Les plus belles parures ne valent pas un sourire.

june

Nous vivons en fonction de notre histoire. Une description interdite.

C'était une femme oscillant entre deux âges, protégée par de multiples blessures. Parée d'artifices. Maquillage, vêtements coûteux la rendaient attrayante, du moins semblait-elle le penser ... Menue, elle semblait prête à faire craquer ses os sous les doigts de chaque homme de passage. Les cheveux étaient coupés, manifestement par une personne assez inexpérimentée. Sans doute par elle-même. Retenus en un chignon lâche, quelques mêches s'échappant ça-et-là, comme pour briser inconsciemment le sérieux apparent. Ses yeux étaient d'une couleur particulière, et rare. Indéfinissables. A la lueur du bleu turquoise et du vert pâle. Ils étaient fuyants. Des signes de l'âge apparaissaient peu à peu, et rendaient son visage plus expressif, malgré elle. Les ridules autour de ses yeux les rendaient rieurs. Les plis de sa bouche conféraient une douce amertume. Lorsqu'elle marchait, c'était avec une sorte de grâce maladroite, qu'elle avait semblé perdre un peu à cause d'un malheur. En effet, elle se tenait droite, mais inclinait légèrement la tête du côté gauche.

En ce jour d'Automne, elle était vêtue avec une élégance particulière. Une robe en soie bleu marine accompagnait ses gestes, et des escarpins de bon goût rythmaient ses pas. La femme ne semblait jamais effrayée, sans doute était-ce l'expérience qui la rendait si sûre d'elle. Ses cheveux étaient gris par endroits, et menaçaient parfois de tomber. Prématurément. La femme se trouvait le plus souvent dans son salon, décoré avec un goût indéniable. A l'image de sa propriétaire. Sa propriétaire, qui était seule. Elle semblait faire quinze ans de plus que son âge véritable. Les artifices la contentaient bien assez. Alors, elle s'asseyait, sur la chaise en osier, face à la fenêtre. Elle prenait son petit miroir et se repoudrait le nez avec application. Lorsqu'elle invitait un homme, ils restaient silencieux durant des heures. Ils effleuraient leurs peaux sèches avec lassitude. La femme n'avait jamais rien à dire. Alors, l'homme de passage s'enfuyait précipitamment, effrayé par cette vieillarde qui n'en était pourtant pas une ... Elle ne croyait qu'en elle-même, pas même en une existence supérieure, en un dieu quelconque. Elle fermait les yeux et s'imaginait correspondre à son âge, à son époque. Lorsqu'elle les rouvrait, elle était toujours la même ... Seule. Cette vieille femme intérieure s'igonrait, se niait presque. Elle ne souhaitait plus se connaître, ni même connaître l'univers qui l'entourait. Elle avait juste besoin d'artifices. De langage. De quelque chose de matériel. Elle mourrait toutes les nuits, pour renaître le lendemain, à son plus grand damn : elle aurait souhaité mourir, et retrouver le sourire et la douceur qui l'habitaient.

Report this text