Norbert, quoi !

Alec Drama

Trois femmes se retrouvent pour une soirée pyjama mais c’est sans compter sur ce boulet de Norbert ! Comédie en 2 actes d'1h30 pour 3 femmes et 1 homme modulable jusqu'à 4 femmes et 2 hommes.



L'appartement de Sarah.

La sonnette de la porte retentit. Sarah déverrouille la porte d'entrée. Elle se regarde dans le miroir pour s'ajuster habit et coiffure. Elle recule vers le milieu de la scène.

 

Entrée de Maud.  

 

-Sarah : Vas-y, entre !

-Maud, une petite valiseà la main : Salut, toi !

-Sarah: Salut, ma copine !

 

Elles explosent de joie en se voyant et se tombent dans les bras en réalisant une petite danse bien à elles.

 

 

-Maud : Purée ! Ça va nous faire du bien, une petite soirée sympa entre filles !

-Sarah : C'est clair ! Il y en a marre du métro, dodo, boulot !

-Maud: J'ai jamais autant bossé ; c'est simple : je ne fais que ça !

-Sarah : Moi aussi. En même temps, ça m'arrange un peu parce que Mathieu ne m'a toujours pas donné de nouvelles…

-Maud : Tu es sérieuse ? Il ne t'a pas téléphoné ?

-Sarah : Même pas pour mon anniversaire ! Il va me dire encore qu'il est au fin fond du Sahara, que ça ne capte pas !

-Maud : Mais il ne devait pas rentrer…

-Sarah : Si, il devait être là pour Noël, mais il se trouve bien là-bas.

-Maud : D'accord, mais ça fait quatre mois de plus !

-Sarah : Et je viens de m'apercevoir qu'il n'a pas viré d'argent pour participer au loyer…

-Maud : Hum ?

-Sarah : Comme tu dis ! Enfin, on oublie tout ça pour un soir.

-Maud : Mouais, on n'en parle pas.

-Sarah : Donne-moi ton vêtement. Tu n'as qu'à poser tes affaires dans ma chambre.

-Maud : A quelle heure arrive la Miss ?

-Sarah : Elle devait être là avant toi ; d'ailleurs, ça m'étonne parce qu'elle m'a téléphoné il y a plus de trois quarts d'heure pour me dire qu'elle partait de chez elle.

-Maud : Oui, mais ça ne veut rien dire avec elle. Elle peut très bien te dire ça et être encore sous la douche !

-Sarah : Je vais lui téléphoner quand même, ça m'inquiète. Ça ne répond pas. Elle doit être au volant

-Maud : Tiens, au fait, un petit cadeau pour toi et des munitions pour la soirée.

 

Elle sort de son sac à main du chocolat et des bonbons ainsi qu'un petit cadeau.

 

-Sarah : Hum,c'est trop bon, ça. Et tu te rappelais que j'étais accro au nounours choco-guimauve ?!

-Maud : On dirait des gamines, mais c'est vrai que ça fait du bien de se lâcher un peu.

-Sarah,découvrant son cadeau: Cool, les boucles d'oreilles de l'autre jour ! Oh, merci !

 

Le téléphone portable de Sarah sonne.

 

-Sarah : Ah, c'est mon téléphone. C'est Marinette. Allo ? Oui. C'est juste qu'on commençait à se faire du souci. OK. À Marinette : Elle arrive.

-Maud : Allez, ça, ça veut dire qu'elle décolle de chez elle !

-Sarah : Mauvaise langue !

 

 

On sonne à la porte. Maud et elle se remettent debout en milieu de scène pour réserver le même accueil que Sarah à Maud.

Entrée de Marinette.

 

-Sarah : Entre !

-Marinette, un sac de voyage à la main et un sac pour offrir :Hello, les filles !

 

Elles se tombent toutes dans les bras avec la même petite danse complice.

 

-Maud : On se demandait si tu allais arriver.

-Marinette : Vous me connaissez… mais là, j'étais assez à l'heure… du moins jusqu'à ce qu'un merdeux me serre dans le rond-point pour passer plus vite que moi…

-Maud : Lui, il a dû le payer cher !

-Sarah : Il ne connait pas notre Marinette !

-Marinette : Tu m'étonnes… j'ai fait ni une ni deux, je n'ai pas cédé. Il m'a arraché tout le parechoc avant et rayé toute l'aile droite, ce con !

-Maud : Et ça va te coûter … ?

-Marinette : Bof, ça je m'en fous. Ça nous fait 50/50 parce que je cherchais à sortir du rond-point aussi, mais je suis prête à parier qu'il n'est pas prêt de recommencer.

