiens la combustion par son amas grisâtre. La fumée opacifie sa silhouette, dessinant le contour d'un sarcophage: délimité par la chute de ses cheveux, la largeur de ses épaules, l'arrondie de ses seins et la signature terminale de ses hanches jusqu'à l'inclinaison de ses orteils. Elle trace la nervure épatante d'une falaise m'emportant à nouveau dans mon rêve d'évasion. Je revois l'orage fuyard, les taches devant mes yeux, un arc en ciel épileptique qui me fait tourner de l'œil.

Je rouvre les paupières. Ce con de malaise vagal m'a anéanti en une fraction de seconde.

La femme est toujours en face de moi, elle n'a pas cligné d'un œil. Les seules instants de répit que son regard m'accorde sont limités par le transport d'un filet de fumé serpentant devant ses yeux.



♀: Une mine atroce.


:Qui êtes-vous?


Un temps


: Je suis le léger sifflement qui te titille les membranes de tes tympans, la voix doucereuse stimulant tes acouphènes. Un courant d'air, un tout et un éphémère. Mon emprunte t'es familière et pourtant tu ne peux m'identifier. Rassure toi, c'est normal. Quelque chose à changé.


: J'ai rien compris. Ton charabia c'est comme un black out post-éthilique. Je t'ai connu un jour et tu essais de me faire comprendre que je suis un enfoiré de mec qui se rappelle même pas de la personne qui s'était connecté à sa libido un soir flou? Si c'est le cas je vais te demander de te casser de ma vue. Tu es chez moi, et je ne veux nul autre être humain dans les environs. Compris.


♀: Où sont tes promesses? Il me semblait que j'aurais au moins le droit à un petit espace dans ton tiroir à sous-vêtement, un petit endroit à moi après nos miettes que nous avons laissez tout les deux?


Elle semble me connaître depuis l'aube de mes jours, et malgré tout ma conscience ne me la clarifie pas. Aurais-je fait chuter des souvenirs au bords des falaises de mon rêve ?

Elle me fait peur, peur par sa connaissance de mon amnésie, peur comme les résultats médicaux dramatique qu'un médecin peut nous annoncer. Je me sens frissonner tout entier, j'imite l'effeuillage des arbres à l'automne. Un froid d'hiver commence à brouillarder mes yeux. Ma bouche déglutit d'elle même et la sienne s'ouvre.


♀: détend toi. Soupire. Le Mal est fait, il est imperturbable. Je suis juste venu contempler ton propre tableau.


♂: De quelles miettes me parlez vous?


♀: On a du pain sur la planche, dit moi déjà « Tu », s'il te plaît. Évitons les politesses inutiles. Je ne suis pas là pour ça. Sache simplement que je te connais tout entier, qualité et défaut mixés. Je maîtrise le sujet sur le cent pour cent de ta personnalité.


un temps


♂: Mon nom.


♀: Inutile. Tu ne les retiens jamais, tu jures sur l'excuse des rencontres de soirées, ou les regards se croisent, les salives alcoolisées se mélangent, mais les identités ne parviennent jamais à se cramponner à ton intérêt. Imagine toi en soirée ! Bon plus intimiste, nous sommes deux. Mais ne t'arrête pas à ce simple détail, je m'en fou de ton prénom, tu ignores le mien, et malgré tout nous nous connaissons très bien.


♂: Le jour de ma naissance.


♀ : Simpliste, le quatorze juin, gémeau ascendant lion, astrologie amérindienne: cerf, arbre protecteur: figuier. Oui tu es étranges. Tout ces signes en relation avec l'Ego, la fourberie, le sexe et la fuite. Je n'ai pas indiqué ton âge, car tu es un vieil enfant ou un jeune adulte selon tes phases psychiques.


♂: J'en balbutie, je ne comprend rien à cette déchetterie d'information, tu fais la fière avec ton regard hautain et ton cynisme aigre en bouche. Cherchons plus compliqué. Peut-être que je t'ai baratiné avec tout ces références pour impressionner la fille fragile coincée sous ton armure de fierté. Plus sombre et plus labyrinthique, d'accord, ma peur?


