Les enquêtes du commissaire Perlicchi 13, 14 et 15

Violette Ruer

13

Dure réalité

          Mickael, le fils de Caroline, se remettait peu à peu de sa pneumonie. Il regardait autour de lui, un monde qu’il ne connaissait pas. Il fixa sa mère :

-        Où suis-je ?

 

-        A l’hôpital mon chéri….

          Le regard du gamin ne reflétait pas l’émerveillement mais une angoisse indescriptible.

-        où sont les frères et sœurs de la Maison de Santé ?

 

-        Mickael, nous ne somme plus au « Prisme de la Vérité » mais ne t’inquiète pas, il ne nous arrivera rien, nous sommes protégés…

          Il se mit à hurler qu’il voulait retrouver ses frères amis, que sa mère n’avait pas le droit de l’empêcher d’y retourner… Son père viendrait le chercher, il en était sûr…

          Caroline savait exactement ce que son fils dirait dès qu’il serait guéri et pourtant elle se sentit mal en entendant ces paroles. De plus il prenait Thomas pour son père tout en sachant qu’il était le fils de l’Elu. Il le qualifiait ainsi car le Supervisor l’avait convoqué chez lui, dans ses appartements, avant que Mickael ne tombe malade et lui avait dit que bientôt sa vie allait s’illuminer, que sa mère avait choisi d’y renoncer et qu’il devait la chasser de son existence. Thomas, qu’avait-il dit ? Rien…Elle ne s’en étonna pas.

          Le Supervisor, l’Elu ! Il ne fallait pas charrier ! Le commissaire, qui venait d’arriver, était stupéfait devant le cerveau manipulé de ce gamin d’à peine onze ans. Il fallait  trouver un excellent psychanalyste pour la préservation de l’enfant. Cela n’allait pas être facile de le convaincre, une trouvaille miraculeuse serait la bienvenue ! Il risquait de s’enfuir à la moindre occasion. Quelle galère ! Il ne restait plus qu’à le mettre dans un endroit très sûr, avec du personnel trié sur le volet car ces satanés « Frères » pouvaient se trouver partout !

          Caroline décida néanmoins de porter plainte contre le Maître et l’Ordre. Elle savait exactement où elle mettait les pieds et aussi que les prochaines semaines, voire mois, seraient très difficiles. Elle le faisait pour elle et son fils et tous les autres martyrs de cette fichue organisation !

14

Un nouvel allié

          Dans sa cellule le « Maître » hurlait qu’il voulait téléphoner à son avocat. Le commissaire, témoin de sa colère, ne s’en préoccupait pas. Cette homme emprisonnait à vie des gens de tous niveaux par endoctrinement alors il pouvait bien faire son cinéma, ce n’était que le purgatoire, pas question de le laisser s’en tirer cette fois. Toute la lumière serait faîte sur les manipulations mentales, les sévices physiques et les abus de confiance concernant les biens des adeptes. Un vrai roman fleuve noir l’existence de ce triste sire ! Caroline n’était pas encore au bout de ses peines et le commissaire non plus ! Le personnage était coriace et tout pouvait basculer sur la moindre erreur.

          Voilà qu’arrivait l’avocat, Maître Steinbeck, alerté par le second de l’Ordre du Prisme de la Vérité. Son client avait des droits et ils avaient été bafoués car mis en cellule sans motif au préalable justifié. Il sortait d’où celui là ? Son client n’avait pas de nom pour le moment alors de qui était-il l’avocat ? Supervisor n’avait aucune existence légale….

          « Je suis l’avocat de monsieur Dunoz de Darville alias maître de l’Ordre…. Il avait le droit de garder secret son véritable nom pour les adeptes…. »

          Ce foutu gourou était de naissance noble en plus ! Le bout du tunnel n’était pas pour demain !

          « De quoi est-il accusé au juste ? »

          «  Oh presque rien ! viol, agressions sexuelles diverses sur mineurs, manipulation et emprise mentale, vols de biens, non assistance à personnes en danger, rites dangereux et obscènes et j’en passe !

          « Avez-vous des preuves ? »

          Le commissaire perdait patience car tout un bastion d’adeptes envahissait l’hôtel de police. Il ordonna aussitôt que tous ces illuminés soient mis dehors. Un adolescent, ou du moins en avait-il l’air, s’était mis à l’écart. Un adepte lui prit le bras pour le forcer à le suivre mais le commissaire arrêta son geste.

          « Ce jeune homme ne semble pas avoir envie de vous suivre… Alors il reste ici… »

          Le regard de l’adepte lançait des éclairs ! « Frère Germain » était un peu perturbé alors il n’était pas question de l’abandonner à un système contraire à ses convictions.