-Maud : Ah, tu ne changeras jamais !

-Marinette : Non, mais tu blagues, c'est aux mecs de changer ! Alors les filles, ça va bien ?

-Sarah et Maud, acquiesçant: Oui, on est claquées !

-Marinette, heureuse : Alors je suis venue avec quelques munitions…

-Maud, riant : C'est bizarre ça me dit quelque chose…

-Marinette : Ca faisait tellement longtemps qu'on l'attendait notre soirée filles. Alors j'ai apporté un bon petit foie gras dont vous me direz des nouvelles…

-Maud : Encore une soirée où on va maigrir à vue d'œil.

-Marinette,vexéeOui, enfin… On se fait notre petite soirée ou on ne se la fait pas, hein ? Et puis, on repensera à notre poids demain ! A propos, vous ne trouvez pas que j'ai un peu maigri?

-Maud et Marinette, dubitatives : Oui, il faut voir…

-Marinette : Non, je vous fais marcher, j'ai encore pris 2 kilos ! Bref, j'ai aussi amené un bon petit vin blanc moelleux qui vient de chez un petit producteur très charmant dont vous me direz des nouvelles…

-Sarah : Hein hein, un bon petit producteur très charmant ?

-Maud : Dont il faudra te donner des nouvelles ?

-Marinette : Oui, enfin non ! Je parle du vin, il est divin ! Il est divin !

-Maud : Ah divin, on dirait bien que tu en as déjà plein la bouche de ton petit producteur. Est-il gouleyant ?

-Marinette : Oui, enfin non ! Je parle du vin. Le vin est gouleyant et le producteur, je n'y ai pas encore goûté. Ah, je vois, vous avez l'intention de commencer la soirée comme ça, vous ne payez rien pour attendre. Et sinon, comment va Mathieu ?

-Sarah : Mathieu va bien… là où il est, visiblement !

-Maud : Sujet qui fâche ! On n'en parle pas.

-Marinette et Sarah : Bon, on n'en parle pas !

-Marinette,tendant un cadeau à Sarah : Tiens, ma chérie, je ne t'ai pas oubliée, voilà une petite chose pour toi.

-Sarah : Dis donc, les filles, je suis gâtée ce soir. Oh quelle merveilleuse petite écharpe !

-Maud : Elle va bien avec tes yeux.

-Sarah Merci beaucoup les filles. Alors moi, je vous ai concocté quelques petits fours, une verrine de betterave à ma façon et mon super guacamole maison !

-Marinette et Maud : Olé !

-Marinette : Oh, c'est vrai ton guacamole, j'en raffole ! J'en mangerais sur la tête d'un pouilleux mais alors qu'est-ce que c'est calorique…

-Maud : Tu m'étonnes : avocat, crème, et les petites chips qui vont bien avec…

-Marinette : Non, on n'en parle pas. Et sinon, comment vont les gosses ?

-Maud : Comme des gosses ! Ils me crèvent ! On peut faire comme si j'étais célibataire juste pour un soir et oublier la casquette de mère, d'épouse, de femme de ménage, de travailleuse acharnée…

-Sarah : Oui, on n'en parle pas.

-Marinette : Oh oui, ce soir, c'est détente spéciale entre filles ! Je commence à graisser des petits toasts…

-Sarah : Oui une soirée filles…mais, comment dire…

-Marinette : Oh là, tu as un ton bien grave toi ; qu'est-ce qui t'arrive ?

-Sarah : Eh bien…tu sais quand on a mis au point cette soirée, je m'ennuyais terriblement en réunion…

-Marinette : Ah bah, ça c'est sûr, j'y étais aussi, je te le rappelle… quelle réunion !

-Sarah : Et du coup, j'ai envoyé pas mal de SMS à Maud sans voir que, comment dire…

-Marinette : Tu vas y arriver là pour qu'on puisse trinquer un coup ?

-Sarah : Eh bien, je n'avais pas vu que, Norbert, qui était à côté de moi, regardez mes SMS de si près…

-Marinette, d'abord moqueuse puis comprenant de quoi il s'agit : Norbert, tout une affaire…Oh non, ce n'est pas vrai ! Tu n'as pas fait ce que je crois ?

-Sarah : Si, il avait l'air tellement malheureux… Il m'a demandé ce qu'on faisait ce soir et je n'ai pas trop eu le cœur de lui mentir, alors je lui ai dit qu'on faisait une petite fête entre nous…

-Marinette : Justement, c'est comme tu l'as dit, entre nous pas avec lui !

