Ponctuation (extrait)

Jonathan Penglin

Trois réflexions sur trois paires de ponctuations.

Les parenthèses cachent ce qu'elles révèlent et révèlent ce qu'elles cachent. Elles cachent leur contenu au reste du texte, qui fait comme si elles n'existaient pas. Elles réservent leurs pensées au lecteur. Ce sont des messagers furtifs, parfois traîtres, prêt à prendre à revers le texte qui les héberge pour lui planter un couteau dans le dos. C'est le canal par lequel une autre voix, discordante parfois, se fait entendre au milieu d'un discours policé. Les parenthèses, c'est une fenêtre ouverte par l'auteur sur son âme, à travers le mur de ses mots.

De la même manière, les guillemets ou chevrons sont une fracture dans l'écran de fumée de la narration, qui laisse place à la réalité du dialogue. L'illusion du verbe s'efface devant le réel, le corps des choses dites comme elles sont, sans l'artifice de la parole rapportée. Si le texte est un théâtre, les guillemets sont les rideaux qui s'écartent devant la scène.

Quant aux tirets d'apostrophe, ils sont un peu les cousins des parenthèses. Par eux tout le texte se met en pause, suspend son vol pour laisser à l'auteur le temps de préciser sa pensée, de faire un commentaire. C'est une retouche, une note de bas de page qu'on nous force à lire. Ils traduisent l'angoisse de l'auteur d'être mal compris, ou la distance que lui met à son propre propos. C'est une ruse, un faux-semblant. Les tirets, c'est une coupure de vérité malhonnête dans une litanie de mensonges véridiques.

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