Petit billet d'amour

emilio

Petit billet d’amour à l’intention des Sarkophobes

Il s’en est fallu d’une écaille que je n’écrive squalophobes, parce qu’ils sont tout un banc de superprédateurs à nous tourner autour, la gueule menaçante et prête à se refermer sur nous autres petits poissons. Mais cela eût été injuste envers une espèce en voie de disparition, qui fait beaucoup moins de victimes et contribue à l’équilibre naturel… Si seulement il y avait eu un de ces squales qui fût « sarkophage », nous aurions pu imaginer qu’il s’emparât d’un Nicolas tombé par exemple d’un yacht en Mer Rouge (le pays des pharaons), en engloutissant aussi ses cartes bancaires, ses téléphones portables, sa Rolex, ses stylos Dupont et ses talonnettes, avant de rendre l’âme d’indigestion.

Mais bon, trêve de plaisanteries… l’on nous assène volontiers que l’ultralibéralisme n’est pour rien dans la baisse récurrente du pouvoir d’achat et la montée inéluctable du chômage, parce que le problème viendrait d’une hausse exponentielle des dépenses publiques sociétales. Autrement dit, il est de bon ton dans les milieux autorisés de considérer que « l’assistanat » plombe le budget de la République, dans un contexte de crise planétaire inévitable, sans jamais remettre en cause les banques, la spéculation, les financiers et ces anonymes des multinationales qui tirent les ficelles des marionnettes politiciennes en haut de notre pyramide.

Pour  démonter ces clichés à la mode, il suffit de se souvenir que Chirac avait déjà commencé fin 2005 à sabrer les crédits des associations loi 1901, un lien social primordial dans les cités. Ces maisons de quartier ouvrent les jeunes défavorisés à des activités, à des voyages loin des blocs et apporte aussi un soutien scolaire non négligeable, mais elles ont été contraintes de licencier économiquement nombre d’animateurs socio-culturels, d’éducateurs, faute de subventions suffisantes… Pendant ce temps, les emplois fictifs de chargés de mission allaient bon train à la Mairie de Paris, où toutes les largesses étaient permises aux amis des amis… Aujourd’hui, la clique a bénéficié d’un non-lieu, mais comme a dit le juge chargé de l’affaire, juste avant la relaxe qu’il souhaitait : « Nous devons tenir compte du rayonnement international et des actions impérissables d’un président qui a œuvré pendant si longtemps  pour la France, et patati et patata ».

Dans cet amas d’informations quotidiennes, j’ai aussi retenu la prestation du sémillant Copé (je suis également « copéophobe »), qui a voulu terroriser les électeurs en leur faisant miroiter le spectre du gouvernement Jospin… « Attention, a-t-il proclamé en substance, si les socialistes s’acoquinent avec les Verts, ils pourraient réduire le budget de l’armée au profit du social ! » Autrement dit, un pas en arrière après tout le travail accompli pour creuser l’écart entre les riches et les pauvres et parfois leur tombe… C’est un discours d’autant plus inadapté qu’on venait de fermer quelques mois plus tôt, en plein hiver, des centres d’accueil pour personnes à la rue, faute de moyens alloués, et que la commission européenne venait de rogner les deux tiers de son budget prévisionnel pour les plus démunis.

Alors, que faut-il penser du pays des droits de l’homme, tel que certains l’ont refaçonné, sans les idéaux de la Révolution Française ? Adieu Danton et Robespierre, puisque même nos footballeurs milliardaires font la gueule en écoutant Rouget de l’île avant d’aller frapper dans un ballon pour garnir leur compte en banque.

Non, je pense que Sarkozy est allé chercher de l’autre côté de l’Atlantique notre modèle actuel, celui des Etats-Unis d’Amérique, dont il se sent le fils caché, sinon un fils spirituel dont je n’apprécie pas l’humour. Là-bas, il n’y a pas que les 50 étoiles du drapeau national qui brillent au firmament du monde capitaliste, il y aussi les limousines étincelantes qui tracent sur des avenues si larges qu’on ne peut pas voir les cafards qui rampent dans les caniveaux derrière les vitres teintées. Je n’adhère pour ma part, pas du tout à cette culture du fric, surtout depuis qu’un homme du nom de Troy Davis vient d’être exécuter après vingt ans d’incarcération, sans la moindre preuve de sa culpabilité. Et sans vouloir faire de manichéisme, on a l’impression que le racisme n’est pas si loin. 

Si vous êtes encore là à me lire, et sans vouloir faire de prosélytisme primaire, je voudrais terminer en vous parlant du vote, qui est sans doute le plus sûr moyen de faire entendre sa voix dans une démocratie. Une voix qui pour qu’elle soit forte,  doit s’unir à beaucoup d’autres, pour devenir peut-être un jour ce grondement qui accompagnera les déferlantes de notre fraternité retrouvée.                  

 

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