Les âmes éternelles / Chapitre 1

shude

Chapitre 1

Mon arrivée dans le monde des humains date d'une semaine. Pendant toute cette semaine, Aldric, mon mentor, m'expliqua les us et coutumes du monde dans lequel je vis désormais.

Plongé dans un des nombreux livres posés sur la table, il boit son infect breuvage qu'il appelle « café ». Il m'en avait donné lors de mon premier jour, l'odeur était agréable, mais à peine une gorgée avalée que j'ai tout recraché.

Il avait éclaté de rire en disant que c'était un sacrilège de recracher du Bourbon pointu, l'un des cafés les plus chers au monde. Bourbon pointu ou pas, ce que je savais moi, c'est que c'était tout simplement imbuvable. Il avait rajouté du sucre, et rien à faire mes nouveaux sens d'être physique détesté ce breuvage.

Aldric relève la tête de son livre et me fixe avec ses grands yeux noirs

— Ça ne va pas ? Demande-t-il.

— Si, tout va bien. Répondis-je en secouant la tête.

Aldric m'observe quelques instants. Je baisse la tête sur le manuel d'instruction qu'il m'avait demandé de lire. Mais tout ne va pas si bien que ça ai-je pensé dans mon for intérieur. Je veux sortir voir le monde et non resté assis à cette table. Depuis que je suis là, je n'avais pas encore mis les pieds dehors.

Il était encore trop tôt m'avait-il dit, car en tant qu'être de pure énergie avant mon arrivé sur Terre, je devais d'abord apprendre a manié mon corps physique. Quand il se replonge dans sa lecture, je hausse les yeux pour l'épier. D'où je viens, mon parrain m'avait expliqué, que les mentors et les parrains appartenaient à une caste supérieure aux faucheurs. Ils faisaient parties de ce qu'on appelait des Trônes.

Il y en a quatre au total, et certains membres d'entre elles rejoignent l'ordre des faucheurs et renoncent ainsi définitivement à leur appartenance. J'avais plusieurs fois insisté pour qu'il me parle d'eux, mais il avait refusé en prétextant que les faucheurs ne devaient pas se mêler des affaires des quatre maisons.

— Sois patient Ethan. Me murmure Aldric. Tu sortiras bientôt pour le moment tu n'est pas encore près. Il jette un coup d'œil au manuel posé devant moi. Dû moins si tu arrives à le finir.... Et à ce rythme j'ose espérer que ça soit avant la fin de ton année.

Un sourire malicieux se dessine sur ses lèvres, ce qui me fait sourire. À notre première rencontre, il semblait être un grand-père grincheux avec sa barbe grise et ses grosses lunettes. J'avais appris à le connaître pendant cette semaine et il était beaucoup plus espiègle que grincheux.

— Ce manuel est énorme... je le lis depuis une semaine et je ne suis même pas à la moitié. Ai-je plains.

— Alors, lis plus vite. Ton prédécesseur la lut en trois jours.

— Je ne suis pas mon prédécesseur. Répondis-je vexer . Et puis d'abord pourquoi dois-je le lire en entier maintenant .

Il ferme son livre et le repousse devant lui. Il fait apparaître un énorme livre en cuir noir qu'il dépose devant moi. Intrigué, je demande :

— Qu'est-ce que c'est ?

— Le livre des faucheurs. Chaque mentor en possède un et chaque exemplaire est unique.

J'effleure délicatement du doigt la couverture. Il semble vieux, très vieux. Aldric ouvre le livre.

Je le feuillette, en tournant une à une les pages soigneusement. Elles sont noircies par des écritures toutes différentes.

— À la fin de son année, l'apprenti écrit ce qu'il a appris de plus important sur Terre. Toi aussi un jour tu écriras dans ce livre. Mais avant de te confronter au monde des humains, tu dois savoir comment te comporter parmi eux. Et pour ça, il faut que tu lises ce manuel. Déclare-t-il d'un air sévère.

Je regarde Aldric, son air malicieux avait disparu, il affiche maintenant un visage sérieux voir de froideur. Je comprends que pour lui le manuel est important et mon refus de m'investir dans sa lecture l'avait légèrement irrité.

— Qui a-t-il d'écrit dans le livre ?

— Je ne sais pas. Les mentors ne sont pas autorisés à le lire. Il se passe de faucheur en faucheur et quand tu seras près tu pourras toi aussi le lire à ton tour. Répondit-il d'une voix froide.

À mon réveil ce matin Aldric n’était pas là. Pour la première fois depuis une semaine, je me retrouvé seul. Depuis mon lit je balaye l'appartement du regard. Sans sa présence la pièce, est étrangement vide et même l’odeur de son infect café n’est pas présent dans l’air.

Ses livres sont méticuleusement empilés sur la table et sa tasse à café posée sur l’évier. Je me lève et enfile ma robe de chambre. Un sentiment que je n'avais jamais ressenti s'empare de moi.

