l'espace d'un rêve

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L’espace d’un rêve

  J’ai souvent vu la neige ne pas tomber en pleine mer, ne pas couvrir les dunes, j’ai souvent vu la neige ne pas venir à moi, se poser tout en haut sur le lointain, dans les sommets. Je me suis toujours dit qu’un jour elle oserait bien descendre, qu’elle ferait preuve d’un peu d’humilité. Et je me suis préparé pour ce jour sans date.

  On me dit que c’est bien tropical, bien trop pour qu’on puisse y voir la neige tomber à pic, se déverser, pleuvoir de blanc en blanc. On me dit que je ferais bien mieux de goûter la chaleur et le crissement du sable, de savourer nos beaux fruits bleus.

  Pourtant, je me suis préparé quand même, j’ai reposé le temps à plus tard, mais je me suis préparé au cas où. Au cas où la neige tombe sur les fruits bleus, les dunes, la chaleur, au cas où elle daigne simplement recouvrir.

  On se moque de moi, « une canicule », dit-on, « une canicule neigeuse, en ce pays ! ». Je réponds que ce n’est pas plus fou que ce même paysage dépeuplé de son hiver, que ce n’est pas plus fou que cet incendie de vert sans cesse renouvelé, cet éparpillement de bleu-vert sur du turquoise, de cyan jusqu’à saturation de la rétine.

  Suis-je donc seul à vouloir éteindre rien qu’une fois la couleur du paysage, à vouloir recouvrer ma déraison ?

  Alors j’attends, tandis que les autres dorment, détiennent leur regard sur le connu, moi seul j’attends que la neige inonde la mer, défriche les dunes, taise le paysage, recouvre d’incertitudes nos terres visibles. J’attends, muni de ma seule patience, l’espace d’un rêve.

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