-Maud : C'est qui, Norbert ?

-Sarah : Juste un collègue.

-Marinette : Juste un gros boulet !

-Maud : Mais qu'est-ce qu'il a ? C'est la première fois Marinette que je te vois si dure envers quelqu'un… Il est si vilain que ça ?

-Sarah et Marinette : Non.

-Maud : Il est chauve ?

-Sarah et Marinette : Non.

-Maud : Des grandes oreilles, de vieux chicots tout pourris ?

-Sarah et Marinette : Non, même pas.

-Marinette : C'est ça le plus désastreux, je crois. Il n'est rien de tout ça, et pourtant…

-Maud : Bah alors quoi ?

-Sarah et Marinette : Bah alors… c'est Norbert quoi !

-Maud : Ca ne peut pas être aussi grave que ça.

-Marinette : Peut-être qu'il ne viendra pas avec un peu de chance.

 

La sonnette retentit à la porte d'entrée.

 

-Sarah : Chut, les filles, soyez discrètes ! Ici, les murs sont en papier mâché. On entend tout de dehors !

-Marinette : Justement, si seulement il pouvait avoir entendu ! Il partirait peut-être… Quoi que non, on parle de Norbert là. Vite, il me faut un remontant pour supporter ça. Oh des nounours en chocolat ! Allez un premier ! Et vite un deuxième et un troisième pendant qu'on y est ! Je l'ai toujours dit : les nounours choco-guimauve, c'est comme le sexe.

-Maud : Tu ne nous pètes pas un plomb, là ? C'est quoi le rapport avec le sexe ?

-Marinette : Le premier, c'est une mise en bouche ; le deuxième, tu prends un plaisir fou et le troisième te rappelle que t'as fait des excès ! Autrement dit un ça va, deux ça passe, trois : bonjour les dégâts et là, avec Norbert, c'est tout de suite bonjour les dégâts !

-Maud : On n'a qu'à faire comme tu as dit, Sarah.

-Sarah : Comment ça « comme j'ai dit » ?

-Maud : Si on fait silence, il ne saura pas qu'on est là !

-Sarah : Mais non, quand je vous ai dit « chut », c'est juste que je ne veux pas le contrarier.

-Marinette : On te l'a déjà dit pourtant, mais tu ne retiens rien, ce n'est pas possible !

-Sarah: Qu'est-ce que vous m'avez déjà dit ?

-Maud : On ne ramasse pas tous les chats errants !

-Marinette : Là, ça serait plutôt : on ne récupère pas tous les chats écrasés !

-Maud : Personne ne veut aller lui ouvrir ?

-Sarah : Vu que je suis chez moi, je me dévoue.

-Marinette : Mouais, c'est plutôt parce que c'est toi qui as fait la bourde !

-Maud : Si vous voulez vous en débarrasser vite, on peut peut-être lui exprimer qu'il est de trop.

-Sarah : Le mettre mal à l'aise ? Bonne idée ! Surtout que chez lui, c'est facile ; mais alors poliment quand même.

-Marinette : Ok, on va tout faire pour qu'il se sente de trop… ce qu'il est d'ailleurs !

-Maud, tendant le bras, les autres s'associant à son geste : Une pour Toutes, toutes pour une !

-Marinette, mimant ce qu'elle dit : On peut aussi mettre au point un code. Je ne sais pas… si je fais celle qui vomit, ça voudra dire qu'il me donne la gerbe et qu'il faut s'en débarrasser très vite. Ou je peux aussi faire celle qui se pend ?

-Sarah : On a compris mais sois discrète !

 

 

Acte I- Scène 2.

Sarah, Maud, Marinette et Norbert.

 

 

Sarah va ouvrir la porte à Norbert.

Entrée de Norbert.

 

 

-Marinette à Maud : J'espère au moins qu'il a apporté quelque chose.

-Maud : N'exagère pas, je ne t'apporte pas toujours quelque chose quand je viens chez toi.

-Marinette : Non, mais toi, t'es mon amie, lui c'est Norbert.

-Norbert : Bonjour.

-Sarah : Bonjour, donne-toi la peine d'entrer. Vas-y, ne reste pas sur le palier.

-Marinette, ne voyant pas de réaction de la part de Norbert : On se dépêche ça fait courant d'air !

-Norbert : Ah pardon. Bonjour. Vous êtes déjà toutes là. Du coup, pour une fois, c'est le garçon qui se fait attendre.

-Marinette, sourire crispé : On va dire ça.

