Silence

yoko

Parfois, il claque la porte sans rien dire. Il s'en va. Sans bruit. Toujours sans rien dire. Et des fois je me dis que c'est peut-être ça la violence, aussi.L'absence de mots. Le silence.Toujours le silence. Quelque part ça ferme la porte à tout, à la réplique, aux mots qui auraient pu, qui auraient du sortir, mais non. T'es resté là  les mains à mouliner dans le vide et les mots coincés dans la gorge avec trop de regrets pour une seule personne.

Je crois, mais parfois seulement, que je préférais encore les cris d'avant. Les discussions sans queue ni tête ni issue, puisque jamais on finissait d'accord, et  qui trainaient des heures, si bien qu'on savait plus trop pourquoi on se gueulait dessus, comme ça jusqu'à s'épuiser, jusqu'à plus de mots.

Maintenant y reste plus que le bruit de la porte, lui qui se sauve, et puis la nuit. La nuit entière, trop froide, trop grande, trop silencieuse.

Et alors c'est toujours pareil :  chercher comment la remplir. Je cherche mais je bouge pas ni rien, sauf attraper les cigarettes une à une, regarder les mêmes choses, la table basse, le canapé, la fenêtre avec les lumières des autres, et puis la nuit des autres, le sommeil des autres, et le matin qui arrive parce que je le vois arriver trop souvent, et encore, encore la vie des autres, le sourire des autres, les mouvements et le bruit des autres...

Et je les regarde, et puis, j'en bois un peu, beaucoup de ce bruit, comme un mensonge que je me raconte, qui m'appartiendrait, qui serait un peu à moi, un peu mon bruit aussi. Que je pourrais mettre en boîte pour les nuits trop froides, trop grandes.

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