Sens

Godness Alex

L'autoroute A666, concours

- Présentation des 9 Autres épisodes en fin du premier épisode.

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Les fenêtres sont ouvertes, le paysage semble faire un vacarme irréaliste au fil des mètres qui se succèdent et pourtant l'on entend là que le chant paisible d'un paysage qui s'étend à perte de vue. Les maisons se faisaient déjà moins nombreuses les derniers kilomètres, puis ont finit par laisser place à l'herbe verte, à ces prairies encore vierges de constructions humaines. Parfois, le grondement d'un moteur venait d'en face pour s'en aller aussitôt, et à d'autres moments un meme grondement venait de derrière et ces voitures filaient à toute vitesse pour dépasser cette berline blanche qui avancait, continuellement, le long de cette route de campagne. Derrière ses vitres, se trouvait Gabriel, un quadragénaire en vacances. Car cette belle ballade était méritée, bien qu'il ne se rappelait plus de sa destination, Gabriel avait besoin de vacances. Il était comme un petit garçon coincé dans une salle de classe qui sortait enfin pour la récréation, qui prenait son bol d'air avant de se replonger dans la noirceur des coins de pièces, la pénombre des tables loins des néons, loin de l'espace infini qu'un enfant pouvait imaginer tout ce temps à cet endroit.  Gabriel était fatigué, il était plus grisâtre que le ciel de sa banlieue, plus muet que les cris des innocents qui s'acharnaient a tirer les ficelles des monuments construits par les hiérarchies surplombant son ancien bureau, son ancienne maison construite sur les fondations des rêves des générations l'ayant vu naître. Il s'engageait maintenant sur une bretelle d'autoroute, l'A66. En roulant non loin du panneau de l'autoroute, il vit qu'un malin s'était amusé a rajouté le numéro six après l'indication. D'un rapide coup d'oeil au panneau, il se dit que l'A666 était bien évocateur de la direction qu'avait prit sa vie et dont rien ne laissait paraître qu'elle changerait jamais un jour. C'était l'enfer de son monde qui l'invitait de nouveau à le rejoindre. Mais sa pensée fût subitement interrompue par la voix de sa femme qui avait passé les deux dernières heures à dormir paisiblement à côté de lui, sur la place du mort, les cheveux qui flottaient en rythme des courants d'air que laissaient échappés sa fenêtre a peine ouverte. 

 « Chéri, quelle heure est-il  ? dit-elle d'une voix à demi ensommeillée. 

— Euh ... »

 Gabriel se retirait de ses pensées et regarda rapidement sa montre à son poignet gauche. 

« Il n'est que quatre heures. »

Il semblait peu réactif à son environnement, met jeta un rapide coup d'oeil sur son fils dans le rétroviseur. Il dormait encore, fatigué de ce long voyage. 

Alors que la famille s'avançaient sur l'autoroute renommée A666 par ces plaisantins à l'humour douteux, la fatigue se faisait ressentir. Les kilomètres semblaient moins longs et plus nombreux, les secondes plus chaudes et la chaleur moins intense. Le soleil semblait briller de flammes froides alors que la nuit s'abattait sur l'horizon qui sombrait dans un rouge éclatant, laissant comme une trace de fascination à ce paysage bordé de rouge et de vert, comme deux entités se faisant face l'une à l'autre dans un duel mortel. 

Gabriel avait reperé une pancarte d'un hôtel d'autoroute, et la nuit étant arrivée il décida d'y arrêté sa famille pour manger, se reposer et reprendre la multitude de kilomètres qui les attendaient. En se rapprochant de cet hôtel, il se demandait pouquoi il savait où il allait, sans connaître sa destination pour autant. Cet étrange paradoxe se dissipa de ses pensées quand il arrêta sur le parking la voiture. Il prit son fils dans les bras et se dirigeait à l'entrée de l'hôtel. L'accueil semblait désert bien qu'illuminé, et Gabriel se rendit compte qu'il n'y avait, à part le parking et le ciel presque rouge vif, rien d'autre que l'accueil d'éclairer. Quand le gérant arriva, et le salua, il demanda les prestations pour que sa famille passe la nuit dans l'hôtel, et les prix des repas dans le restaurant qui se trouvait derrière l'accueil à une autre entrée. Le gérant semblait étrangement désarçonné par la demande de Gabriel. 

