L'Horloge s'est arrêtée (scénario, extrait)

Olivier Ducray

« L’horloge s’est arrêtée… »

Scénario original d’Olivier Ducray

Numéro enregistrement SACD : 136719

Paul Martin, écrivain et ancien journaliste, se souvient de ces sept jours d’investigation,

pendant lesquels il s’est vu naître puis mourir.

 


1 – Toulourenc (Drôme)                                                                       Ext. Jour – 1          


Bruit assourdissant d’un hélicoptère qui passe rapidement.

Images subjectives et rapides.

Un homme court dans l’eau, remontant les gorges du Toulourenc.

Il est aveuglé par un soleil de plomb.

Sons saccadés d’une respiration haletante. 


2 – Appartement PAUL (30 ans), Paris                                               Int. Nuit – 2


La pièce principale d’un petit appartement presque vide. Ca et là, s’amoncellent quelques bibelots et cartons.

La fenêtre est ouverte. Beaucoup de bruit provient de la rue. Le son sourd des basses d’une musique techno traverse également la chambre par intermittence. Il y a une fête dans l’appartement mitoyen.

EMMA est allongée sur le lit de PAUL. Ses longs cheveux bruns s’éclatent sur l’oreiller. Elle ne porte qu’un t-shirt qui lui colle presque à la peau. Le t-shirt relevé dévoile un piercing sur le nombril, un petit diamant. Les tempes d’EMMA suent légèrement.

PAUL étendu de côté se tient sur le coude pour regarder EMMA. Il sourit à EMMA.

3 – Toulourenc (Drôme)                                                                       Ext. Jour – 3          


Même images subjectives et rapides d’un homme haletant, courant dans l’eau des gorges du Toulourenc, sous un soleil de plomb.

Le bruit de l’hélicoptère est plus lointain à présent.

Les falaises imposantes se resserrent formant un corridor étroit.

L’eau est plus profonde à cet endroit et l’homme peine à avancer.


4 – Appartement PAUL (30 ans), Paris                                               Int. Nuit – 4

PAUL est étendu sur EMMA. Il caresse d’une main son visage et glisse l’autre sous son t-shirt.

PAUL commence à embrasser EMMA puis recule jusqu’à être presque en dehors du lit. Il l’embrasse tout le long du corps.

EMMA le fixe avec une sorte d’appréhension.

5 – Toulourenc (Drôme)                                                                       Ext. Jour – 5          

Ce passage des gorges est plus large, l’eau se raréfie.

Le soleil demeure aveuglant.

L’homme a de plus en plus de mal à respirer.

Le bruit de l’hélicoptère disparaît dans le lointain. 


6 – Appartement PAUL (30 ans), Paris                                               Int. Nuit – 6

PAUL remonte petit à petit jusqu’à la bouche de la jeune femme.

Il embrasse EMMA avec tendresse, sans la brusquer.

EMMA écarquille ses yeux bleus presque transparents.

D’une main PAUL caresse le visage d’EMMA, tandis qu’il passe l’autre sur sa culotte.

EMMA repousse cette main de PAUL sur sa cuisse.

7 – Toulourenc (Drôme)                                                                       Ext. Jour – 7          


Les visions de l’homme courant dans les gorges sous ce soleil de plomb sont des flashs lumineux très agressifs :

- le soleil éblouissant,

- des pieds dans l’eau transparente, en déséquilibre sur les pierres qui jonchent le fond,

- les parois imposantes des falaises,

- à nouveau le soleil éblouissant.

La respiration haletante est extrêmement forte, presque assourdissante.

8 – Appartement PAUL (30 ans), Paris                                               Int. Nuit – 8

PAUL pose à nouveau, délicatement, sa main sur la culotte d’EMMA.

D’un geste brusque EMMA repousse PAUL immédiatement.

PAUL fronce les sourcils et souffle de dépit.

Il s’allonge à nouveau à côté d’EMMA et la regarde avec un air de reproche, les yeux plissés. EMMA fixe le plafond en se mordillant la lèvre inférieure.

Il n’y a plus un bruit dans l’appartement.

PAUL frôle du doigt la joue d’EMMA et lui sourit affectueusement.

EMMA baisse les yeux. 


9 – Paris                                                                                                 Ext. Jour – 9

 

(Début du générique)

Vue très large de Paris ; le ciel est dégagé.

On longe la façade d’un immeuble parisien grisâtre jusqu’à une dernière rangée de fenêtre, sous les toits.