-Maud : Bonjour, moi, c'est Maud.

-Norbert : Bonjour, moi, c'est Norbert.

-Sarah : Vas-y, déshabille-toi, je vais mettre ça dans la chambre, si tu veux.

-Norbert : Que je me déshabille ? Ah oui, tu veux ma veste ?

-Sarah : Oui, c'est bien ça, ta veste me suffira.

-Norbert : Tiens, au fait, ça, c'est pour ce soir. Je ne savais pas ce que vous préfériez que j'amène : du vin rouge… ou du rosé… ou du blanc… ou des chocolats... Ou un dessert… alors j'ai choisi d'apporter une bouteille de rouge… c'est moins cher.

-Marinette, en aparté : Comme c'est original !

-Sarah : Merci, c'est gentil. Installe-toi près des filles. J'apporte ce qu'il faut pour commencer la soirée.

-Norbert : Alors sinon, depuis le temps qu'on ne s'est pas vu, ça va ?

-Marinette : Eh bien écoute, depuis ce matin, à la photocopieuse, ça va pas mal. Ça faisait longtemps que l'on devait se faire une soirée entre filles, alors…

-Norbert : Oui, c'est ce que j'ai cru comprendre… J'étais content que vous me proposiez de venir ce soir.

-Marinette : Tiens donc…

-Norbert : Je ne suis pas vraiment une fille, mais bon…

-Marinette : Ah, on n'avait pas remarqué !

-Maud : Et sinon, ça ne te dérange pas d'être uniquement avec des femmes, ce soir ?

-Norbert : Oh non, pas particulièrement. Je préfère encore ça que d'être tout seul. J'ai grandi avec mes sœurs alors ça me dérange pas.

-Marinette : Ah c'est donc ça alors…

-Norbert : Tant que vous ne parlez pas culotte !

-Marinette : Ah si justement, dès qu'on se voit avec les filles, on se montre nos dessous et on se tâte notre poitrine pour comparer… comme les mecs dans les vestiaires sportifs, tu vois !

-Norbert, regard lubrique : Ah bon, la légende est vraie ?

-Sarah, coupant court à la conversation : Tenez, voici les petits fours et les mises en bouche ! Servez-vous !

-Norbert : Oh dis donc, tu t'es donné du mal ! C'est sympa !

-Sarah : C'est surtout, Norbert, qu'en fait il n'y a quasiment que ça à manger.

-Norbert : Oui je comprends, vous, les femmes, ne mangez pas comme nous, les hommes. Si j'ai encore faim en sortant d'ici, j'irai m'acheter un casse-croûte.

-Maud : Qu'il est mignon !

-Sarah : Je pensais qu'on pourrait faire les Mojitos ensemble. Qui peut venir m'aider ?

-Marinette : Moi, moi, ce sera parfait pour me dégourdir les jambes. En aparté : Et le cerveau !

-Sarah : Tu connais le Mojito, bien sûr, Norbert ?

-Norbert : Non, enfin oui, mais je n'y ai jamais goûté. Normalement, je ne bois pas d'alcool.

-Marinette, réjouie : Alcoolique repenti, en plus ? Oh, ça tombe bien alors. On va-t'en préparer un, tu m'en diras des nouvelles !

 

Sarah et Marinette sont derrière le bar et préparent les Mojitos. Marinette en profite pour ajouter une bonne dose de Rhum à celui de Norbert. Elle le fait couler dans le verre comme si elle servait un thé marocain.

 

-Sarah : Eh, mais tu es folle ! Tu as vu la dose de Rhum que tu lui as mise ?

-Marinette : Laisse faire la pro des boulets ! Il nous a déjà dit au travail qu'il ne supportait pas l'alcool. Avec un peu de chance, il décidera de nous laisser s'il se sent mal ou il s'endormira et on aura la paix.

-Sarah : Non, mais c'est dangereux, s'il est bourré, je ne le laisse pas repartir tout seul !

-Marinette : S'il n'y a que ça, on se cotisera pour lui payer un taxi. Tout, du moment qu'il fiche le camp !

-Sarah : Il va le sentir et ne le boira pas !

-Marinette : Si, il suffit d'ajouter plus de sucre. Ça va le cueillir, notre Norbert !

-Sarah : Je te préviens s'il est malade… c'est toi qui nettoie mes toilettes, hein !

-Marinette : Ouais, quand même, ce ne sera pas à ce point-là !