" Comment ? Que voulez-vous dire , vous voulez une grande chambre pour vous ? Mais ... 

Il regarda la voiture, seule sur le parking a l'exception de deux autres plus loin, puis continua.

" C'est ça ? "

" Oui, si vous voulez, qu'est-ce qu'il y'a vous n'en avez plus, je dois aller ailleurs ?

Gabriel semblait s'énerver et se sentit pourtant trop las pour s'emporter pour un simple malentendu avec ce gérant qui après tout, semblait être un peu usé du fait de son âge, peut-être soixante-dix ans. Il règla le littige puis se demanda pourquoi sa femme avait l'air si calme. En réglant la note, et pendant que le gérant tapotait sur son ordinateur presque périmé, il la regardait longuement. Elle semblait figée dans le temps, il observait sa peau, ses yeux, sa bouche, comme s'il ne l'avait jamais remarquée, et comme si elle avait toujous été là, à cet endroit. Il ne ressentait pas le besoin de penser qu'il l'aimait ou qu'il la trouvait belle, et d'ailleurs il ne pensait rien. Il ressentait une douleur profondèment ancré - et presque indécelable si elle n'était aussi intense, au fond de lui. 

Après avoir reglé la note de la chambre, il emmena sa femme et son jeune fils de cinq ans au restaurant de l'hôtel. Il y'avait quelques personnes dans les tables au loin, qui semblaient là depuis longtemps et oubliés depuis. Il chercha longuement une idée de repas, mais se rendit compte que son fils dormait toujours dans ses bras. Il avait peur qu'il soit malade mais il n'avait pas l'air d'avoir de la fièvre et d'ailleurs, semblait aussi froid que l'air au dehors qui ravageait les plaines aux alentours de son souffle continu. Sa femme ne disait rien, et Gabriel pensait qu'il ne s'attarderait pas là à attendre de s'en remettre à ses envies gustatives. Il se décida rapidement à prendre ce qu'il y'avait de plus simple à son goût, le plat du jour, sans même savoir de quoi il s'agissait. 

Il fît son choix à la serveuse qui semblait être la fille du gérant tant elle lui ressemblait. Il demanda donc.

" Pardon ? " demanda-t-elle, un peu surprise, comme si elle n'avait pas entendu.

Gabriel ne prêtit pas bien attention et se disait juste qu'il était fatigué lui aussi, au point que les gens ne comprennent plus ce qu'il raconte. Il répéta et la serveuse, toujours un peu hésitant un temps, lui répondit qu'elle s'en occupait et repartit en cuisine d'où elle était arrivée. Gabriel installa son fils sur ses genoux alors qu'il était assis. Il leva les yeux, sa femme était déjà assise en face de lui et le regardait. Il la regardait sans la voir, puis brusquement il remarqua son air triste, elle pleurait, elle était en sanglots, et le fixait du regard. Elle était droite, les mains le long du corps, comme tétanisée sur sa chaise. Ce qu'il voyait avait l'air irréèl, comme si sa vision était troublée, peut-être parce qu'elle ne pleurait pas. Car elle ne pleurait pas. Gabriel ferma les yeux quelques instants, comme pour reveiller son cerveau, comme pour châsser la fatigue qui s'emparait de lui et lui troublait la vision. Sa femme souriait, en réalité. Il ne comprennait pas exactement ce qu'il se passait et pourquoi l'avait-il vu pleurer. Le soleil rouge, derrière les vitres du restaurant, faisait baigner la salle de ses lueures sanguines, et cette douce brise colorée donnait à sa femme une teinte incroyablement belle, elle semblait presque irréèlle et Gabriel mis sa main sur la sienne, sur la table, en la regardant profondèment. Ce jeu de lumière accélerait les battements de son coeur, la beauté fascinante de cette scène augmentait durablement l'envie qu'il éprouvait d'être là, en face d'elle. Comment peut-on être sûr d'aimer quelqu'un sans vivre en face de cette personne suffisamment longtemps pour vivre à l'échelle de cette scène, pour vivre cette réalité la ? La question semblait tourner en boucle dans l'esprit de Gabriel, en choeur, en canon, avec ces échos qui rebondissaient dans toute sa boite crânienne, comme si des dizaines de lecteurs cassettes s'allumaient les uns après les autres avec le même son, la même voix. 

