Pas de rétine dans le champs de vision

Alice Farouche Rendu

Il avait un oeil sur l'extérieur des gens et surtout un oeil tourné sur leur intérieur, ce qui faisait de lui un homme louche. Il s'appelait Pierre; il en aurait eu une dans l'oeil que ça ne se serait point vu, tant sa paupière mobile jetait un oeil partout, tant dans un battement de cils, il gardait l'oeil, sur toi, sur moi, sur lui, sur tout, surtout! Il avait l'oeillade, d'un oeilleton dans un oeil de boeuf, c'est dire qu'il ne choisissait pas ses appétences, ou ses appétits dans les yeux de veau ou de merlan frit! Pov' Pierre qui jetait un oeil de lynx ou de biche quant à vue d'oeil la coquette rie ou dit merde à un autre cristallin... Bref, soit il l'ouvrait, le risquait mais l'avait, sommes toutes, ouvert sur quelqu'un, soit aveuglément il le jetait sans l'ouvrir, cruel destin! Avoir un oeil à Paris et l'autre à Pontoise, c'était pas simple, il avait fait le tour du globe en Iroise pour les yeux d'Iris...Le coup d'oeil, sans compas, c'est un coup de maître! Il a tourné de l'oeil, ceci dit, sans corner ses doigts dedans, la rétine aux yeux de velours l'avait tapé d'une humeur aqueuse, à nu je vous dis, au bord des larmes de la Meuse! Un enclin et déclin d'oeil plus tard, le mauvais oeil avait cerné au beurre noir sa vision en bon pied, genre, il avait la vision des choses, quoique conjonctive: crépusculaire, binoculaire, moins nette en diurne comme en nocturne, pas normale mais indistincte, stéréoscopique mais surtout fragmentée...Pov' Pierre, il attacha une visière autour de sa tête pour y garnir ses yeux sans y porter sa main, peine perdue...La prunelle de ses yeux n'était pas en face des trous, à en crever les yeux de l'aigle et du chat! Il les voilât, les bandât, dans le vague par droit de grâce, les fermât...Dans le blanc des yeux vairons, un flot de larmes à l'abandon, les noyât, pov'Pierre...

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