persistance

Hervé Pizon


Robe, or et une touche de vert,
tombée,
noisette et amande
puis raisin très mûr et miel,
en bouche : 10 à 15 caudalies.
Cheveux épars filent sur le cou,
yeux ouverts, tel Atlas
à regarder le monde de tes épaules nues.
Rai de soleil lèche les lames du plancher,
ton horizon de dunes,
paysage immuable,
bruissement léger
vent du sommeil.
Mot, geste,
marque propre à sentiment,
pression et impression du corps
au creux de toi, ta peau parle.

La sève monte, premiers bourgeons,
premières feuilles, d’un vert fragile
gelées printanières tant redoutées,
sentiment ancestral du peu de fruit ?
Bientôt chassé par les nouvelles :
dans l’obscurité de son écrin boisé,
le vin exhale sa vitalité fleurie
au parfum de violettes,
tu ouvres à moi tes yeux.
Ravissement, trouble de l’âme
et pensée de l’amour;
excitation de l’ivresse,
exaltation en sentiments
exhalent parfums du fruit frais
au caractère de la jeunesse ton vin.
A ton chant d’ivresse :
fin et délicat amour rond,
dentelle chue,
fraise des bois,
framboise et cassis,
Amoureuses et Charmes.

Marcher à grandes enjambées
dans les vignes
ébourgeonnées et épamprées,
caresse d’une brise légère;
vent d’ange,
racines enfoncées profondément dans le sol,
vignes noisetiers de tes yeux
pêches toucher de ta peau
tâches de rousseur
sur les collines de Monferrato
dans la brume.
Sol en partage, humilité
immédiateté en suspension
sensations nourricières
et persistantes,
acuité de la pensée
-l’épidermique-
le goût de ton eau,
la terre de tes gestes.

Olivier millénaire deux fois,
arbousiers, myrtes
et lentisques en fleurs,
fontaine à l’eau claire
comme ta peau,
embruns des corps eau et sel,
vins de rancio,
baisers salés délicieux, perlés.
Treille aux effluves capiteuses
de l’autre rive
roulis, griserie.
Tanguez beauté des vagues !
Grains de sable projetés,
présence pétillante, le dos,
les mains et le pied marin.
Perchés sur la place,
terrasse rouge barrée de soleil
yeux plissés, chênes truffiers,
vins rubis au goût de perle noire,
thym, lavande,
penchants de l’amour,
bascule à l’abandon
délicieux de ton ciel,
l’inclinaison idéale
nuque blanche.
Humer ton nez d’abricot
absterge mes plaies.

Le vent s'insinue
au mur de la douleur
souvenir amer d'un mot acide,
petit air sucré,
tes larmes salées j'ai goûté.
Puis sous la tonnelle enchantée
près la treille,
au beau milieu de nulle part,
de cet amour
rond et si plein,
tu glisses le long des parois
de mon verre.
Mon vin !
tu as de belles jambes, pense-je.
Argile contre pierre,
reflets de toi, soleil,
vitraux gris en bandes de Soulages.

Absence, cris des jeux des enfants,
jolies lumières courent entre les platanes.
Rires, rosé de saignée,
défaut de ta présence
nécessité de toi,
bouteilles vides.
L’eau manque déjà,
comme tu manques ma rosée.
Amour, sur le fruit.
Sans attendre :
je vois de toi,
marnes sur argile rouge,
schiste noir.
Je bois de toi
grenache noir,
ce baiser de ta bouche
gourmande
m'enivre arômes
cerise en confiture
légèrement poivrée.

Au Prieuré Saint-Jean,
entendre l'acoustique du lieu ;
toi tangible ta voix rieuse.
Vin rouge sublime aux reflets roux,
persistance en bouche infinie,
puissance et fraîcheur.
Pour peu que tu penches le pied
d'un léger mouvement
de ton poignet gracile,
elle se découvre,
entraînée sur la paroi
cristalline,
l'attirance est forte.
Au toucher de la bouche,
le vin est velours et pulpeux;
le fruit plus présent,
les arômes chimères.
C'est clair, tu me troubles.
J'ai envie de crier
fruits noirs compotés,
fruits rouges confiturés,
tabac, cacao, baies, épices,
olives, fenouil,
garrigue, violette.
J'ai chuchoté
tu me manques.

Vin muté, moûts muets,
ravins brûlant
de désir encaissés
dans les montagnes schisteuses
dévorées de soleil,
fleuve d’or de l’amour
barcas rabelos
rio Douro,
impétueux du sentiment
coupé de rapides
semé de brillance,
d’écueils et de remous.
Ce chaud, ce froid.
Dormir contre toi.
Obsession de la lumière
et du mouvement,
minutie du détail,
grain de la peau,
boucles des cheveux,
pâleur et douceur du visage,
perspective et fuite
liqueur absolue exquise,
pressage des raisins
dans leur prison de glace,
eißwein.

Au château, hirondelles,
tête jolie sur mon épaule,
courte itinérance
en décor de l'amour.
Sols arides issus
de roches calcaires décomposées,
accrochées au paysage
olive et amande,
vignes en terrasse.
Sauge et lavande,
carpaccio de sandre.
Et dix mille cigales enchantées.
D'eux, rouge, têtes penchées;
Marie-Antoinette.
Primevères en équilibre,
papillons fleurs blanches
et butinent nos bouches de miel.
Sous la treille du sommeil
je dors près d'elle
arbre en garrigue
à l'infini miroir de thym.
Chevilles nouées,
mains douces immobiles liées,
Tout s'est tu du dehors
et les grappes de mots
font silence
en lune presque pleine
noir profond de la première nuit.
Aucune astringence.
Les bouches ne sont jamais asséchées
en terrasse des sentiments.
Ils se rejoignent à nouveau.
Et leur souffle.
Les grains de peau
dos ventre
croqués à belles dents,
la rosée en ton écrin de raisin.

hervé pizon


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