Les filles des bas fonds se sont changées en sachets de sucre en poudre

Gilles Agnoux

Un truc à lire sur tablette

La forêt des rues s'est changée en immeubles centenaires. Mes pieds s'abîment à mesure que le macadam se déroule en tapis. Les paroles arrêtées ressemblent aux larmes d'un gamin sur la tombe de sa mère. Les vitrines en pourcentages dépriment sur la cuisine du gouvernement. Le soleil, cherchant désespérément une fleur encore sauvage à arroser, m'assène les coups qui feront cuire l'essence de mon crâne. Je trébuche contre rien, autour de moi les gueules blessées auront des choses à raconter. Un junkie me donne le bon Dieu sans confession. Les fautes d'orthographes se sont changées en batailles sociales. Je me sens fan de bal musette perdu sur internet. Je bifurque au feu rouge et remonte en haut du paragraphe.

           

            Le soupir que je pousse me revient au visage en embrassade. Marseille vide son chargeur dans mes oreilles, sonorités reggae mêlées d'électricité. Ma bouche change de sens, le dégoût perd du terrain. La folie se met à utiliser une langue étrangère dont j'ai oublié la signification. Un mot gravé sur le mur invite les dingues à le rester, un autre demandent à mes yeux de se lever. Le soir change la chaleur en caresse. Mes pas s'allongent, économisant mes semelles ; Les maux des néons se changent en pintes caféinées. Une discussion sur la politique prise ça ou là me viole un sourire sans que je ne m'y attende. Mes pieds s'achèvent à la terrasse d'un bar, j'ai envie d'y trouver de quoi danser. Les chips s'engouffrent dans un trou dont j'ignore tout. L'espoir des gens a sombré au fond d'un verre, je remonte en haut du paragraphe.

 

            Une poche vibre au son d'un interphone. Un homme au bout du fil me fait regretter de n'avoir laissé ma place à X lors de l'ovulation. L'annonce d'un futur arrivant m'apporte autant de joie que des escalopes forestières. Pourtant, mon corps n'appelle plus depuis longtemps à de la nourriture palpable. Le paragraphe n'est pas fini que j'ai déjà envie d'y remonter, en gravant la roche d'un mousqueton, retournant vers hier comme on retourne chez soi. L'horloge tourne trop lentement. J'aimerais être demain à avaler la moquette pour y trouver la moindre goutte d'eau. Dans un an, la fille partie trop vite contre mon cœur. Dans dix ans, les premiers pas de Fleur sur les réseaux sociaux. Dans quarante ans, mes mots gueulés contre les jeunes et leurs puces sous la peau. Dans ma tombe, me retournant pour chacune des lignes parlant de moi. Mes pensées se perdent, ce labyrinthe me remonte en haut du paragraphe.

 

            Un homme, au fond du bar, harassé d'avoir levé son coude trop de fois ce soir. Il semble dormir d'un sommeil plombé par les papillons qui tournent dans sa tête. Ses problèmes sont loin, à présent. Son ventre n'est plus en famine et son lit et son toit seront là où il ira. Les squelettes qu'il traîne à ses chevilles se sont changés en barrière devant la vie. Une fille m'en rappelle une autre, je repense au chant de cette sirène pour lequel je me jetterais à l'eau sans même savoir nager. L'encre n'afflue plus du stylo, ce paragraphe sera le dernier. Je ne pourrai même plus y remonter. Mon verre s'échappe de mes mains pour finir sous une chasse d'eau. Les rues sont noires, la lune reflète par terre comme une étoile de mer et les narines des putes servent de sucrier. Ma clef tourne dans la serrure, mon lit m'accueille dans ses bras. Ces yeux qui se ferment ne sont plus les miens.

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