Rire à en Pleurer

cerise-david

Je le savais depuis le départ, je n’en doutais même plus. On finit seul. Je te regarde et je retiens un hoquet de douleur. Ne pas savoir quoi faire, quoi dire. Crier, hurler, pleurer, s’effondrer, partir. C’est ça ; partir seule, partir loin. J’ai claqué la porte de l’appartement alors que toutes leurs voix résonnaient dans ma tête. J’imagine déjà leurs regards, leurs paroles qui se veulent réconfortantes. Ma sœur dira que tu n’étais qu’un beau salaud et mon père voudra te fusiller. Mais tout cela ne changera rien, je serais seule. Alors je cours, loin de toi. Je prends le sentier qui borde la résidence où nous avons acheté cet appartement, ensemble. Je le prends seule et je cours, jusqu’à m’enfoncer dans les bois. De mes pas je piétine les milliers de fleurs d’acacias, le sol en est jonché et ce tapis doré me guide. Ma solitude, mes larmes et le parfum enivrant du printemps. J’ai couru longtemps, ou quelques instants, je ne sais plus. Et puis, je suis arrivé sur un pont, à l’heure où l’astre solaire embrasse l’horizon, le rose du ciel est venu s’écraser sur mes joues. Je me suis adossé aux piliers tremblants et j’ai continué à pleurer. Au fond je crois que j’ai attendu que tu viennes me chercher. Je voulais pas être seule, mais la nuit à finit par m’envelopper et une veuve noire s’est installer sur mon épaule. Je n’ai pas bougé ; j’ai une sale phobie des arachnides mais ce soir, je fais une exception. Elle et moi, on se ressemble. On est fait pour être seules. A vrai dire, on est tous fait pour être seul…

Dès le plus jeune âge, on nous apprend à être seul, autonomes. On dort seul, et très vite on apprend à se brosser les dents, tenir sa fourchette, se torcher le cul, seul. Victoire. On est grand. A 7 ans, faut apprendre un métier, alors on nous apprend à lire, à écrire, et chanter aussi. C’est comme çà que certains découvrent leurs passions et rêve de devenir mécano, artiste ou gigolo. On nous dit que y'a même des gens sur Mars pour que les futurs astronautes ne crois pas être seul ! On nous dit que ca sera dur, mais que l’école est là pour çà. Nous aider. C’est faux, cette institution n’est qu’un long chemin vers l’autonomie absolue. On nous apprend à lire pour passer des examens, le permis ou des diplômes, un master, qui nous emmènerons toujours plus loin de nos parents. Parfois à l’autre bout du monde. On nous apprend à être seul, nos meilleurs amis du primaire ont trop changés et ne sont plus nos amis d’aujourd’hui, quand à nos amis d’aujourd’hui, à l’autre bout du monde ou dans l’appart d’à côté, sont aussi seuls que vous devant leur ordi. On nous parle de réseau social, car l’homme est un animal social ; c’est plus facile de se reproduire grâce à Facebook, Meetic ou Caramail. Y’en a même qui pour tromper la solitude, se reproduise avec des robots. Bref, on en est au stade où à 25 ans, tu sors de l’institution écolière, avec des amis, une copine, un diplôme, un job, une voiture. Seul. Ta voiture t’emmène, seul, à ton job laissant ta copine faire de même. Ton job t’empêche de voir tes amis puisque ces derniers n’évoluent pas toujours selon les mêmes horaires que toi. Ce n’est pas grave t’as ton ordi pour envoyer des mails à tous ces gens-là. Avec un peu de chance tu seras muté et passera tes soirée à mater ta copine via Webcam et Msn. Te reste les vacances, pour profiter de l’être aimée, sauf si elles n’arrivent pas à avoir ces congés d’été. Ou la retraite, si tu ne contractes pas un cancer ou un diabète type 2. Elle est pas belle la vie, seul. Du ventre de ta mère jusque dans le cercueil, faudra t’y faire : tu seras seul.

