Se libérer

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Un cours texte de fiction sur une évasion.

Elle ouvrit les yeux dans le noir complet. Elle sentait un sol en béton brut sous son corps à moitié allongé et sa tête la faisait grandement souffrir. Elle voulut relever les mains vers son visage pour se masser les tempes et apaiser le marteau-piqueur qui lui vrillait le crâne mais elle ne put remonter suffisamment. C'est alors seulement qu'elle remarqua que ses poignets étaient liés, tout comme ses chevilles. L'angoisse commença à faire son chemin en elle.

Elle essaya de continuer à respirer calmement et à ne pas se laisser happer par un sentiment d'enfermement et sa claustrophobie. Elle sentait le mur froid dans son dos et le sol plat sous ses pieds. Il fallait qu'elle se concentre là-dessus dans un premier temps.

Elle ferma les yeux et respira calmement. Elle entendit à ce moment d'autres respirations s'élever autour d'elle. Et l'angoisse fut plus forte encore. Des larmes roulèrent en silence sur ses joues et elle ne résista pas, elle les laissa couler pour apaiser son cœur.

- Où je suis ? Demanda-t-elle à mi-voix.

Elle n'eut aucune réponse et elle se sentit broyée de l'intérieur. Elle ne pouvait donc compter sur personne, même ici, alors qu'ils étaient tous dans la même situation. A mesure qu'elle regardait fixement devant elle, ses yeux réussirent à percer l'obscurité et elle distingua vaguement une présence en face d'elle. Elle pouvait voir la silhouette qui se détachait sur plus sombre, mais aucun détail n'était visible.

- Quel est cet endroit ? Recommença-t-elle.

- Nous n'en savons rien. Peut-être un garage, peut-être une cave, peut-être un bunker. Personne ne sait.

Son corps s'était crispé soudainement et elle sentait à présent les cordes qui liaient ses poignets s'enfoncer désagréablement dans sa chaire. Elle revint à ses exercices de respiration pour détendre ses muscles et faire reculer la morsure de ses liens.

Malgré ses efforts, elle n'arrivait même pas à se souvenir de ce qu'elle faisait avant de se réveiller ici. Ni même de quel jour c'était. Comme si quelqu'un avait avalé tous ses souvenirs avant de la jeter avec d'autres dans cet endroit. Elle frissonna violemment et se recroquevilla sur elle-même.

Puisque ça la mettait dans un tel état, elle ne poserait plus de questions. Elle préférait ne pas savoir que de suivre le parcours de son anxiété. Mais elle avait une dernière question à poser. Il fallait qu'elle sache.

- Depuis combien de temps je suis ici ?

- Tu es la dernière arrivée.

- Combien de temps ? Assena-t-elle.

A nouveau un silence. Jusqu'ici elle n'avait pas remarqué mais la voix qui lui répondait était celle d'un homme, surement d'âge mur mais qui devait avoir un penchant malsain pour la bouteille ou la drogue, tant sa voix était pâteuse.

Elle avait grandement besoin de la réponse à sa question. Même si elle ne savait pas si elle la plongerait dans un abime de souffrance ou si, au contraire, elle la libérerait un tant soi peu.

Dans le silence de sa question, elle entendit d'autres personnes bouger. Sur sa droite, elle entendait plusieurs bruits distincts, certainement deux ou trois personnes. Peut-être venaient-elles de se réveiller, elles aussi. Ou tout simplement, elles en avaient marre qu'elle parle. Mais c'était le seul moyen pour qu'elle ne flanche pas, alors elle devait continuer à chercher des réponses.

- On a compté. Trois jours.

Une spirale d'autres questions s'ouvrit devant elle : pourquoi se réveillait-elle seulement au bout de trois jours ? Qui l'avait enfermé ici ? Que voulait-on d'elle et des autres ? Combien de temps resterait-elle à fixer l'obscurité avant de devenir dingue ? Et tant d'autres qu'elle n'osait pas toujours formuler à voix haute.

Elle s'accrocha à ses genoux pour essayer de garder les pieds sur terre. Elle avait l'impression que dès qu'elle changerait de position elle s'effondrerait.

Elle sentait sur elle les regards des autres détenus. Elle savait qu'ils ne pouvaient pas la voir mais ils connaissaient sa voix et sa silhouette, ils devaient certainement se faire une image précise d'elle. Elle aurait voulu savoir combien ils étaient dans cet espace clos mais elle n'osait poser la question. Elle percevait les corps assis près d'elle mais il y en avait peut-être davantage.

