Lettre posée sur une tombe (2006)

alyciane

A toi ma femme, qui repose désormais. Yeux de louve, lèvres-framboises: tu seras mon éternelle compagne. Mais je t’en supplie, par pitié, laisses moi aller parmi les vivants. Je t’ai toujours chéri, j’ai toujours été bon. Jamais je n’ai levé la main sur toi, toujours je t’ai écouté. Alors pourquoi ? Pourquoi me hantes-tu à toutes heures du jour et de la nuit ? Je sens ton âme qui rôde autour de moi, qui m’étreint, qui serre mon cœur de sa main. Quand je respire la rosée matinale, tu veilles à y déposer quelques gouttes de ton parfum. Quand je goûte un fruit, tu y as déjà posé le poison de ta peau. Pourquoi me harcèles-tu, as-tu quelque chose à me reprocher ? Est-ce un plaisir pour toi de me torturer ? De me rappeler ce matin où je t’ai découverte, le visage glacial ? Et cette maudite corde qui serrait ton cou si fragile…

            Voilà que j’entends ton rire enjoué. Je ne comprends pas ce que tu veux. Je ne t’ai jamais comprise. Je sens déjà les vers qui dévorent ton corps ramper vers moi. Ils grouillent, déchiquettent ta poitrine lentement. Ce ne sont plus tes serviteurs, ils sont devenus tes frères que tu accompagnes dans cette macabre débauche. Et tu déchires mon cœur, toi aussi, par pure vengeance. Pourquoi es-tu si cruelle ? N’ai-je jamais été qu’un mauvais mari ? Je sais que tu es douce et tendre. Sans doute veux-tu que je te rejoigne, sans doute veux-tu toi aussi dévorer mon corps, le parcourir : je ne tarderais pas. Mais laisse moi encore ces quelques lunes qui me restent. J’appelle à tout ton amour pour moi, cesse cette sombre emprise, enlève-moi ton image de mon esprit. Je t’en supplie.

            C’est une prière que je t’envoie. Car si tu n’arrêtes pas, je deviendrai fou. Je suis prêt à m’arracher le cœur moi-même, à le déposer sur ton tombeau. A moins que tu ne veuilles d’autres cœurs pour arrêter ta soif ? Je suis désormais prêt à tout. J’espère que tu entendras mes paroles et aura pitié de ma souffrance.

 

Ton éternel bien-aimé.

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