10 – Appartement PAUL (65 ans)                                                     Int. Jour – 10


PAUL, soixante-cinq ans, homme droit et aux traits marqués par le temps, installe une machine à écrire sur un petit bureau assez antique.

L’appartement est sombre, peu spacieux, et le mobilier est ancien. Il y a quelques toiles aux murs et des photos que l’on ne distingue pas posées sur la cheminée.

PAUL pousse les quelques livres étalés sur le bureau

Il ouvre la housse de son antique machine et souffle dessus pour la dépoussiérer.

Le visage de PAUL s’illumine à la vue de la machine à écrire.


11 – Appartement PAUL (30 ans), Paris                                          Int. Jour – 11


Dans son petit F1 parisien, PAUL termine ses cartons.

Ses yeux brillants et creusés témoignent d’un manque de sommeil certain, mais PAUL est souriant.

Quelques cartons empilés attendent devant la porte.

PAUL dispose ses livres dans une valise, dans un ordre réfléchi.

Il entasse enfin pêle-mêle dans des caisses les derniers objets qui jonchent le sol.

12 – Immeuble PAUL (30 ans), Paris                                               Int. Jour – 12


De volumineux paquets dans les bras, PAUL descend péniblement les quatre étages qui conduisent à son hall d’entrée. La cage d’escalier est étroite.

Il croise avec difficulté une vieille dame qui rit toute seule ; elle tient un caddie vide qu’elle descend marche par marche en le faisant rouler.

PAUL dépose toutes ses affaires au bas des marches, et remonte avec empressement.

Il croise de nouveau cette vieille qui s’étrangle de rire ; elle traîne derrière elle son caddie avec une lenteur peu crédible.

PAUL regarde une dernière fois son appartement entièrement vide. Il ferme les deux fenêtres, sort et ferme la porte à clé.

Sur le palier, il ne reste plus qu’un fauteuil à descendre.

PAUL soulève cet ultime meuble et commence à descendre l’escalier.

Il recroise la vieille qui n’en finit plus de descendre lentement.  Elle rit de plus bel en voyant le fauteuil passer au-dessus de sa tête.

PAUL pose le fauteuil dans le hall puis traverse la petite cour de l’immeuble en direction de la loge de sa gardienne.

Il frappe au carreau de la loge ; personne ne répond.

PAUL glisse sa clé dans la boite aux lettres de la gardienne.

Il revient dans le hall. Là, il trouve un caddie renversé par terre et la vieille assoupie dans le fauteuil.

13 – Lyon – camionnette PAUL (30 ans)                                         Ext. Jour – 13        


PAUL est au volant d’une camionnette de location, il longe les quais de la Soane en proche périphérie de Lyon.

PAUL jette de temps en temps un coup d’œil à son portable posé sur le siège côté passager.

Tenant le volant d’une main PAUL cherche de l’autre à accrocher une station radio. Il tombe sur un morceau de piano jazz qu’il laisse se poursuivre. Le morceau se termine.

Premier animateur radio (off)

Vous êtes toujours sur Fréquence Jazz, honneur au piano en ce début d’après-midi avec à l’instant Misty extrait de l’album Flamingo, Michel Petrucciani…

Deuxième animateur radio (off)

Et Stéphane Grappelli…

Premier animateur radio (off)

Bien sûr ! Deux génies…  Juste avant cela, vous aviez reconnu la Grandfather waltz des non moins géniaux Bill Evans…

Deuxième animateur radio (off)

Et Stan Getz…

Premier animateur radio (off)

Bien sûr ! Deux génies… Allez, on va quitter un instant les très grands pour un déjà grand et futur très grand…

Deuxième animateur radio (off)

Déjà plus grand que Petrucciani…

Premier animateur radio (off, il rit)

Oh, joli…

PAUL (à lui-même)

Tristesse…

Premier animateur radio (off)

Il est Lyonnais, c’est un pianiste qui confirme en nous offrant un troisième album sublime, une course folle dans les labyrinthes qui relient entre eux certains immeubles de la capitale des Gaules, je vous laisse en compagnie de DAVID Avitabil et de sa Trabul pursuit

 

Le morceau démarre, un jazz mélodieux qui s’accélère petit à petit. PAUL monte le son.

La camionnette pénètre dans Lyon.

Le soleil commence à taper. Les immeubles de multiples couleurs apparaissent très lumineux.

PAUL passe son bras par la fenêtre ; il sourit et bat discrètement le rythme de la musique contre sa portière.

La camionnette de PAUL s’engage dans une petite place du quartier Saint-Jean.

PAUL s’arrête en double file.