-Sarah : Ben tu sais, un pote de Mathieu après une soirée bien arrosée, nous a demandé d'aller aux toilettes… on l'avait complètement oublié, on allait pour se coucher quand on a entendu un gros bruit dans les WC… quand il est sorti de là il m'avait arrosé les murs à plus d'un mètre de hauteur… je ne te dis pas le nettoyage… Mathieu il a dégusté même avec des gants !

-Marinette : Oui eh bien peut-être que le pote de Mathieu, il était particulièrement bien doté aussi… Au pire avec Norbert, t'en auras juste par terre s'il est aussi mou qu'il en a l'air !

-Maud, aux filles : Les filles, pour moi, c'est peu de rhum, hein ?

-Sarah : On sait.

-Maud, à Norbert : Alors comme ça, tu travailles avec les filles ?

-Norbert : Oui, depuis presque un an. Mais je ne suis pas sûr de vouloir rester.

-Maud : Ah bon, pourquoi ?

-Norbert : Je ne me sens pas très à ma place là-bas.

-Maud : Oh, c'est dommage.

-Norbert : Tu es mariée, tu as un petit ami ?

-Maud : Euh, pourquoi cette question ?

-Norbert : Moi, je suis seul.

-Maud, hébétée : Ah ?

-Norbert : J'ai envie d'aller au resto mais je ne veux pas y aller tout seul…

-Maud, dubitative : Ah ?

-Norbert : Tu vois, c'est un peu comme les enfants…

-Maud, faussement intéressée : Les enfants ?

-Norbert : Oui, j'aimerais bien en avoir, je crois, j'ai largement l'âge mais je ne peux pas en faire tout seul !

-Maud, réprimant un fou-rire : Ah, ça c'est sûr que c'est difficile !

-Norbert : Non, mais je suis sérieux. Ça me déprime de plus en plus. Je me dis qu'il faut que je trouve la bonne femme…

-Maud : La bonne femme ? Oh oui, c'est sûr ! Mais ça ne va pas être facile…

-Norbert : Si, je me suis dit, tu n'as qu'à en inviter une au hasard dans la rue, la première qui dit oui, tu l'emmènes !

-Maud, choquée : Quoi ?

-Norbert : Oui, je ne serai pas le premier à faire ça, je pense ! Cela a l'air si anormal que ça ?

-Maud : D'enlever une femme dans le rue comme si on était encore à la préhistoire ?

-Norbert : Non, elle serait consentante.

-Maud : Consentante pour se marier avec un inconnu et lui faire des enfants ?

-Norbert : Non, pour aller au restaurant… en tout bien tout honneur et je l'inviterai en plus.

-Maud, soulagée un peu : Ah j'avais cru qu'on parlait des enfants…

-Norbert : Pourquoi j'emmènerai des enfants que je ne connais pas au restaurant ?

-Maud : Oui, pourquoi ? Une minute, je vais voir si je peux aider les filles.

 

Acte I- Scène 3.

Sarah, Maud, Marinette et Norbert.

 

Maud rejoint le duo.

 

-Maud : Purée, mais c'est quoi, ce boulet ? Tantôt il me déprime, tantôt il m'apparaît vicieux !

-Marinette : Bienvenue dans le monde de Norbert !

-Maud : Il n'est pas clair, ça c'est sûr ! Il est comme mon vieux GPS, il lui manque une mise à jour ! Allez, j'emmène à boire.

-Marinette : Ça, c'est le tien, ne te trompe pas.

-Maud, perdue dans ses pensées : Non mais vraiment, il me fait presque peur, celui-là.

 

 

Maud ramène, à Norbert et à elle, un verre de Mojito. Elle se trompe et donne le sien à Norbert.

 

-Maud : Tiens.

-Norbert : Merci.

-Sarah, revenue avec Marinette au salon : Bon alors, à votre santé !

-Norbert, les interrompant : Je peux porter un toast ?

-Sarah, surprise : Euh oui, vas-y.

-Norbert : A des filles extraordinaires qui ont eu la gentillesse d'inviter un vieux gars comme moi !

-Maud : Oh merci. C'est gentil.

-Marinette : En aparté : Comme s'il ne s'était pas invité tout seul, l'autre ! A tous : A notre soirée entre filles !

-Maud : Ouah, il n'est pas un peu fort ?

-Marinette : S'il n'y a pas de rhum, c'est plus un Mojitos. On en a mis très peu pour toi !

-Norbert : Ah oui, c'est drôlement fort quand même ? Vous arrivez à boire ça ?

-Marinette : Il n'y a qu'un cinquième de rhum, le reste c'est citron frais, eau gazeuse, menthe et glace pilée.