♀: L'abandon, la disparition de tout ton être public et intime dans la moindre synapse de tes proches, l'oublie de ton nom, de ton excentricité, de ton humour décalé. Tu couches avec tes «amies» pour approfondir un lien dans lequel tu n'as pas réellement confiance. Et pourtant il n'y a que destruction au final. Tu te crois brillant et ruisselant de bonnes ondes, mais en réalité tu n'est qu'un combustible brûlant devant le regard de ton entourage avant de disparaître. Ça pique les yeux? Tu deviens rouge je le vois, tes oreilles brûlent et ton front perle à présent. Même ton corps réagis et suinte pour ne pas te balancer dans l'oubli.


♂: arrêtez!


Je viens d'aseptiser tout l'espace sonore avec mon cris de gueule. Elle me regarde souriant jusqu'au contacte de ses oreilles, les yeux grands ouvert en un tourbillon sylvestre.

Je sens que ma hausse de ton a réveillé l'une de mes cordes vocales, fuyant les murailles du silence. Elle se suspend là, aux bords de mes lèvres avant de chuter à terre, dégringolant mon corps brisé comme un drap noué au bords des barreaux limés. La suspension d'une évasion.


♂: Évasion. Je suis là suite à une évasion, je ne sais plus pourquoi, mais je le ressens. Je me rappelle la douleur d'avoir été cloisonné entre quatre murs, étriqué dans une couverture trop petite. J'avais les pieds glacés toute les nuits et je ne pouvais faire autrement, je devais partir.


♀: Intéressant. Tu justifie ta venue ici comme une nécessité, tu as fuis mon pauvre, fuis sans te retourner, sans conserver le liant de ton passé, sans te remettre en question ? Sans inspiré un grand coup le parfum de tout tes proches. Partir sans rien, avec rien, pour rien.


♂: Non, je suis bien là pour quelque chose, bien là pour une raison. J'y suis pour vivre.


( ♀ rit)


♀: Et moi, pourquoi je suis ici ?


♂: Je n'en sais rien, tu es venu chez moi, c'est tout. Intrusive.


♀: Ou peut-être est-ce toi qui m'a placer dans la chambre.


♂: Placez ?


♀: Oublie ça. Profite de ce moment, ça n'arrive pas à tout le monde de rencontrer quelqu'un en imprévu. Nous nous regardons comme un reflet déformé. Essayant de contempler les deux faces d'une pièce lors d'un lancer de pile ou face. Tout est en fondu. Le chiffre se noie dans la silhouette ciselée d'argent. Le plat de la monnaie devient sphère, tourbillon clinquant en suspension. Une étoile métallique au bord de l'implosion. Nous ne savons pas qui nous sommes et pourtant, nous sommes nus pour l'un et l'autre.


♂: Sors de chez moi, tu m'as assez pollué.


♀: Il n'y a plus de clef dans la serrure maintenant. J'aimerais bien te laisser seul crois le moi bien, mais une chose supérieur à nos deux petites coexistences nous l'interdit. J'ai essayé durant ton amnésie et ton sommeil en entre deux, de m'éclipser à coups de griffe, à détonner mes doigts dans la rainure de la porte. Mais je sens que l'espace se fond autours de nous, que tout se cautérise en boursouflure noirâtre. Papier peint de nécrose.


♂: Je crois que j'ai, perdu, la clef. Je crois que je ne voulais plus sortir, plus affronter les monstres. Les voix des canalisations, le murmure qui fait battre le pouls.


♀: Reste avec moi. Ne remontes pas tes iris sous tes paupières. Tu t'es déjà évadé rappelles le toi. Ici c'est un refuge pour toi. Tu me l'as fait comprendre tout à l'heure.


♂ : Pourquoi cette angoisse? Oui tu me fais sourire. Depuis l'origine tu te permets d'être mon juge. Ma moralisatrice. Piteuse. Ce n'est qu'un jeu ? Ce n'est qu'un divertissement pour toi ? Une provocation pour te permettre de redessiner le maquillage de tes yeux. Regonflons notre orgueil. Il est une vérité unique, les femmes aux attraits hypnotiques, aux courbes bavantes endurcissent leur petit minois avec des paroles cinglantes et un caractère en côte de mailles. Joue toi de moi. Insulte moi. Je sais que tu n'es plus si décontracté qu'auparavant.

La vérité est que si je m'évade, tu te retrouves seul. Claustrophobe et insociable par dépit.


