Nuage

Lucy Nuange

Je n'ai plus le souvenir d'avoir, un jour, eu ce sentiment aussi fort, qui m'a parcouru tout le corps en quelques secondes et ne m'a plus quitté. Le désir est puissant, frustrant, incontrôlable. Va-t-il, si je lui obéis, partir aussitôt ? Ou dois-je craindre un renouveau ?

Craindre, voilà le terme exact. Insatiable que mon cœur est. Peut-il un jour se rappeler les leçons passées et arrêter une bonne fois pour toute d'aimer ? De désirer ?

On me confond avec la beauté interne. Se détruire avec son propre consentement n'est pas une tâche très intelligente. Laisser entrer et sortir les gens de ma vie me pousse à me demander si je suis bien utile. À quoi bon chercher de la compagnie quand ma bouteille ou ma plume ne m'ont jamais quitté ? Fidèles amies, charmants objets sans vie, qui pourtant m'en insufflent.

Avec mon âme de guerrière et mon armure de mille remparts, ai-je un jour réussi à sortir de mon hébétement ? Le temps passe, les coups se font plus rares, mais plus violents. On me coupe la respiration, on m'assaillit de mensonges et de fausses vérités à demi prononcées. 

Qu'ai-je donc fait pour mériter tant de méfiance et tant de naïveté de la part de mon propre esprit ?

À vouloir sauver les autres autour de moi, je me suis oubliée. J'ai donné beaucoup trop de ma personne sans jamais vouloir ni avoir de retour. Me voilà mise à nue, quelques remparts en moins. Le poignard a tout de même traversé la maille une ou deux fois, laissant d'immondes cicatrices.

Pourrais-je un jour simplement respirer le même air que les autres ? Ou dois-je me contenter de mon nuage rose ou noir, qui change selon l'état de mes pensées ?

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