-Sarah : Le mien est très bon. Ça fait du bien.

-Maud : Non, mais je ne peux pas boire ça, hein. Une gorgée, j'ai déjà la tête qui tourne !

-Marinette : Mais qu'est-ce tu racontes ? Donne ton verre que je goûte !

-Maud : Avec une bolée de cidre, j'ai déjà roulé sous la table à la crêperie, je te rappelle.

-Sarah : Oh oui, qu'est-ce qu'on a ri, ce jour-là ? Et tu nous demandais si c'était normal que le trottoir bouge !

-Marinette, goûtant le verre de Maud : Oh, je vois ! Excuse-moi, j'ai fait une légère erreur. Tu as eu le verre de Norbert.

-Norbert : Ah ? On échange si tu veux.

-Maud : Non, merci.

-Norbert : Si je t'assure, cela ne me dérange pas.

-Maud : Non, merci. Je ne voudrais pas lire en plus dans tes pensées !

-Marinette : Donnez, je vais refaire vos verres.

-Norbert : Alors avec plus de citron pour moi, s'il te plaît.

-Marinette, en aparté : Tu vas voir, tout le citron que je vais t'y mettre !

 

Elle fait couler le rhum à flot dans le verre de Norbert.

 

-Norbert : Alors on peut goûter ces bonnes petites choses ?

-Sarah : Vas-y, fais comme chez toi !

-Marinette, rendant son verre à chacun, à Sarah : Fais comme chez toi ?

-Sarah, à Marinette : Oh, c'est une façon de parler.

-Marinette : Oui, eh bien fais plus attention à ce que tu dis, il pourrait te croire ! Je n'ai pas envie qu'il se mette en calbut !

-Norbert, avalant grossièrement, sous les yeux incrédules des filles, ses bouchées : Pourquoi vous parlez de culbute ? C'est très bon. Y en avait combien par personne de celle-là ?

-Sarah, surprise : Je n'ai pas compté mais tu peux prendre la mienne si tu veux.

-Norbert : Merci. J'apprécie.

-Maud : Dis-donc, tu avais faim ?

-Norbert : Je n'ai pas mangé à midi. Après le boulot, je n'avais pas envie de cuisiner. Ça m'arrive souvent, ce n'est pas drôle de manger tout seul. C'est pour ça aussi que j'aimerais bien avoir une femme à mes côtés…

-Maud : Oui, pour ne pas manger tout seul.

-Norbert : Non, pour qu'elle me fasse à manger.

-Marinette : Quoi d'autre ?

-Maud : Tu as le temps d'apprécier à la vitesse où tu engloutis la nourriture ?

-Marinette : Oui parce que j'ai amené un foie gras…

-Norbert : Oui enfin, moi je suis contre certaines conventions. Comme le foie gras, « produit noble », il ne faut pas le graisser, ce n'est pas du pâté…

-Marinette : Ah, bien oui quand même…

-Norbert : On s'en fout ! Graissé ou pas, c'est du foie gras et, comme on dit, ça rentre par un trou, ça sort par l'autre !

-Maud : Royal ! Quel poète !

-Norbert : Non mais ça peut paraître choquant à certains… Vous, je sais que vous êtes des filles ouvertes… mais il ne faut pas oublier qu'il faut manger pour vivre et non vivre pour manger !

-Sarah : Beau précepte, bien vrai. Mais on peut quand même apprécier…

-Norbert : C'est sûr ! Moi, par exemple, quand je rentre dans mon studio, le soir après une grosse journée de boulot, je me prépare un plateau télé avec une bonne grosse boîte de cassoulet ou de choucroute, c'est le pied ! Mais attention, faut prendre de la marque, c'est meilleur !

-Marinette : Sarah, tu n'aurais pas un truc au frais pour Norbert, genre rillettes ou pâté avec un bon gros morceau de pain ? Il a vraiment trop faim !

-Norbert : Ah oui, je veux bien aussi mais après le foie gras quand même parce que j'aimerais bien le goûter.

-Marinette, sourire grinçant : Bien, tiens ! Tu ne veux pas qu'on te fasse une omelette aussi ?

-Norbert : Oh je ne veux pas abuser de vos largesses avec moi.

-Marinette : Je disais ça pour rire. Ce soir, on ne voulait pas cuisiner, pour une fois.

-Sarah : Tiens, ton petit blanc moelleux de ton petit producteur.

