Recit ordinaire d'une soirée extraordinaire

le-baron

Au milieu du salon trône une lourde table en bois, aux pieds armés de ferrures
En son centre, une statue, noire ébène, représente une femme nue, en position lascive.
Devant celle-ci, deux bougies sombres éclairent quatre rouleaux de parchemins maintenus par des rubans rouge sang.
Une plume, dans son écrin, attend, prête à être utilisée pour signature.
A l’autre bout de la table, un lourd candélabre en étain termine le décorum.
Plusieurs dizaines de bougies, unique éclairage, donnent aux trois pièces, une allure magique.
Un haut parleur relaye avec douceur le son d’un piano et de violons.
Les épais rideaux isolent la demeure de l’extérieur.
Tout à été préparé avec soin et minutie par le Maître des lieux.
La cérémonie va bientôt pouvoir commencer.

Elle, dans sa guêpière, serrée à outrance, en position prostrée, bras allongés, les seins au sol, les fesses bien relevées et offertes aux regards, attend, soumise, l’arrivée des invités.
Un lourd collier de cuir, orné d’anneaux métalliques sert son cou et se perd dans ses longs cheveux noirs.
A ses poignets, deux bracelets aux anneaux identiques.
A ses pieds de majestueuses bottes aux infinis talons de métal.
L’appréhension lui sert la gorge mais la confiance et l’amour la portent.
L’abandon est son choix… son seul choix.
Elle ne sait rien du déroulement de cette soirée si ce n’est qu’une décision capitale l’attend.

Lui, tout de noir vêtu, se tient à ses côtés, admiratif devant cette croupe, siège de tant de plaisirs et de contraintes imposées.
Son amour pour elle est démesuré, sa folie en est décuplée.
Il sait qu’elle ne fera rien pour l’arrêter, qu’il est le seul à poser des limites.
Des limites ? En a-t-il ?
Il sourit à cette idée.
Dans quelques secondes, les invités seront là, exactement ponctuels, il ne peut en être autrement !
D’ailleurs, les lumières automatiques qui entourent le château se déclenchent, annonçant leur arrivée.
Il se dirige vers l’entrée afin de les accueillir.
Elle, conserve son obligatoire immobilité.

Elle entre la première, corset rouge, seins en évidence, sobrement dévoilés sous un léger châle.
Une longue jupe fendue dévoile ses bas et le haut de ses cuisses à chacun de ses pas.
Fermement, elle maintient une laisse tendue au cou de son amant.
Elle salue le Maître des lieux d’un baiser sur ses lèvres.
Lui est vêtu d’un pantalon de latex noir, ouvert à l’arrière, dévoilant ses fesses zébrées d’anciennes et profondes marques, vestiges de sévères punitions.

Toujours dans sa position de prosternation, elle attend, telle une statue sans vie, qu’on l’autorise à se relever.
La précipitation n’est cependant pas de mise en ce lieu et circonstance.
Le temps de quelques commentaires élogieux quant aux courbes de son corps qu’elle expose impudiquement et il l’aide à se relever, elle ne peut y arriver seule.
Sa guêpière est à l’ancienne, les baleines en acier, particulièrement rigides, l’obligeant ainsi à un maintient parfait tout en contraignant à souhait le moindre de ses mouvements.
Les invités la saluent. Ils ne se connaissent pas.

Les convives sont dirigés au salon par le Maître des lieux et de la séance.
Le Maître et la Maîtresse s’installent confortablement dans les canapés de cuir.
Le soumis et la soumise prennent place, à leurs pieds, à même le sol, tels des chiens quémandant une caresse.
Champagne et vendanges tardives sont servis en guise d’apéritif.
Le Maître des lieux donnent les consignes.
Lecture des parchemins sera faite par les deux esclaves, à genoux, le corps bien droit, comme il se doit.
Ensuite, ceux-ci serviront le repas dans la salle à manger.
La table est déjà dressée.
Sur celle-ci, on y distingue, croisant un haut chandelier, un long fouet de cuir noir.
Ainsi, le temps de l’entrée, la femme à la guêpière aura à se décider de son acceptation à signer, en présence des deux témoins, le contrat la liant définitivement, inconditionnellement et irrémédiablement à son Maître.
Lui prend soin de l’informer, qu’avant d’y apposer sa signature, elle sera fouettée sans pitié, afin que sa chair lui remémore les conditions de leurs engagements réciproques.

La lecture va débuter.
Maître et Maîtresse attendent stoïque.
Tension palpable ? Premiers effets du champagne ? L’amour et la déraison qui les unit ?
Un fou rire s’empare de l’assemblée.
La tension évacuée, le Maître des lieux reprend : « Merci de ce bon moment, cela fut très agréable. A toi ma très chère qui a déclenché cette hilarité, ta punition sera à hauteur de cette récréation.
Sont-ce les mots durs qu’il prononce, toujours est il que la lecture des parchemins se poursuit dans le sérieux le plus total.
L’homme à genoux débute celle-ci.
Durant ce temps, la fille à la guêpière a le temps de jeter un coup d’œil aux articles qui la concerne directement.
Quelques-uns lui sautent immédiatement aux yeux
-article 3 : la soumise accepte d’être régulièrement torturée, fouettée et marquée de la manière qui conviendra à son Maître
-article 5 : la soumise s’interdira toute jouissance à l’exception des moments que lui autorisera expressément son Maître. D’une manière générale, elle demandera l’autorisation préalable de celui-ci avant de s’autoriser un quelconque plaisir physique et/ou sexuel.
-Article 11 : le corps de la soumise appartient à son Maître. Celui-ci est donc autorisé à en user et abuser à sa guise, comme bon lui semble, en tout lieu et à toutes occasions. S’il le souhaite, le Maître remettra ce corps en d’autres mains et en toute confiance.

