L'héritière païenne (Rouge Glace)

Caïn Bates

     Je la revoie encore, les cheveux longs et lisses cachés dans son bonnet. Les yeux pleins de malice, prête à commettre ses méfaits, son allure de délice comme trésor, un coffret. Au cou, toujours ce joli pendentif qui ferait parler un secret. Paniquée, tremblante, elle prétendait qu'elle pouvait entendre des pas lisses qui venaient de la forêt. Qu'ils étaient le fruit de ces filles et de ces fils perdus à jamais, des victimes de maléfices que seul ce village connait quand il vécu des sacrifices afin de connaître la paix. Cette petite savait bien, elle qui a tant écouté, que la nature en son sein s'ébruite de l'autre côté. Elle voulait tant plaire à toutes ces âmes égarées, allongée des heures près des pierres sacrées qui des siècles avant ont été levées.
      J'imagine qu'elle se demande encore si la beauté est ici. Je sais qu'elle arpente le monde à la recherche de ces lieux maudits. 

        "À vrai dire, madame, je ne suis pas sûr que c'était elle. murmurai-je d'un ton un peu géné. Je ne l'ai pas vu depuis tant d'années. Vous a t'elle dit pourquoi elle comptait partir ?"

      Oui, ce jour-là était gris, un de ces jours pleins de brume. Dans le froid, sous la pluie, un peu plus loin dans les dunes, elle était restée toute la nuit pour reprendre sa coutume. Puis l'aube s'est levée et elle est enfin rentrée, les cheveux tout mouillés et le regard déterminé. Elle m'a dit sans bouger:

     "Écoute-moi ma mère, je pars de ce pays mais je ne pourrais jamais t'oublier."

     Quand je lui ai demandé pourquoi tout ces mystères, elle m'a simplement dit qu'au coin du feu la louve pouvait pleurer seule à la lune. Elle m'a parlé de la terre, me confessant sa douleur, m'a livré toute sa rage entière, ouvrant son cœur et ses peurs.

      "Je ne sais pas ma mère si je suis à la hauteur, le don que j'ai ne peut pas plaire à tous ces hommes inquisiteurs. "

      Je n'ai compris que plus tard qu'elle voulait nous protéger et que même nos remparts n'auraient pas pu nous sauver. Ces croyants sur le tard semblent encore trop déterminés, leurs feux éclairent tel un phare les païens qui se laissent aveugler. Mais je la sens toujours tout près de moi, du village. Passant aux alentours, cachée derrière les nuages. Avec ce parfum d'amour qu'elle a trouvé dans le vieux site des grands sages, je la revoie ce jour où elle m'a dit qu'ici rien n'est en cage.
      "À la vie, à la mort" elle m'a dit les yeux tout mouillés. "Je ferais de mon corps ce que je veux, c'est ainsi décidé."

          "Et, avant de partir, a t'elle parlé de... moi ?
- Il me semble qu'elle a parlé d'un genre de démon et que ça te concernait. À vrai dire, on te pensait tous mort alors je n'y ai pas trop prêté attention.          
- Vous savez si elle est partie seule, ce qu'elle a emmené ?
- Quelqu'un l'attendait dans les bois d'après elle mais les guetteurs n'ont vu personne. Elle a mit ses affaires dans un sac en toile et a juste pris un petit flacon de verre avec ce parfum qu'elle aime tant porter. Et, m'a aussi demandé de lui faire un masque.
- Un... masque ?
- Oui, un genre de loup de bal en dentelle."

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