-Norbert : Vous savez qu'on a tort de boire du moelleux avec le foie gras ? C'est comme le fromage avec du rouge ! Ils ont dit à la télé que ça tuait le goût. Le fromage devrait être servi avec du moelleux et le foie gras avec du rouge.

-Maud : Ah bon ? Je n'aurais jamais cru…

-Marinette : Oui, et bien on s'en secoue les couettes ! Moi, je le mange avec du moelleux et ça me va.

-Sarah : De toutes les façons, nous les femmes, on aime bien le moelleux…

-Marinette, en aparté : Mais pas les mous !

-Norbert, tête baissée : Zut !

-Sarah : Qu'est-ce qu'il y a ? Ah, ce n'est pas grave, la tâche sur le fauteuil ! Laisse !

- Norbert : Non, ce n'est pas ça, mais vous ne boirez pas de mon vin alors ? J'ai amené du rouge.

-Marinette, fâchée: Si, avec le fromage !

-Sarah : Tenez, voici des petits fours maison au chorizo et poivron.

-Norbert : Ils ont l'air encore plus excellent que les premiers. Oui, ils sont bons !

-Sarah : C'est du chorizo directement d'Espagne, j'en ai rapporté un grand ! Ils sont trop bons là-bas, surtout ceux qui sont artisanaux. À chaque fois que j'y vais, j'en rapporte ; j'aime bien aussi ramener une tresse d'ail et une tresse de piments, je trouve ça très décoratif dans la cuisine.

-Norbert, attrapant un chorizo pendu au plafond : Ah oui, quand même ! Je ne savais pas qu'ils avaient de six grands chorizos en Espagne.

-Marinette : Ça, c'est sûr que pour être grands, ils sont grands.

-Maud, déjà saoule : Oh oui, ça c'est du chorizo ! Dommage qu'on n'en ait pas plus des comme ça, en France ! Je savais que les Espagnols étaient bien mais la…

-Marinette : Je ne suis pas sûre qu'on parle de la même chose…

-Norbert,  s'étant levé pour admirer le chorizo et faisant le tour de l'appartement, il regarde un calendrier chinois suspendu au mur : C'est quoi votre signe, les filles ?

-Sarah : Notre signe ?

-Norbert : Oui, votre signe astrologique.

-Maud, avec un air coquin : Moi, je suis vierge.

-Norbert : Non, je veux dire votre signe astrologique chinois…

-Maud, faisant la tigresse : Ah moi, je suis tigre…

-Sarah : Moi, je crois que je suis Dragon.

-Marinette : Et moi…certainement une vieille pie…

-Norbert : Moi, je suis rat…

-Maud : Oh oui, un bon gros rat !

-Marinette, en aparté : C'est çaavec une longue queue maigrichonne,  de grandes oreilles et un nez pointu !

-Norbert : Le rat a des affinités avec le dragon ; il aime se mettre sous sa protection, et leur relation est durable.

-Maud, éclatée de rire : Oh oui ! Quel beau couple : un rat avec un dragon. Ce n'est pas banal !

-Norbert : En revanche, le rat et le tigre ne s'entendent pas. Ils luttent pour leur territoire.

-Maud : Mais il est sérieux là ; il y a vraiment écrit ça dans le calendrier chinois ?

-Norbert : Oui, je n'invente rien.

-Maud : Ah mais je croyais que tu plaisantais. Tu es vraiment rat ? Bon, ce n'est pas très poétique…mais ça ne m'étonnes qu'à moitié.

-Marinette : En parlant de ça, les filles, j'ai amené mon tarot… Je vous tire les cartes ?

-Sarah : Commence par moi, si tu veux bien. J'aimerais bien savoir ce que mon avenir me réserve.

 

Marinette prépare les cartes.

 

-Marinette : Vas-y, coupe, ma chérie...C'est bien. Tout s'oriente vers l'amour. Allez, choisis tes cartes une par une et tu me les donnes. OK. Alors c'est ton présent que je vois ; il y a un beau jeune homme qui représente la sécurité et il y a toi mais tu restes sur la réserve. Tu voudrais qu'il fasse ses preuves. Tu es droite, sincère, honnête et tu as besoin d'un homme qui puisse te réconforter. Sous peu, tu devrais avoir gain de cause et ton prétendant sera très argenté.

-Sarah : Oh, espérons que tu dises vrai. Mais Mathieu et l'argent n'ont jamais fait bon ménage !

-Marinette : Ce n'est pas moi qui le dis, ma chérie, ce sont les cartes !

-Norbert : Toi aussi alors tu es seule ?

-Sarah : Physiquement, oui, on peut dire ça.