Tout cela je le savais, mais j’y ai cru. J’ai cru que nous deux on pourrait être ensemble. Toi t’as juste choisit la facilité. T’as pris une brune parce que j’étais pas trop mal roulé et que mes petits plats sont pas trop déguelasses. Parce que mon job me permet de rouler en Mini, parce que mes parents ne nous font pas chier. J’étais le Plan B. Celui contre la solitude. Sauf qu’entre toi et moi, y’avait rien. Ou plutôt, toi pour moi. Toi, t’as toujours aimé les blondes, pulpeuses et sulfureuses. Le genre Brigitte Bardot avec le grain de beauté de Cindy Crawford. Celles-là, c’étaient le Plan A, contre moi et mes œufs aux plats, mon carré plongeant et le yoga. Tant pis. Je suis seule à présent, je vais rentrer parce que j’ai froid. Je ne vais pas te regarder, ni même te juger ; je me suis voilée la face. Je ne peux m’en vouloir qu’à moi. Je vais faire mes valises et mes cartons. Tu ne viendras pas me chercher, tu ne m’as jamais couru après. Les hommes préfèrent les blondes, ce qu’ils oublient, c’est qu’elles sont en voie d’extinction. Trop d’obus pour peu de Q.I., elles se marient à des vieux qui ne peuvent plus engendrer. Elles se tuent toutes seules. C’est peut-être les plus à plaindre dans l’histoire. J’ai repris le chemin du retour, laissant derrière moi ma confidente d’une nuit. Je suis rentrée d’un pas décidé. Bien décidé à te quitter ; à être seule. J’ai toujours cru avoir besoin de toi ; tu ne sais même pas monter une étagère Ikea, changer un joint ou faire un créneau. Tu te trompes toujours de station de métro, t’es jamais à l’heure et n’as aucun sens de l’orientation ; on verra si t’as Barbie sera meilleure G.P.S que moi, quoiqu’on dit « Gourde qui Parle Seule ». Elle ne devrait pas avoir trop de problème.

Quand j’ai mis les clefs dans la serrure celles-ci ont refusés de tourner ; tu m’avais enfermé. Je suis devant ma porte, dans le froid, du mascara bleu sur mes joues roses. Un vrai clown, sauf que ça ne m’a pas fait rire. Alors je suis descendu à la cave et je suis remonté armer d’un merlin. Alors que je commence à fracasser la porte  telle une furie, tu ouvres. Je crois que ce que tu as vu ce jour là tu ne l’oublieras jamais. Je t’ai menacé avec mon arme de fortune et me suis engouffrée dans l’appartement. Ta Barbie était vautrée sur MON canapé, alors j’ai fracassé le canapé. Et la table basse, et l’étagère Ikea. Elle hurlait que j’étais folle.

-          Je suis peut-être folle, mais au moins j’ai une éthique. Je ne laisserais personne me voler ma fierté parce si te mettre à quatre pattes te procure satisfaction, dis toi qu’on est pas toutes pareille.

Tu me regardais ahuri, ébahit, aphone. Elle a enfin fermé sa gueule et j’ai lâché le merlin. J’ai commencé à faire mes valises et mes cartons ; je n’ai pris que l’essentiel. Mes fringues et mes bouquins. Le reste je te le laisse. Ma satisfaction de la journée fut d’avoir pris une Mini en format break, je m’assurais ainsi de ne pas avoir à revenir. La croiser une seconde fois aurait était synonyme de meurtre avec torture sans préméditation. L’infidélité nous rend plus fou que la solitude ; c’est la leçon du jour. On allait fêter nos quatre ans de vie commune et je te faisais même pas chier pour avoir un bébé. Comme quoi, on n’était vraiment pas fait pour être ensemble. J’ai pris la route, j’ai roulé vite ce jour-là et quand un gendarme m’a fait signe de couper le contact pour me verbalisé je suis resté très clame :

-          Monsieur l’agent, êtes vous sure qu’à l’heure où je vous parle, vôtre femme ne fait pas ses valises pour s’enfuir avec son amant aux Baléares ?

Ca ne l’a pas fait rire. Sa femme venait de le quitter pour un peintre. On est tous seul… vaut mieux en rire.

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