Le nez plongé dans un plan, il cherche une rue indiquée sur un morceau de papier qu’il tient chiffonné contre le volant.

Il repart et se stoppe bientôt devant une porte d’un immeuble bas et étroit, au crépi orangé et aux grandes fenêtres.


14 – Appartement PAUL (65ans)                                                      Int. Jour – 14


Assis face à sa machine à écrire, le vieux PAUL fait glisser une feuille le long du rouleau.

Il respire profondément puis commence à taper.

On voit en gros plan le papier blanc frappé par les manches de la machine :

« L’horloge s’est arrêtée… »

(Fin du générique)


15 – Locaux du magazine Hall / ascenseur                                     Int. Jour – 15


Lyon – Lundi matin, 10H.

PAUL (30 ans) pénètre dans le hall d’un l’immeuble moderne.

Il est vêtu d’un costume sobre. Son pas est sûr et décidé.

Après quelques marches, il s’arrête au pied de l’ascenseur. Un type un peu illuminé se tient debout, semblant attendre.

PAUL appuie sur le bouton de l’ascenseur.

L’ascenseur s’ouvre. PAUL monte dedans.

PAUL détourne son regard du type et lit sur une plaque de plexiglas l’inscription suivante : Petit Détective – Rédaction 3e étage.

PAUL appuie sur le bouton « 3 ».

Le type illuminé regarde fixement se refermer les portes de l’ascenseur sans être entré à l’intérieur.

L’illuminé (à lui-même, fixant toujours l’ascenseur qui se referme…)

Il doit être en panne…

16 – Locaux du magazine (Entrée bureaux)                                    Int. Jour – 16

Au fond d’un long couloir aux murs blancs, une porte est entrouverte.

PAUL entre, et referme hésitant la porte derrière lui.

Dans l’entrée, une jeune femme est occupée à ramasser des dossiers sous son bureau. Elle lui indique la direction, aimablement, sans s’être relevée.

L’assistante (une main sort du bureau)

Sur votre gauche…

PAUL ne dit rien.

Il reproduit avec amusement ce geste approximatif de la main et se dirige sur sa gauche.

17 – Bureau du rédacteur en chef                                                     Int. Jour – 17


PAUL frappe à la porte du bureau. Sur celle-ci, on peut lire :

PHILIPPE DE BONNAFOSSE, rédacteur en chef.

L’homme lui ouvre sans tarder. PAUL le dévisage. Grand, brun, la peau mate, il semble à peine plus âgé que lui.

PHILIPPE

Ah ! PAUL, formidable, vous nous avez trouvé…  sans mal j’espère ?

Sans attendre sa réponse, PHILIPPE indique à PAUL une chaise devant son bureau, et s’ assoit de l’autre côté.

PHILIPPE

Je vous en prie PAUL, asseyez-vous !

PAUL

Merci…

PAUL s’assoit en regardant autour de lui.

PHILIPPE se lève aussitôt pour aller refermer la porte.

18 – Bureau du rédacteur en chef                                                     Int. Jour – 18

Sur son bureau, PHILIPPE fait glisser vers PAUL une pochette cartonnée sur laquelle est inscrit un titre au marqueur.

PAUL tourne le dossier dans le bon sens et lit :

« Grignan, Maison d’hôtes de la rue de l’Abreuvoir ».

PHILIPPE

L’affaire remonte à mercredi dernier… Elle n’a pas fait grand bruit… Hélène Langelin avait soixante deux ans. Elle a été retrouvée poignardée dans une chambre au second étage d’une maison d’hôte à Grignan, dans la Drôme… Un très joli village, vous verrez… Le propriétaire de la maison a découvert le corps dans la nuit… Il voulait, a-t-il dit, vérifier que la fenêtre de cette chambre sensée être inoccupée était bien fermée. Il y avait un orage ce soir là… Le cliché absolument parfait… non ?

PAUL sourit.

PHILIPPE

Les hôtes ont été interrogés et les lieux minutieusement fouillés, mais ça n’a rien donné. L’antenne du SRPJ de Lyon à Montélimar est chargée de l’enquête… Ils ont sûrement une petite idée, mais ils ne voudront rien vous dire… Je n’ai pas l’impression qu’ils y mettent beaucoup de bonne volonté. Le SRPJ a ses raisons que la raison ne connaît pas…

19 – Appartement PAUL                                                                    Int. Nuit – 19


PAUL est chez lui. Un désordre certain règne dans la pièce ; ses cartons sont à peine déballés. Le dossier est ouvert sur son bureau.

PAUL en feuillette les quelques pages.