- Tu dois certainement avoir des questions. Tu peux les poser, nos anciens te répondront. Laisse leur un peu de temps, ça fait longtemps qu'on n'a pas parlé.

- Qu'est-ce qu'ils nous veulent ? Répondit-elle.

- Nul ne le sait. Mais on a tous des hypothèses. Peut-être un trafic d'organes, peut-être de la prostitution, peut-être de la traite. Il vaut mieux ne pas savoir avant qu'ils viennent te chercher. Et ça arrive toutes les semaines selon nos calculs. Chaque semaine quelqu'un entre avec quelques rayons de lumière et il emmène l'un d'entre nous. On ne le revoit jamais, ça va sans dire.

Elle hocha la tête dans le noir et sentit ses cheveux collés contre sa nuque par la sueur. Elle n'avait pas prêté très attention au fait qu'il faisait très chaud dans cet enclos. Elle reposa sa tête contre le mur et chercha un moyen de sortir de cet endroit. Elle essaya de se lever pour éprouver ses entraves. Elle réussit à faire quelques pas avant que ses jambes ne réussissent plus à la supporter et elle tomba à genoux au centre de la pièce, du moins il lui semblait.

La bonne nouvelle c'est qu'elle n'était pas attachée au sol. Elle pouvait se déplacer librement, mais il semblait que le produit, qu'ils lui avaient injecté pour l'enlever, coulait toujours dans ses veines.

- Vous avez déjà essayé de vous en aller ?

- Non, jamais.

Elle leva un sourcil accompagné d'un petit sourire. Personne ne pouvait la voir mais elle savait que son silence était éloquent et qu'il se doutait du fait qu'elle avait une idée en tête. Pour le moment, elle état trop fatiguée et faible pour accomplir son plan à la perfection, mais elle savait qu'en dormant quelques heures pour évacuer la substances dans ses veines, elle se sentirait beaucoup mieux. Surtout qu'elle avait trouvé une raison de se battre.

- Quand est-ce qu'ils sont venus chercher quelqu'un pour la dernière fois ?

- Le jour après ton arrivée.

Elle tourna la tête vers la gauche. Une nouvelle voix avait pris la parole et elle semblait en meilleure santé que la personne qui lui avait répondu auparavant. Peut-être cette personne pourrait-elle devenir un allié dans la lutte qui s'engagerait. Elle garda cette idée dans un coin de sa tête. Pour le moment, dormir était son objectif premier. Et ils devraient tous en faire autant.

- Bien. Alors, dormons. Nous aurons du travail la prochaine fois qu'ils chercheront quelqu'un.

Elle s'allongea comme elle le pouvait et plongea silencieusement dans les bras de Morphée. Une chappe de plomb plongea sur elle et elle dormit profondément pendant de longues heures.

 

Une fois qu'ils furent tous réveillés, les préparatifs purent commencer. Ils lui indiquèrent comment leurs bourreaux procédaient pour les enlever une nouvelle fois et ils mirent en place une stratégie. Les plus vaillants se rapprochèrent de la porte et échangèrent leur place avec les plus âgés et fatigués.

Une fois la disposition prête, il leur fallait se libérer de leurs liens pour qu'ils soient libres de leurs mouvements. Ils essayèrent de se les retirer entre eux mais ils n'avaient aucun outil pour faciliter leur travail et dans le noir ils avaient du mal à se repérer.

Après plusieurs heures à buter sur les nœuds à leurs poignets et chevilles, elle s'installa dans son coin de la pièce. Elle ferma les yeux et recommença ses exercices de respiration. De cette manière elle réussit à détendre petit à petit chaque muscle de son corps et permettre aux liens d'être trop lâche sur sa peau. Il lui fallut du temps pour arriver au calme parfait qui lui permettait de retirer ses cordes mais avec persévérance, elle réussit à y arriver.

Alors, elle réussit à libérer une grande partie des autres pour qu'eux-mêmes retirent leurs liens aux suivants.

Ils avaient arpenté l'intégralité de la pièce mais aucun clou ne trainait pour s'en faire une arme. Alors ils iraient les mains vides mais les poings fermés.

 

Le jour J arriva. Il régnait une sorte d'excitation monstrueuse dans la pièce de béton. Entre l'appréhension et la liesse, ils ne savaient pas bien quoi choisir. Alors ils étaient un savant mélange de l'un et de l'autre.

