Que fais tu toi ?

nina-nine

Alors, bien sûr l'instant ne lui laisse pas le choix, se sauver, courir, vite trop vite, laisser l'air brûler sa gorge comme du feu !

Et puis ce gosse... juste un regard et deux minutes, deux minutes... quelques mots, "je vous donne ce qu'il manque, laissez lui son pain", "merci madame", voila juste ça, son cœur bat, la course s'est arrêtée.

La douleur dans les tempes l'empêche de réfléchir, et pourtant cette fuite ne peut pas s'arrêter là ! là, dans cette boulangerie ?

Dehors la pluie a repris, les gens ne s'attardent pas, les voitures repartent, et d'autres arrivent, il faut partir, rester là ne rime à rien, la place est triste, la pluie presque sale, le sol dégage une odeur âpre.

Cette absence la calme, la rassure, lui donne raison de l'existence, reprendre les choses, sans recul, sans expérience, sans vécu, reprendre les choses comme si le début de la vie était cet instant.

Ces instants entre fuite et réalité lui donnent une clairvoyance inattendue, inconnue, presque effrayante.

Elle sait qu'elle n'échappera pas aux regards et aux jugements des siens, et de ceux qui gravitent si près d'elle, trop près d'elle.

Ce besoin d'échapper, de s'échapper, personne ne le cautionne, personne ne le valide, on fait semblant de ne pas voir, de ne pas entendre, voir même on chuchote l'inaprobation.

Hier dans le regard de Valérie, elle a senti combien la différence s'impose, combien ne pas dire :"oui tu as raison" l'exclus du groupe.

Rien à faire, déjouer les tours, ne servira à rien, elle devra vivre avec elle, puisqu'elle ne sera jamais au norme du groupe, les normes la dérange, les normes ne cadrent pas, les normes lui donnent la nausée !

Ramassis d'intolérance, elle déteste cette violence gratuite, la critique facile, et la compétition de nul à plus nul ! Tous les matins, son miroir lui chante la même chose : "que fais tu toi ?"

Alors toute la journée, elle essaie de faire, mais ce n'est jamais assez, le lendemain encore la même question, "que fais tu toi ?"

L'exigence du miroir lui rappelle inexorablement la petitesse de sa vie. "

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