sa main autour de mon cou

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le temps n'existe pas, extrait n°60
Au plus profond des entrailles maléfiques de la terre, je ne contrôle rien. Mon corps plonge dans un liquide étrange, constitué de toutes les larmes versées depuis que l'homme est homme. Je sombre, je m'enfonce dans ce lac de souffrance. J'y reste des jours, des années, des millénaires. 
Je ne suis plus, et la lumière n'existe pas.
Soudain, une main attrape mon poignet et me sort de cette eau bien trop salée. Je me retrouve allongée sur un sol de braises, j'ai mal, je suis faible. J'ouvre les yeux et dirige mon regard en direction d'une sombre créature, qui me transperce de sa noirceur. Je la reconnais. C'est l'enfant, mon faux sage, mon professeur imaginaire. Il est roi en ces lieux et exige que je me lève. 
Avec peine, je me redresse sur mes jambes écorchées. L'enfant si malin s'avance près de moi, très près. Sa main caresse mon visage, puis empoigne mon cou. Je hurle de toutes mes forces, le contact de ses doigts brûle ma peau, mais aucun son ne sort de ma bouche. Nous restons comme cela pendant une éternité - qu'est ce que l'éternité ? - Sa poigne n'est pas assez forte pour m'étouffer, pas assez légère pour me laisser respirer correctement. Dans un état second, je remarque des silhouettes brumeuses qui se sont rassemblées autour de nous, fantômes de fantômes, je me demande qui ils sont.
L'enfant relâche sa main et me regarde satisfait. 
Je comprends alors que je garderai à jamais sa marque brûlante sur ma chair, qui ne demandait que ça depuis toujours. Qui ne demandait que ça depuis que mes yeux de nouveau né ont été aveuglés par la lumière artificielle d'une vie sans quête.
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