Panne de boussole

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Il est des jobs étudiants bien pires : vendeuse au 4e étage mansardé d’un Tati surpeuplé et non climatisé au cours de l’été 2003, avec interdiction de s’asseoir mais obligation de porter un polo-rose-coton-épais-taille XL ; serveuse au Pain Quotidien où le bol (« vintage » ?), a l’humble mérite de reconnaître l’intérêt de la anse qui empêche surchauffe puis déversement incontrôlé de toute substance liquide, type chocolat brûlant sur consommatrice inoffensive. Un pantalon et une paire de cuisses se rappelleront leur Brunch.
L’Ofup à côté, du pain béni : plein air, jeunesse, réminiscences d'une vie adolescente. Seuls bémols : changer de lieux et d’horaires tous les 2 jours, en être prévenu la vieille et payé à la commission.  Mais découvrir des bouts de Paris et convaincre un mineur préparant le bac que s’abonner à un magazine culturel n'a que du bon, ce n'est pas non plus très courageux sur l’échelle de l'ambition.

Et on dirait que c’est l’occasion de rencontrer de belles personnes.

Miss : Tu es dans quelle filière ?
La proie inoccupée à fumer, dessiner devant le lycée : En L, je veux intégrer une école d’art.
Miss : Fais voir tes dessins.
La proie : Oh, c’est pas terrible, vite faits en attendant la sonnerie.
Miss, incapable de figurer mais bien briefée : Si, c’est vachement bien. T’es abonnée à Beaux-arts Magazine ?
La proie, talentueuse : Non, je l’achète des fois. Et tu fais quoi ? Tu veux une clope ?
Miss charmée : Merci ouais. Prépa lettres, j’aimerais bien pouvoir dessiner comme toi. On fait des tarifs, tu devrais en parler à tes parents ce sera ton petit « + » aux concours.
Et tu t'inspires de quoi alors ?

Quinze minutes d’échange et rêves, déceptions, perspectives et autres vies entières nous sont désormais familiers. Notre relation dépassera cette rencontre qui n’en signe que le début.

L’artiste en herbe : Vas-y, je remplis le formulaire.
Miss séduite : Ok super, on y va. Nom, prénom.
L’artiste : Chambard Camille.
Miss : Sexe, ouais bon ok.
L’artiste rebelle : Quoi ok ?
Miss déstabilisée : Haha. Adresse ?
L’artiste confiant : Non mais t’as coché quoi ?
Miss perdue : heu… « M ».
L’artiste : C’est « F » en fait.
Je suis une fille.

Crap.

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