La lecture se termine, sagement.
Elle en retient deux articles qui le concernent lui !!!
-article 2 : le Maître s’engage à soigner sa soumise, considéré comme un trésor inestimable à ses yeux
-article 3 : Le Maître s’engage à considérer sa soumise comme étant le seul être digne d’intérêt et d’amour
Ainsi, il l'aime.
Elle n'en a jamais doutée.
Le repas débute.
Perdue dans ses pensées, elle sert l’entrée, prenant soin de s’agenouiller aux pieds de son Maître lorsqu’elle lui dresse les plats.
Les convives parlent de choses et d’autres, comme si le temps était suspendu, comme si leurs tenues ne dénotaient rien de particulier, comme si ce fouet de cuir, s’enlaçant tel un serpent de plaisir, autours des mets, n’était qu’objet de décoration, comme si les mains de son amant qui, par instant, se perdent doucement sur ses seins, étaient menu courant lors d’un repas en présence d’inconnus.
Mais cela n’est que répit, elle le sait.
D’ici peu, elle aurait à accepter le fouet.
Cela ne l’effraie pas, elle le connaît, elle connaît cette douleur.
Consentir à être ainsi livrée, nue, aux folies de son amant, de son Maître, en public, augmente ses craintes, son envie aussi, d’ainsi lui appartenir, sa fierté sans doute également, de quitter, par le bras de celui-ci, ce monde de moralités insensées et de frustrations.
Par ses chaines, elle se rend libre.

L’entrée se termine.
Il va être temps de te décider, dit-il.
Tous se lèvent.
On lui desserre sa guêpière, la dévoilant nue devant l’assemblée, seulement vêtue de ses longues bottes et de son string noir à lacets de cuir.
Ses seins se dressent fièrement.
Il lui caresse le dos, d’une main, avec douceur.
L’autre s’est déjà emparée du long fouet.
Ce soir tu ne seras pas attachée, lui murmure t-il, signe de ta liberté de choix.
Le veux-tu toujours ?
Je vous appartiens, Maître, lui répond t-elle
Il la pousse, poitrine contre le mur froid du salon, lui recule les cuisses afin que ses fesses lui soient bien dévoilées, ses bras tendus au dessus de sa tête.

Le long fouet de cuir s’abat une première fois sur son dos, lui arrachant un cri, qu’elle parvient encore à maintenir.
Ses hanches se cambrent, ses jambes se dérobent.
Elle se maintient au mur contre lequel elle est acculée.
« UN », compte-t-elle à voix haute.
Il s’approche d’elle et lui demande : « Et ? »
« Encore » lui souffle-t-elle
Un second, un troisième et un quatrième coups suivent, cinglants, terriblement cinglants.
A chacune de ses meurtrissures, les cris résonnent, de plus en plus puissants.
Elle continue cependant de les compter à voix hautes.
Le dos de la majestueuse beauté se zèbrent avec un peu de retard de profondes cicatrices.
Il est toujours étonnant de voir ce temps de suspension que mettent les marques à apparaître.
Comme si la chair tardait à concevoir l’inconcevable.
Il lui faut un instant pour récupérer son souffle.
Il lui caresse le dos un instant.
« Je t’aime » lui susurre t’il à l’oreille.
Puis d’un ton sec : « monte te rhabiller » ordonne t’il, ensuite, nous procéderons aux signatures.

Lui, s’assied sur l’escalier attendant son retour
La fille en rouge ordonne à son amant de se coucher à même le sol.
Il obtempère sans aucune hésitation
Elle se munit d’une fine canne de bambou au bout arrondi.
Un ustensile paraissant bien futile à tout novice
Petit, léger et pourtant excessivement douloureux.
La douleur est sèche, vive, précise, incisive.
Sur son escalier il commence à compter, silencieux, les coups qui pleuvent.
Il abandonne après quelques dizaines.
L’autre se tord de douleur.
Ses fesses noircissent.
Les veines éclatent sous la multiplicité des morsures.
Il retient ses cris.
Lui n’en a pas le droit.
A chacun ses plaisirs…
Les larmes suintent.
La torture est extrême.
Leur amour est extrême.
Ni tabou ni limite.
L’image d’un ver saupoudré de sel apparaît à l’homme en noir.
Il sourit.
Cette scène, il l’a tant vu.
Il ne s’émeut d’aucune manière.
Ceci est son monde.
Un monde clos, imperméable.
Une bulle où ne pénètrent que les initiés.
Ici, on ne partage pas avec le monde extérieur, on s’en protège.
Ici, l’amour gouverne, inconditionnellement.
Ici, tout est passion, folie.
Ici, la morale n’existe pas.
Pourtant ici, tout est codes, règles, exigences.
Pourtant ici, règne la plus intense liberté.









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