♀: Prend tes aises. Jouis. Touche à la petite mort. Mais tes évasions ne sont que fuites. Elles n'avancent et ne reculent en rien à tes obsessions. Il est facile de se défouler sur la seule personne présente en face de soi. Et, il est très intéressant de remarquer que tu ne crées la discussion qu'autour de ta petite personne, épuisée, amnésique et en position de totale soumission face à la vie. Tu es tellement nombriliste que ta seule préoccupation est de savoir de combien de degré ta pisse réchauffe une plaine enneigée.


♂: C'est parce qu'il n'y a pas de sujet que je parle de moi. Je n'aime pas le silence. Je n'aime pas perdre mon temps à regarder les gens dormir.


♀: De quelle personne endormie me parles-tu ?


♂: Je ne sais pas. C'était un simple exemple.


♀: Connais-tu au moins une seule personne ?


♂: Calmes-toi. Crois-moi j'en connais des personnes. J'ai beaucoup d'ami.


♀: Attend. Je ne te parle pas de ses silhouettes vaporeuses qui se trimbalent dans tes souvenirs de soirée. Je ne te parle pas de cette image flou d'une identité hybride où les visages se fondent l'un dans l'autre. Comment pourrais-tu Connaître une personne. Tu n'as pas de camarade, ta photo de classe à des airs fantomatiques, il n'y a que toi sur le cliché, en bordure d'estrade.


♂: Je suis au bout. Arrêtons. J'ai des fleurs sur la peau et l'impression de boire la mer en potage à la petite cuillère.


♀: Tu ressens. Je pensais que tu t'étais enterré la mémoire des fonds des yeux. C'est très beau. Très beau. Tiens j'en verserais presque une petite bille d'émotion. Tu aimerais évacué ça en un éternuement violent j'imagine. Une contraction et l'on se purge de l'intérieur. Les sentiments sont synonymes de bactéries ?


♂: Je ne suis pas instable. Je suis bel et bien assis en dîner conviviale avec ma propre vie.


♀: Tu me mens. Et pire au dessus de cela. Tu te mens. Et ça me fait rire. Car je le vois bien idiot que tu pleures depuis quelques minutes. Enfin que tu s'écrête des fluides salés par les yeux. Je ne veux pas te vexer et te dire qu'il s'agit de larmes. Tu sens ça dans ta gorge hein. La petite contraction au fond du palais. Les narines qui se ressert comme devant un plat trop poivré. L'expiration légèrement teintée d'un râle de fausset. Moi je n'ai pas honte de pleurer pour les autres. J'ai beaucoup pleuré pour toi il faut que tu le saches. Les vivants vivent et les morts dorment. Et par moment tu t'es assoupis au bord du sommeil. De la falaise exigu, contemplant l'orage et les tempes battantes du tonnerre.


un temps


♂: Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ? Qui es-tu ?


♀: DE. un temps. Qui es-tu ? DE. Quiétude. C'est pour ça que tu m'as recherché. Hésitant sans arrêt à me prendre par le bout des doigts ou à me jeter à la benne à ordure. Tu me hellais, vociférant la glaire de ton histoire hors de ta bouche. J'étais là. Tu te taisais, mutisme forcé, lèvres contreplaquées et langue aplatit, J'étais là. Silence. Je suis combustible. Graviers incandescents éjaculées. Brise-glace de ta banquise. Termite de ton bois. Terminus du train. Je suis une balle de type 9mm Browning court que tu as placé dans la chambre d'un Beretta glissé entre deux caleçons de ton tiroir à sous-vêtement. Je suis la piqûre du moustique que tu attendais dans ta nuit pour te frapper au visage et te réveiller. Je ne sais pas vraiment pourquoi tu m'as tant appelé. Je te jure, j'ai pourtant essayé de laisser ta voix sur le répondeur en ne décrochant pas. Mais le harcèlement mène toujours à la peine. A la maison de correction de ta mémoire. Le bouton « Reset » n'existe pas. Tu voulais te finir dans un baiser d'asphyxie. Un vase non-communiquant de respiration. J'étais là. Et je suis là pour te dire : « Tu ne t'es pas raté ».


regarde ♂, le temps qu'il faudra pour dire adieu à un Ami. Disparaît. ♂ continue de fixé un point dans la direction où se tenait ♀. Souffle, gargarise ses émotions retrouvées. Ferme les yeux. Un temps. Il penche la tête de côté.


Noir


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