Il ne savait pas exactement où ils allaient. Il ne se rappelait presque pas de la raison de leur départ. Il lui semblait, au fond, que tout celà était en dehors du temps. Ca faisait des années qu'ils n'avaient pas pris de vacances tout les deux, et c'était la première fois qu'ils partaient avec leur fils. Gabriel avait décidé de partir subitement de leur maison, pour quelques temps, pour prendre l'air. Il voulait rejoindre une maison de vacance, qu'un ami lui avait prêté quelques semaines avant leur départ. Sa femme semblait ravie de ce voyage presque inattendu, presque préparé, et son fils, son tout jeune fils, rêvait déjà de voir de vraies vaches. Il était fasciné par les petits animaux qu'il regardait dans les livres, où en appuyant dessus, on les entendait faire leur cri, on entendait le chat miauler, le chient aboyer, et la vache meugler. Gabriel se sentait toujours mal, de n'avoir pas passer suffisamment de temps avec son fils pour imiter avec lui la vache. Il avait l'impression de ne pas être son père, mais cette idée semblait le dégoûter au point qu'il n'y faisait jamais attention. Il la laissait se terrer dans les recoins les plus sombres et clos de son esprit. Comme dans des petites boites laissées à l'abandon dans des tiroirs fermés à clefs. Parmis ces quelques boites, il y'en avait beaucoup sur son passé. Gabriel regardait toujours devant lui, ou plutôt toujours vers l'instant présent. Ce qui comptait le plus pour lui, c'était la régularité parfaite de ce présent. Il avait peur des changements, peur de perdre, peur des souvenirs. Cette ballade en famille devait le rapprocher de son fils, qu'il avait presque laisser pour compte à cause des tourments que lui provoquait sa propre vie, son travail oppressant, sa réalité cruelle et ce monde qui ne lui inspirait pas confiane. Il voulait se rapprocher de sa femme parce qu'il n'avait pas peur de la perdre, en fait, mais qu'elle s'éloigne d'elle-même. La subtile nuance laissait apparaître le malaise de Gabriel quant à la solitude. Le plus effrayant pour lui était que les choses autour de lui quittent leur état, que tout se bouscule et que son monde change, mais son erreur, et il avait encore du mal à l'admettre, était de changer lui-même et pire encore, était de se laisser porté par la vie en refusant qu'elle-même n'avance. 

Il avait décidé de prendre la route, ainsi, avec sa famille. Son choix était plus dicté par son intuition que par un plan prévu. Il se laissait diriger par ces petites impulsions qui lui venait, des petites voix qui lui disait "Pas là ! Prends là, ici ! Là ! Continue ! Plus fort !", qui le lui répétait depuis longtemps, depuis le début. Il s'était aventuré sur l'A66, ou plutôt l'A666 désormais, car elle semblait menée à cette maison. C'était comme s'il avait fait souvent le voyage, mais son esprit devait lui jouer des tours. A cette époque des technologies, il savait qu'un GPS aurait été d'utilité, mais le décor lui semblait finalement cohérent avec ce qu'il avait en tête, comme si ce qu'il avait imaginé avant de partir correspondait presque parfaitement à son voyage. Même ce ciel rouge, ce début de soirée d'été, lui semblait familier, ce soleil sanguin étincelant, illuminant sa route, son chemin vers l'air pur, la liberation de son monde torturé. Gabriel avait besoin de ces vacances. Il avait, plus tôt dans la journée, alors qu'il roulait sur une petite route de campagne, remarqué que son fils était calme, bien trop calme. Peut-être était-il déjà fatigué mais luttait pour réussir à apercevoir les vaches qui devaient se cachés dans les prairies, de l'autre côté de la route, une lutte contre le sommeil qui avait finalement échoué et l'avait laisser bercer dans ses rêves d'enfant.

A suivre 

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