Mosaïque #2

littlerebel

Mardi matin 09h20, gare d'Aix-en-Provence. J'ai 25 minutes avant que ma pote arrive.

Une fille se met à chantonner quelque part, sa jolie voix résonne dans la gare mais sa propriétaire reste invisible, fantôme mélomane.

Une vieille dame et sa petite-fille arrivent dans le hall. La vieille dame s'appuie sur une canne mais elle est très élégante. Long manteau gris, petites bottines noires, gants en cuir rouge et sac à main assorti. Sa coupe de cheveux la rajeunit, elle est restée fine et digne. Elle dégage un je-ne-sais-quoi qui lui donne l'air d'une grande dame. Mais pourtant elle n' a pas l'air hautain ni inaccessible.
Elle dit au revoir à sa petite-fille et la serre dans ses bras, elle a un sourire sincère et à ce moment là, elle me fait vraiment penser à la grand-mère d'Anastasia dans le dessin animé.

Dans le petit Casino installé dans la gare, je vois une vendeuse montrer à un jeune nouveau comment mettre les produits en rayon. Là-bas ils servent aussi de quoi prendre un petit-déjeuner et c'est pile l'heure où une odeur de viennoiserie embaume le hall. J'ai mon thermos de chocolat chaud entre les mains et je continue d'observer les gens. J'aime ces petits plaisirs.

Le train de 9h40 qui arrive de Marseille vient d'entrer en gare, déversant son flot de passagers sur le quai. Ils passent devant moi et je les passe en revue. Je vois des filles bien habillées que j'ai envie de complimenter. Je repère ceux qui sont pressés. J'en vois qui sont venus avec leur vélo dans le train. Je remarque quelques beaux mecs et quelques uns me jettent un aussi un coup d'œil au passage. L'essaim de voyageurs finit par se dissiper. Deux filles et un gars, le skate à la main, s'attardent dans le Casino en quête de quelques biscuits à grignoter.
Un homme qui attendait avec sa femme et deux grosses valises s'est levé et s'est appuyé contre la vitre. Il regarde l'agitation de la rue d'un air absent.

Le vieil agent d'entretien, fidèle au poste, enlève les toiles d'araignées du plafond avec sa brosse. Il est grand, il a le visage buriné par les ans. La gentillesse émane de ses traits, elle luit dans son regard, elle repose dans son léger sourire caché par sa moustache. La gare c'est son domaine, il s'y balade silencieusement avec sa démarche nonchalante et ses grands balais en tous genres ; il sourit aux gens qui en ont le plus besoin.
Il regarde passer les voyageurs en attendant de pouvoir reprendre son travail, il les regarde tous comme si c'était ses enfants et qu'ils avaient encore beaucoup de choses à apprendre. Il regarde tout ce beau monde se presser et il sourit, le regard bienveillant. J'ai l'impression qu'il nous sonde et sait ce que chacun de nous est réellement, il sait.
Encore et toujours son regard. J'y vois une immense sagesse.
C'est ça, c'est un vieux sage qui a compris comment la vie se doit d'être vécue et qui attend patiemment que nous comprenions à notre tour.
Une dernier coup de balais ici et il s'en va nettoyer plus loin, comme un Candide dans son jardin.

Mardi matin 09h45, gare d'Aix-en-Provence. Ma pote vient d'arriver. Maintenant direction la fac.

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