Maridée (3)

laura-lanthrax

Je continue à me balancer, j’attends, j’aimerais que l’on m’accorde un peu d’attention, s’il vous plait, silence, je ne pense pas être désagréable, alors il faudrait quand même que l’on m’écoute, j’ai des choses à révéler,  je ne veux plus me taire, je veux tout avouer, je veux dire la vérité, toute la vérité, par où commencer, voilà, Maridée, mon nom, je m’en souviens, j’aimerai commencer par le début, mais il y a urgence, je ne veux pas quitter cet endroit, aujourd’hui elle est venue, elle m’a dit, prépare tes affaires, quelles affaires ?, on s’en va, où est-ce que l’on va ?, dans une heure, prépare toi, j’ai peur, je suis bien ici, le bruit des tondeuses, l’herbe fraîche, la rosée du matin, j’ai tout ce qu’il faut pour vivre, je veux vivre ici, ne pas quitter cet endroit, j’ai le droit de le crier haut et fort, je ne veux pas finir comme cette Clarisse, cette sale petite Clarisse, qui a disparu, pour ne plus jamais réapparaître, ma seule amie, cette Délice ne compte pas, c’est une serveuse, elle exécute les ordres, je ne peux pas avoir confiance en elle, lui confier mes secrets, mais Clarisse, je lui confiais tout, je dormais avec elle, je sortais avec elle, partir et me laisser seule ici, quelle sale petite, je n’aurai plus jamais d’amie, je me le suis juré, plus jamais d’amie, et certainement pas cette Délice, elle a bien essayé, j’ai bien compris son manège, les jours de confidence, les petites attentions, rien à foutre, dans une heure je m’en vais, mais où, rejoindre Clarisse ?, j’y ai pensé, pourquoi pas, ce n’est peut être pas sa faute, après tout, un jour on déménage et on disparaît à tout jamais, pour ne plus laisser de trace, mais le monde est petit, et il suffit de sortir pour retrouver sa Clarisse, voilà c’est moi, mais non, elle ne m’a pas parlé de Clarisse, elle a dit, je répète, prépare toi, on s’en va, dans une heure, tiens toi prête !, mais je suis prête, on y va !, oui on y va, tout de suite, pourquoi attendre, je vais donc partir d’ici, j’aimais cet endroit, j’y suis née, pour tout dire, j’y ai vécu mes plus belles années, les souvenirs s’accumulent, j’aurai bien profité, je revois encore ma petite Clarisse m’accompagner jusqu’au dehors, s’allonger avec moi dans l’herbe et attendre avec moi  bien sagement qu’on vienne nous chercher, je nous revois, les jours de maquillage, bleu, blanc, bouge, c’est un jour de maquillage qu’elle a disparu, j’ai pleuré et l’air bouffi, j’ai décidé que plus jamais je ne me maquillerai, cette Délice a bien insisté, tu es plus belle quand tu te maquilles, mais non, j’arrête, je sors sans mon maquillage, les gens ne me reconnaissent plus,  je ne suis plus leur petite Maridée, je ne suis plus leur petite protégée, mais j’ai grandi après tout, je suis une femme maintenant, une femme qui a des responsabilités, je fais bien mon travail, je dirais même que je suis une grande travailleuse et que l’on m’apprécie, je suis irremplaçable d’un certain coté, j’aimerai pouvoir faire une pause, mais le travail s’accumule, on m’en demande toujours plus, comment refuser, j’aime que l’on m’aime, j’ai toujours le sourire, je ne rechigne pas,  je suis une parfaite femme d’affaires, elle a dit, prépare tes affaires, on s’en va, elle est là, je n’ai pas fait attention, je n’ai pas le temps de t’écouter Délice, soit brève, j’ai du travail tu comprends, reviens une prochaine fois, ce n’est pas le moment, elle recommence à me dire, reste dans ton fauteuil, tu n’as aucun effort à faire, il est sur roulette, je te pousse, laisse toi faire, on va bien s’amuser, on va faire la course, toi dans le fauteuil, moi qui te pousse, on déménage, je t’emmène dans un endroit plus sûr, tu n’as plus à avoir peur, quel peur ?, tu n’as plus à te faire des idées, quelles idées ? on sort, je ne savais pas que l’on pouvait sortir si facilement, je demande où est Clarisse, tu m’emmènes chez Clarisse ?, non , je t’emmène sur le méridien de Greenwich, c’est toi même qui l’a décidé, je n’ai rien décidé, elle pousse mon fauteuil, je voudrais me maquiller, ais-je fini par dire, cela pour retarder le départ, et qui sait je n’aurai pas à partir, il est interdit de se maquiller maintenant, tu n’as pas besoin de maquillage, tu es belle comme ça, nous arrivons devant une camionnette, tout est prêt, elle me pousse toujours, je monte dans cette camionnette, elle claque la porte, je suis seule, et de nouveau j’attends, je dois dire que c’est exactement comme ça que cela s’est passé, j’ai repris mon mouvement de bascule, j’ai somnolé un peu, j’ai fermé les yeux, j’ai fredonné mon air favori, le temps à passer, j’ai repris mes esprits, j’ai à nouveau entendue les tondeuses au dehors, et j’ai respiré l’herbe fraîchement coupée, j’ai dit c’est parfait, c’est cela ce que je voulais, j’ai rouvert les yeux, j’étais dans ma chambre, et Clarisse aussi, assise sur mon lit, rajeunie, plus belle qu’autrefois, j’ai rejoins mon lit, j’ai dit bonjour à Clarisse, je l’ai approché tout prêt de moi, et je lui ai raconté une histoire, tu vois m’a dit Délicia, ici rien a changé, tu n’as plus rien à craindre ici, le méridien nous protège, chez mon amie Barbara, j’ai dit quelle Barbara, tu n’as rien à craindre, j’ai dit oui je te crois maintenant, j’ai dit on va pouvoir couper l’autre oreille maintenant, car j’entends moins, je suis prête, Clarisse est prête aussi, j’entendrai mieux après, je me suis levé, j’ai pris le couteau sur le plateau repas préparé par Délice , et j’ai coupé l’autre oreille.

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