On entend des œufs frire dans une poêle.

PAUL tombe sur la photo macabre de la victime. On devine le corps ensanglanté d’une femme à moitié enroulée dans les draps de son lit.

PAUL regarde la photo de plus près ; elle n’est pas très nette.

PAUL (à lui-même)

C’est très flou…

19 a – Chambre macabre                                                                      Int. Nuit – 19 a 

En surimpression, PAUL imagine un instant une chambre sombre, et des éclairs qui illuminent la femme étendue sur le lit, dans un bain de sang.

L’étagère de PAUL, juste au-dessus de ses plaques, se détache soudainement et vient s’échouer sur la poêle ; de la vaisselle vole en éclat au milieu de ce qu’il reste de l’omelette.

PAUL fait un bond en arrière, ahuri.

Son téléphone portable sonne. PAUL le cherche au milieu de capharnaüm de la pièce, le trouve enfin, regarde le nom qui s’affiche et soupire. Il ne répond pas.

PAUL cherche dans le répertoire du téléphone le prénom EMMA et appuie sur « Appeler ».

PAUL tenant le téléphone de la main gauche commence de l’autre main à ramasser la vaisselle brisée qui jonche le sol. Au bout d’un instant il s’adresse à la boîte vocale d’EMMA.

PAUL

Emma c’est moi, écoute je voulais te donner quelques nouvelles… et t’entendre aussi. Bon je suis bien arrivé, j’ai un appart qui ne ressemble pas à grand chose et dans lequel tout se casse la gueule mais c’est pas le plus important… J’ai rencontré Philippe, il a l’air très bien… Je pars demain pour la Drôme, une première affaire, bien glauque… Je te raconterai… Ecoute tu peux me rappeler même tard… Voilà… J’espère que tout va bien de ton côté ? Je t’embrasse… A très bientôt…

 

 

20 – Voiture PAUL (Montélimar)                                                       Int. Jour – 20


Mardi matin, 9H

Au volant d’une petite berline, PAUL entre dans Montélimar. Il tourne un peu dans la ville, attentif à tous les panneaux.

Une musique rythmée accompagne sa progression, un mélange de reggae et de ska.

PAUL regarde l’heure au compteur de la voiture ; il est 10h.

Il jette un œil à son portable posé sur le siège côté passager.

PAUL repère un petit panneau en centre ville indiquant Commissariat.

Le bâtiment, d’où se détache un drapeau tricolore, est à l’angle.

PAUL se gare juste devant.

A droite de la porte une plaque dorée précise : Service de Recherche de la Police Judiciaire – 4eme étage.

21 – Bureaux du SRPJ                                                                        Int. Jour – 21


L’inspecteur LOUIS CHAMBARD, un grand type d’une cinquantaine d’année, bonhomme et au regard inquisiteur, fixe PAUL droit dans les yeux, une cigarette au bec.

La pièce est assez froide ; quelques armoires métalliques, une lumière blafarde ; un commissariat type.

Sur le bureau, s’entassent pêle-mêle des dossiers, des mégots et autres vestiges de café qui en disent long sur le rythme de travail auquel doit être soumis le service en ce moment. Le nombre de gobelets de café vides est d’ailleurs surréaliste. Ils tapissent une partie de la pièce.

PAUL tend à l’inspecteur ses deux cartes, sa carte de presse et une carte de visite.

L’inspecteur les étudie attentivement, souriant discrètement à la vue de la seconde carte.

L’inspecteur CHAMBARD

« Petit détective » hein ? (Il réfléchit) Jamais entendu parler…

21 a – Bureau du SRPJ                                                                          Int. Jour – 21 a

PAUL voit un instant à la place de l’inspecteur un homme de très petite taille, habillé en détective parfait, imperméable beige clair et loupe à la main.

Un sparadrap sur la bouche, le détective ne parvient pas à émettre le moindre son.

PAUL sourit.

L’inspecteur CHAMBARD

Je suis sensé connaître ?

PAUL

Non…

L’inspecteur écrase son mégot au milieu des autres.

L’inspecteur CHAMBARD

Vous me rassurez… Alors… (Il relit la carte) Monsieur MARTIN, qu’est ce que je peux pour vous ?

PAUL

Je dois me rendre à Grignan pour enquêter sur la mort d’une femme…

Regard blasé de l’inspecteur qui casse des allumettes avec ses doigts.

PAUL (embarrassé)

Hélène Langelin…

L’inspecteur fouille dans un de ses tiroirs. Il en sort un dossier maigrelet et une boîte d’allumettes.