Mon cœur s'accélère et des picotements se font sentir dans ma poitrine. J’avais lu quelque chose au sujet de cet étrange phénomène dans le manuel d'instruction, il appelait cela : l'angoisse.

Je me mords légèrement la lèvre supérieure, en espérant que mon attitude de la veille n'est pas la cause de son absence. Je me rends compte qu'il avait raison, quand il disait que je n'étais pas encore près, car si son seul manque me mettait dans tout ces états, c’est qu’il me resté encore beaucoup de choses à apprendre, avant de pouvoir affronté seul le monde.

Pourtant, mon envie de franchir la porte d’entrée pour voir ce qui se passe dehors s'intensifie chaque jour de plus en plus.

Mon manuel dans les mains je m’installe sur le canapé et reprends ma lecture là ou je l’ai laissé hier soir. Après quelques heures de lecture, Aldric réapparaît enfin le sourire aux lèvres.

Je pousse un soupire de soulagement. Le nœud qui s’était formé ce matin dans mon ventre disparut aussitôt

— Hé bien mon garçon, tu en fais une drôle de tête.

— C’est... c’est que j’ai cru que vous étiez parti à cause de mon attitude d’hier soir. Ai-je répondis bredouillant.

Aldric éclate de rire.

— Je suis navré de t’avoir causé du souci, mais j’ai dû m’absenter pour régler une affaire urgente.

— Une affaire urgente ? Repris-je, quand il prit une chaise pour s’installer à côté de moi.

— Rien de bien inquiétant rassure toi.

Je vois dans ses yeux son inquiétude qu'il tente de dissimuler derrière son sourire. Mais je ne suis pas dupe, je sais qu'il ne me dit pas la vérité. Outré, il me regarde de la tête au pied :

— Tu es toujours en pyjama à cette heure de la journée ? Allez va te laver et change-toi, nous allons faire une petite promenade.

Je sursaute. J'ai du mal à croire ce que je viens d'entendre.

— Une promenade ? Dehors ?

— Mais où donc crois-tu qu'on se promène mon garçon ? Répondit-il taquin.

Je file sous la douche et me brossent les dents en même temps. Dix minutes plus tard, je ressors de la salle de bain rutilant de fraicheur. Aldric a pris soin de préparer mes habits. Je me glisse dans un jeans bleu et enfile une chemise blanche. Il me tend une veste en cuir noire et me noue une écharpe grise autour du cou.

― Un vrai gentleman. Complimente-t-il. Il regarde mes pieds et avec un sourire moqueur me tapote l'épaule. Enfin quand tu enfileras tes chaussures.

— N’oublie pas. Tes sens d’humain vont êtres décuplés dès, qu’on sortira de l’appartement. Ici la magie des faucheurs est omniprésente, mais dehors il n’y aura rien de tout ça.

Je fixe Aldric droit dans les yeux pour lui faire comprendre que j’ai bien compris. Après mille et une recommandations, nous sortons enfin.

Mon premier pas dans ce Nouveau Monde fut étrange. Des sensations que je n’avais jamais ressenties auparavant s’emparent de moi. Je frissonne. Mes 5 sens se sont décuplés dès que j’ai franchi le seuil de ma porte, mon ouïe s’est affinée, ma vue s'est faite plus perçante et mon odorat s'est développé.

Je sentais des odeurs nouvelles qui m'ont troublé. Je ne pouvais dire s’ils m’étaient agréables ou non tant ils m’étaient étrangers. Aldric me prend le poignet. Je sursaute au contact de sa main sur ma peau nue. Une douce chaleur se repent, agréable et bienveillante.

— Prêt ? Demande-t-il.

 — Prêt ! Répondis-je un grand sourire aux lèvres .

Mes yeux s’écarquillèrent devant cette cacophonie de sons et je reste médusé devant cette palette de couleurs. J’avais appris les couleurs dans mon manuel, je savais à quoi ils ressemblent, mais j’étais loin de m’imaginer qu’on pouvait les associer entre elles. Chez moi il n’y avait que deux couleurs ; le blanc et le gris. Et ce n’étaient pas exactement les mêmes que sur Terre, car ils scintillaient. J’observe attentivement le groupe de personnes qui passe devant nous. Il est composé de trois femmes et deux hommes. À leur jeune âge, je devine que ce sont des enfants, ou plus précisément des adolescents. Les garçons sont habillés d’un jean semblable au mien, l’un porte un tee-shirt rouge et l’autre un débardeur. Deux des filles sont vêtues elles aussi de jeans avec des hauts différents. La troisième attire cependant mon attention, elle a un drôle de vêtement qui laisse dévoilé ses jambes, ça lui arrive un peu plus bas que les fesses et semble ne faire qu’un avec le haut.