-Norbert : Je n'y crois pas tellement mais je veux bien que tu essaies avec moi.

-Marinette, absorbée par ses pensées : Pardon, qu'est-ce que tu veux que j'essaie avec toi ?

-Norbert : Tes cartes…

-Marinette : Tu es sûr ? Les cartes disent parfois des choses…

-Norbert : Oui, c'est un jeu, allons-y.

-Marinette : Alors tu coupes… OK… Et tu me donnes tes cartes une par une dans l'ordre que tu désires.

-Norbert : Je te les donne comme je veux ?

-Marinette : Oui exactement, comme Sarah.

-Norbert : Mais je ne me rappelle plus dans quel ordre elle les a tirées…

-Marinette : Non, je veux dire dans l'ordre que tu veux, toi.

-Norbert : Et c'est embêtant si j'hésite ?

- Marinette : Il faut bien que tu te décides…Tu me donnes une carte, n'importe laquelle, puis une autre et ainsi de suite…

-Norbert : Alors ma première sera celle-ci, ma deuxième celle-là, ma troisième celle-ci… Non plutôt celle-là…

-Marinette, énervée : Tu es sûr, c'est celle-ci ta troisième carte ?

-Norbert : Oui, pourquoi ? C'est mauvais signe ?

-Marinette : Non, ça n'est pas mauvais signe mais es-tu sûr que c'est bien celle-là que tu me donnais ?

-Norbert : Oui, ce sera celle-là ma troisième carte et celle-ci ma quatrième puis ma cinquième et enfin celle-ci et celle-là…

-Marinette : Tu n'es pas obligé de les énumérer toutes ; donne-les-moi, c'est tout… et un peu plus vite, si tu peux.

-Norbert : Ah bon parce que la vitesse, ça compte aussi dans l'interprétation ?

-Marinette, très énervée : Non, mais on ne va pas coucher ici quand même… Enfin, nous si mais toi non.

-Norbert : Ah bon, vous couchez ici ?

-Marinette : Oui, Norbert, c'est une vraie soirée filles qui dure toute la nuit ! Tu peux continuer, s'il te plaît, à tirer tes cartes ?

-Norbert : Voilà.

-Marinette : Alors c'est ton passé que tu montres en premier. Je vois un enfant introverti qui a eu du mal à s'assumer ; c'est peut-être toi. Pour ton présent, c'est curieux, on a à peu près les mêmes cartes et même combinaison on voit un homme plus mature mais qui a encore du mal à s'assumer dans la vie et je vois beaucoup de souffrance, un rapport difficile à la mère… Et… Et rien…

-Norbert : Et rien ? Alors c'est quoi ces deux dernières cartes-là ?

-Marinette : C'est rien je n'arrive pas à les lire, ce n'est pas concluant.

-Norbert : Et ça arrive souvent que ce ne soit pas concluant ?

-Maud : C'est plutôt à toi qu'il faut le demander ?

-Marinette, pouffant de rire : C'est qu'on peut se poser la question !

-Maud : Je pense que ça signifie que ton GPS n'est pas à jour !

-Norbert : Mon GPS ? Mais je n'ai pas de GPS ! C'est quoi le rapport ?

-Maud : Ah, eh bien voilà : ceci explique cela ; c'est bien ce que je pensais !

-Norbert : Je ne comprends pas.

-Sarah : Laisse tomber, elle est déjà cuite.

-Norbert : Remarque, moi aussi, j'ai la tête qui tourne.

-Maud : Ah bien, alors peut-être qu'à force de tourner, t'auras les idées plus claires.

-Norbert : Alors tu voies quoi ?

-Marinette : Les cartes parlent d'un rapport difficile à l'argent. C'est très problématique pour toi.

-Norbert, attristé : Ah ?

-Sarah : Ça vous dirait qu'on mette un peu de musique ?

-Maud : Oh oui ! Une fête sans musique ce n'est pas une fête !

-Norbert : Si vous voulez, je peux vous faire quelques imitations ?

-Sarah : Ah bon, tu as des dons d'imitateurs ?

-Norbert : Des dons, je ne sais pas, mais les gens me disent souvent que c'est intéressant et que je devrais creuser cette voie.

-Sarah : Vas-y alors, on te regarde.

Acte I- Scène 4.

Sarah, Maud, Marinette et Norbert.

-Norbert : Alors là, il faut dégager le sofa…

-Marinette : Toi, tu sais parler aux femmes !

Pour lire, c'est ici : http://librartiste.free.fr/troupe/Norbert,%20quoi%20!.pdf

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