Il remet le dossier dans le tiroir, et ouvre cette nouvelle boîte d’allumettes.

Il recommence avec application à casser ses allumettes.

Soupir de l’inspecteur. 

PAUL (plus hésitant encore)

Quelque-chose ne va pas ?

L’inspecteur remet la boîte d’allumettes dans son tiroir en soupirant encore.

Il fronce les sourcils à la vue du tas impressionnant d’allumettes brisées.

L’inspecteur soupire à nouveau.

L’inspecteur CHAMBARD  

Qu’est-ce que vous faites ici ?

 

PAUL (déterminé mais cordial)

Je viens enquêter sur la mort de…

L’inspecteur CHAMBARD  

Non… Non… Dans ce bureau ?

PAUL (étonné, presque amusé)  

Vous m’avez fait entrer…

L’inspecteur CHAMBARD  

Ah oui, c’est vrai…

Regard gêné de l’assistant vers PAUL.

Après un instant, l’inspecteur reprend.

L’inspecteur CHAMBARD  

Et qu’est ce que vous en avez à foutre d’Hélène Langelin ?

L’inspecteur se rallume une cigarette. 

L’inspecteur CHAMBARD

Vous êtes de la famille ?

PAUL  

Celle de l’investigation, oui, une femme sans histoire se fait poignarder, je m’y intéresse, on me paye d’ailleurs…

L’inspecteur ne lui laisse pas le temps de finir ; il se lève et invite poliment PAUL à sortir en lui tendant la main.

PAUL (pas désarçonné)

Inspecteur, sauf votre respect, il y a bien des éléments dont je peux prendre connaissance ?

L’inspecteur CHAMBARD (gentiment)

Hein ? Non, tous les éléments dont je peux vous faire part sont dans la locale, il y a au moins deux colonnes sur un quart de page consacrées à cette brave dame… Vous n’avez qu’à faire comme tout le monde et les recopier…  Au moins ça vous laissera le temps de faire la route des vins, vous serez pas venu pour rien… Sur ce bonne journée !

PAUL se retrouve dehors, derrière la porte qui claque sous son nez.

Il regarde un instant la porte en se rongeant les ongles. 

22 – Grignan (rues et place du village)                                            Ext. Jour – 22


PAUL flâne à travers Grignan, sous un beau soleil.

Il pénètre sur la place du village. L’horloge du beffroi de Grignan qui s’élève ici, sonne un coup.

PAUL regarde l’horloge ; il est onze heures et demi.

23 – Grignan (Terrasse du café Sévigné)                                         Ext. Jour – 23

PAUL est assis à la terrasse d’un café, près de la fontaine.

Il a posé près de lui son sac de voyage, un sac de sport en toile.

Il interpelle le garçon qui lui apporte à l’instant un pastis et une petite assiette d’olives.

Le garçon

Un pastis, c’est ça ?

 

PAUL

Ah ! Merci…

Le garçon repart et s’arrête pour débarrasser une table.

PAUL regarde son verre puis se retourne vers le garçon.

PAUL 

Excusez-moi, vous savez sans-doute où je peux trouver la maison d’hôtes de la rue de l’Abreuvoir ?

Le garçon (il rigole)

Ben, rue de l’Abreuvoir !

PAUL

Ok, merci… (les deux rigolent)  Non, ça, je m’en doutais un peu, mais c’est laquelle ?

Le garçon (signe du bras)

Tout de suite sur votre gauche, après la boulangerie…

PAUL

Impeccable, merci. 

PAUL regarde quelques jeunes filles qui passent.

Les cloches de l’église se mettent à retentir ; l’air est plutôt étrange, assez dissonant.

Le regard de PAUL est attiré par le visage d’une jeune femme arrêtée le long de la route qui mène au château ; la femme est accoudée au muret qui borde la route et semble elle aussi fixer son attention vers PAUL. Sa tête est recouverte d’un foulard noir qui se soulève légèrement avec le vent.

PAUL place sa main au dessus de ses yeux pour se protéger du soleil et distinguer ce visage.

Soudain, un homme passe en courant, donnant l’impression d’être poursuivi ; il pousse quelques gémissements ridicules.

PAUL sursaute. Il se retourne vers un couple assis à la terrasse mais qui n’a pas prêté attention à l’homme qui vient de passer.

PAUL regarde à nouveau vers la route menant au château ; la jeune femme a disparu.

(...)

Extrait du scénario de long métrage « L’horloge s’est arrêtée »

Version V1.0 – 95 séquences (145 pages) – Numéro enregistrement SACD : 136719

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