― Qu’est-ce que c’est ? questionné-je.

― Quoi donc ?

 — Là, ce que porte la fille.

— Ah mon jeune ami ! s’exclame Aldric en contemplant la jeune fille. C’est ce qu’on appelle une robe. Les humaines aiment bien en portées.

— Toutes ses « robes » sont-elles aussi courtes ?

Non, il y a toute sorte de grandeur. Mais je dois bien avouer que celle-ci est indécemment courte.

Je regarde le groupe d’adolescents s’éloigner, tandis que mon mentor s’aventure à son tour dans la rue. Je presse le pas pour le rattraper, scrutant chaque paysage qui défile sous mes yeux.

— Ou allons vous ?

Là-bas ! me montre-t-il du doigt.

Je suis la direction du doigt, il désigne une grande maison avec un énorme écriteau vert sur la façade que je ne su déchiffrer. Je savais lire et écriture en langage des faucheurs, mais je n’avais pas encore appris ceux des humains

— Et qu’est c’est là-bas ?

— Un Café, il me faut ma dose. Me répondit-il avec un grand sourire .

Je le regarde traverser la route bouche bée. Il m’avait fait sortir que pour son café ? Soit, soupiré-je. Si ce breuvage était la cause de ma sortie, je ne peux que lui être reconnaissant. Je rejoins Aldric de l’autre côté en faisant attention à bien regardé quand je traverse. J’avais lu ça dans mon manuel « regardez bien chaque côté de la route avant de vous aventuré sur la chaussée. Les voitures, les camions et autres véhicules à moteur sont mortels. »

Mon mentor m’attend. Toujours avec son grand sourire sur le visage. Je me demande se qu'il cache.

Pourquoi t’es-tu décidé à me laisser sortir ? lui demandé-je, quand j’arrive à ses côtés.

 — Pour prendre un café.

— Mais je n’aime pas le café moi.

Sans m’écouter, il entre dans l'étrange demeure. Je le suis. En franchissant la porte, l’odeur du café et d’autres éléments inconnus emplissent mes narines. C’est agréable, je dois l’avouer.

— Il n’y a pas que du café ici. Je suis sûr que tu trouveras quelque chose qui sera à ton goût.

Aldric s’avance vers une jeune fille qui se tient derrière une étrange table.

— Bonjour mademoiselle, un double expresso et un muffin au chocolat s’il vous plait. Et pour toi Ethan ça sera quoi ? Me demande-t-il amusé.

Je suis paniqué, je n’ai rien lu dans le manuel qui parle de tout ceci. La jeune fille me fixe et ses joues d’un teint de pêche s’empourprent.

— Euh... balbutiai-je. Je ne sais pas.

La jeune fille tente de m’expliquer ce qu’elle propose. Mais je ne sais pour qu’elle raison elle est troublée quand elle me parle. Aldric semble amusé par la scène qui se joue devant lui.

— Ça sera un chocolat viennois et un muffin au chocolat aussi pour lui mademoiselle. Finit-il par dire.

Elle acquiesce de la tête et s’éloigne de son étrange table.

— Hé bien mon cher ami, il semble que tu plais aux femmes. Je le regarde interloquer, je ne comprends pas ce qu’il voulait dire par là.

Quelque instant plus tard, elle revient avec un plateau ou deux tasses fumantes sont posées dessus avec deux énormes masses marron. Mon mentor sort un billet de sa poche et le donne à la jeune fille. De l’argent pensé-je. C’est la première fois que j’en vois. Dans le manuel il disait que cela faisait tourner l’économie du monde.

Installé confortablement à une table. Aldric pose devant moi ma tasse et une des deux énormes masses marron.

— Qu’est ce que c’est ?

Il me regarde et soupire.

— Arrête de toujours poser cette question. Bois et mange. M’ordonne-t-il .

J’obéis. Je croque dans la masse marron, et les saveurs qui s’en dégagent m’envahissent le palais. C’est sucré et moelleux. J’entame une deuxième bouchée et je gémis de plaisir. C’est tout simplement trop bon. Aldric me regarde satisfait.

Je prends ensuite ma tasse à deux mains et y plonge mes lèvres, c’est chaud, mais pas brûlant. J’avale une gorgée, la douceur et la saveur de ce « chocolat viennois » me plongent dans un état de bien-être.

— Tu aimes ?

Oh oui énormément, c’est bien mieux que ton affreux café. Lui dis-je en désignant sa tasse .

Il me sourit en croquant à son tour dans son muffin.

― Que voulais-tu dire par « tu plais aux femmes » tout à l'heure ?

— Chez les humains, tu es considéré comme quelqu’un d’extrêmement séduisant. La preuve toutes les femmes présentes ici te regarde.

Surpris par ce qu’il vient de dire, je regarde attentivement autour de moi. Et effectivement, toute la gent féminine a les yeux rivés sur moi.

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