          Le commissaire demanda à « Frère Germain » son avis et celui-ci refusa de quitter le commissariat. Ainsi fut fait et dans un bruissement de toile l’adepte partit en marmonnant des menaces contre le commissaire.

          Le jeune garçon, de dix neuf ans en réalité, avoua que son vrai nom était Mathieu Ménard et que ses parents l’avaient entraîné dans cette secte le premier dimanche automnal de ses six ans. Il ne voulait plus y retourner, c’était trop horrible !

          Connaissait-il Caroline ? Celle qui s’est enfuie et revenue prendre son fils ? Oui. Il la connaissait bien, elle l’avait aidé plusieurs fois et il voulait témoigner comme elle. Comment savait-il qu’elle allait témoigner contre l’Ordre ? Tous les adeptes en parlaient et la critiquaient ouvertement, évidemment entraînés par les « second degré ».

          Un allié de plus dans cette affaire était une aubaine que le commissaire n’allait pas laisser filer. Il le confia aux services de protection qui s’occupait également de Caroline, sans les mettre ensemble pour éviter que l’avocat ne mette en avant une coalition contre son « cher » client. Ce baveux n’allait pas le « baiser » si facilement !

          Les pensées de Tonio Perlicchi ne cessaient de tourbillonner dans sa tête. Il allait s’en payer une belle tranche avec ce salaud ! Perquisition du sous-bois pour commencer avec déplacement de la statue du « Seigneur des lieux. Personne ne pourrait l’en empêcher selon l’article 56 et autres du Code de procédure pénale. Le sous-bois était dans le lieu d’habitation de Sir Dunoz de Darville puisqu’il clamait haut et fort que son domaine était un lieu privé !Il s’agissait d’une enquête de flagrance et relevait de la criminalité alors l’autorisation de l’occupant n’était pas nécessaire même avec une armée d’avocats. Sir de Darvile était d’origine canadienne et pensait qu’un mandat de perquisition était nécessaire…grossière erreur !

15

Tous des innocents !

          Le juge Yves Chéret décida d’inculper Sir de Darville après la trouvaille de choix dans le parc et sous la statue de celui-ci. Il n’y avait aucun doute : les ossements trouvés étaient humains. Donc, meurtres divers furent les chefs d’accusation.

          Maître Steinbeck objecta que le maître pouvait ne pas être au courant de ces crimes…. Le devoir du commissaire était de trouver des preuves le reliant à son client…. Il allait se battre jusqu’au bout pour l’innocenter. Pourquoi ne pas brandir un étendard ! Qu’il reste sur son nuage encore un peu, cela n’allait pas durer et la chute serait terrible !

          Tonio Perlicchi avait du mal à garder son calme, un vent de colère soufflait dans la pièce, ce pingouin l’énervait au plus haut point ! Il se contenait pour ne pas exploser ! Du calme se disait-il, je larguerai les amarres au tribunal… Il aspirait à un peu de sérénité car ces derniers jours furent très stressants. Bon, il fallait écrire noir sur blanc les noms des témoins : pourvu que Mathieu Ménard et Caroline Pinay tiennent le coup ! A ce propos, Pinay était-ce son nom de jeune fille ou celui de son mari de pacotille !

          Tandis qu’il se posait la question, un inspecteur l’avertit qu’un certain Frère Thomas désirait lui parler. Coïncidence ? Ce serait trop beau !

A peine devant le commissaire, « Frère Thomas » s’énerva :

-        Vous détenez mon épouse et mon fils illégalement, vous n’avez pas le droit de nous séparer…. De plus vous tentez de vous servir de mon frère….

          Sa femme ? Son fils ? Son frère ? De qui parlait-il ? Et surtout qui était-il ? « Frère Thomas » n’était pas une identité… Il s’appelait Thomas Ménard. Ce nom fit tilt dans le cerveau du commissaire. Etait-il de la famille de Mathieu ? Caroline qu’il désignait comme sa femme ne l’était pas réellement…. Union illégale….Elle n’avait pas besoin de divorcer pour être libre… Et son fils ? Il ne l’était pas vraiment non plus…. Thomas tapa du poing sur la table… Résultat ? En cellule ! Ce drôle d’oiseau n’allait pas s’envoler de sitôt avec les aveux en cascade de Caroline !

          Une clameur étrange  au loin, pas vraiment un chuchotement mais un brouhaha indescriptible. Que se passait-il encore à l’accueil ? S’il voulait s’évader un peu de l’histoire de la fraternité du « Prisme de la vérité », c’était râpé ! Un groupe de tuniques blanches envahissait à nouveau l’hôtel de Police.

A suivre

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