Tout avait été calme jusqu'alors et ils tenaient fermement leurs nouvelles positions.

Elle essayait de se rappeler les coups qu'elle avait appris à ses cours de boxe, mais sans grand succès. Tant pis, elle jetterait ses poings et ses pieds sans méthode.

 

Enfin des pas résonnèrent à proximité et tous se mirent debout. Ils n'avaient pas d'armes mais ils étaient nombreux et si l'homme venait seul, alors ils pourraient le battre. Chacun retenait son souffle et essayait de rester tranquille pour ne pas éveiller de soupçons.

La porte s'ouvrit dans un grand bruit et le faisceau de lumière n'éclaira personne à la surprise du garde. Ils le virent froncer les sourcils et s'avancer dans la pièce. Ils avaient tous fait en sorte de se coller contre les murs et d'éviter la partie exposée par la lumière. En silence ils changèrent de position et les deux costauds de la bande se jetèrent au même moment sur le garde ahuris. Il les vit arrivé mais ne put pas les repousser tant sa surprise était grande.

 

Elle se glissa hors de la pièce, accompagné de quelques autres. La lumière les aveugla quelques minutes à force d'être resté dans le noir. Mais ils continuèrent d'avancer, les muscles bandés. Il ne semblait y avoir personne d'autre dans ce couloir et aucune voix ni aucun pas ne se faisait entendre.

La tête du groupe continua sa progression sans bruit le long du couloir en béton. Il n'y avait qu'un chemin mais ils se préparaient à rencontrer d'autres gardes à la fin de ce tunnel.

 

Ils commencèrent à entendre des voix, mais elles étaient encore assourdies par le long chemin qui les séparaient de leurs propriétaires. Ils échangèrent tous un regard et se préparèrent à leur sauter dessus dès qu'ils se feraient face. Ils ne possédaient aucun champion de castagne dans leur groupe mais ils sauraient se débrouiller.

Une lumière différente s'infiltra dans le couloir et ils surent qu'ils allaient quitter le tunnel pour l'endroit où se trouvait le reste des agresseurs. Ils firent une pause avant de quitter le boyau et se préparèrent à l'attaque. Ils étaient mus par l'énergie du désespoir. Soit ils arrivaient à s'échapper, soit ils restaient là et finissaient perdus dans leurs magouilles.

Elle respira calmement et fit jouer ses articulations. Elle était prête à leur sauter dessus et tant pis pour les coups qu'on lui rendrait. Ils avaient l'avantage de la surprise, tandis qu'ils se pensaient en sécurité dans leur pièce reculée.

 

Ils échangèrent tous un hochement de tête avant de se jeter dans la bagarre. Il n'y avait que deux autres gardiens et ils furent très étonnés de les voir arriver en criant.

Elle envoya ses poings dans le visage de ces malfrats pendant que les autres essayaient de les faire tomber au sol. Ainsi, ils auraient l'avantage et pourraient en faire ce qu'ils voulaient. Elle esquiva quelques coups et en pris certains autres de plein fouet. Mais elle faisait rempart et occupait le maximum de leur attention.

Ils finirent par se retourner sur le dos à cause de quelques coups dans les jambes. Ils étaient suffisamment nombreux pour s'occuper de les ligoter et de les bâillonner avec leurs propres cordes. Une fois fait, ils purent retourner prévenir les autres qui étaient restés dans le couloir. Ils étaient la réserve en cas de grosse raclée.

 

Ils échangèrent tous des regards apeurés quand ils se furent rejoints dans la pièce des gardiens. Il fallait à présent qu'ils s'en aillent, qu'ils sortent d'ici. D'autres brigands allaient peut-être rejoindre ceux-ci ou vérifier que tout allait bien maintenant qu'ils ne répondaient plus à rien.

L'un d'entre eux tira une porte et le jour se répandit dans la pièce. Ils durent plisser les paupières ou mettre leur main en visière.

Elle s'avança à la suite des autres et frissonna de sentir le soleil contre sa peau et de respirer de l'air pure. Elle grimpa les quelques marches qui menaient au grand jour et se sentit beaucoup mieux. Elle était libre à présent. Elle avait réussi à briser ses chaines et à se sauver de cette situation.

Tous les autres criaient et exultaient bruyamment. Elle préféra rester dans son coin et apprécier les choses simples qu'elle avait craint de ne plus jamais ressentir. 

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