Son marin, son sublime

mamzellemelly


Elle a le cœur gros, demain, sera venue l'heure de plier les bagages et de fermer les volets de la maison où elle a vécu tant de jours heureux et d'autres plus tristes, jusqu'au prochain séjour.

Finies les journées farniente.

Finies les longues heures passées, allongée sur son drap de bain à offrir son corps nu aux rayons du soleil, sur le sable fin de cette petite crique peu fréquentée parce qu'il faut, pour l'atteindre, descendre la falaise. Elle, elle aime bien déambuler parmi les rochers. Elle a toujours aimé crapahuter dans les roches. Elle se souvient des paroles de son père avec qui elle passait le plus clair de son temps quand il revenait à terre, et qu'ils s'en allaient tous deux, regarder la mer. « Ne va pas tomber et t'écorcher les genoux, sinon ta mère va encore me rouspéter !». Elle riait alors et lui plantait un baiser sur la joue avant de repartir sauter de rocher en rocher. Tous deux se penchaient, parfois, au-dessus d'une case d'eau coincée par les rochers à la marée descendante et y regardaient la vie qui y régnait. Elle, elle s'amusait à choper des crevettes et les relâchait. Lui, attrapait un chancre et lui fourrait sous le nez mais elle n'en avait pas peur. Elle sourit à ce souvenir.

   Finies les longues promenades à traverser sa chère petite île de long en large, à se régaler des paysages qu'elle a à lui offrir !

   Tantôt falaises surplombant la mer qui vient lécher les rochers par temps calme ou les frapper de leur puissance par temps de furie.

   Tantôt plages au sable doux bordant une mer froide mais où l'eau est si claire que l'on peut y apercevoir quelques bans de poissons. Là encore, c'est le souvenir de plongées avec son père qui lui reviennent à l'esprit. La première fois où elle avait réussi à attraper un homard, restait un moment gravé dans sa mémoire à tout jamais. Son père avait été si fier d'elle qu'il avait raconté à ceux croisés sur le chemin du retour combien sa fille était douée. « Vous vous rendez compte ! Huit ans et déjà son premier homard à mains nues ! Et le soir, à la maison, il avait été presqu'un cérémonial pour manger, que dis-je ? Déguster ce homard !». Comme elle chérissait tous ces souvenirs.

   Tantôt forêts de sapins à l'odeur délicieusement entêtante ou tout simplement chemins où elle aime marcher, repensant aux balades avec son père qui lui contait l'histoire de l'île.

   Finis les moments où, assise à la terrasse d'un café comme maintenant, elle contemple la vie du petit port de pêche, certes largement déserté en cette fin de saison estivale mais grouillant de son lot de touristes en plein été. Demain, elle sera, elle aussi, une vacancière de moins.

   Elle avait quitté son île, il y a 25 ans de ça, quand elle avait pris ses fonctions d'enseignante sur le continent. Mais à chaque week-end libre, à chaque pont, à chaque vacance, elle prenait le bateau qui la ramenait là où étaient ses racines. Son plus grand bonheur était quand, elle fermait la maison du continent et embarquait pour les deux mois d'été et rouvrait la maison où elle avait passé une enfance heureuse avec son père et sa mère. Une petite maison à l'abri du regard des autres, construite sur un terrain entouré de haies où prône un immense figuier qui donne son lot de fruits dont elle fait de délicieuses confitures qu'elle distribue à ses amis et collègues. Elle garde quelques pots pour le plaisir de déguster la confiture de figues étalée sur les tartines grillées du petit déjeuner.

   Elle est tirée de ses pensées par l'arrivée du thonier qu'elle attendait car à son bord, il y a Marc, son marin à la peau tannée et bronzée par le soleil de pleine mer, aux mains larges et puissantes, aux cheveux couleur corbeau et aux yeux bleu azur. Un sourire naît déjà sur ses lèvres légèrement teintées par un rose nacré qui s'harmonise avec la petite robe d'été, fuchsia qu'elle a enfilé par-dessus sa dentelle rose pâle. Elle a accroché à son cou, un collier au pendentif qui tombe juste dans l'échancrure en V de sa robe et repose entre ses seins couleur caramel, libres sous le vêtement léger. Elle a hâte de le voir descendre du bateau et le voir se diriger vers elle. Elle a quitté la terrasse et se tient là, sur le quai où quelques badauds regardent le thonier rentré. Le bateau avance maintenant dans le bassin réservé à l'accostage et elle voit Marc qui se tient sur le pont, un sourire aux lèvres, l'ayant aperçue, lui aussi. Combien de fois s'est- elle tenue sur ce quai, attendant son père, en son temps puis Marc ? Elle se tient là, à chaque fois qu'elle le peut, le cœur palpitant et, heureuse que la mer lui ait laissé son marin. Elle lui avait déjà pris ce père qu'elle chérissait tant, une nuit de tempête où c'est elle qui avait gagné, la privant de cet homme délicieux qu'était son paternel et qui avait tué petit à petit sa mère de chagrin. Non ! Elle ne veut pas penser à ça maintenant. Elle veut rester à la joie qu'elle ressent à chaque retour de Marc. Enfin, il saute sur le quai, amarre le bateau, court vers elle et l'attrape par la taille pour lui coller ses lèvres au goût salé sur les siennes, sous les regards et sifflets de ses collègues. Mais eux, ils s'en moquent tant ils sont à la joie de se retrouver. Il la lâche, pose sa main sur sa joue qu'elle recouvre entièrement. Elle ferme les yeux et savoure cet instant de bonheur et de sérénité, lovée au creux de cette main qui sait la faire vibrer de bien des façons. Quand elle rouvre les yeux, elle aperçoit cette petite étincelle dans les yeux de Marc qui a déjà le regard qui bifurque vers le joli décolleté. D'un doigt, il suit le chemin du collier jusqu'au pendentif dans l'échancrure de la robe. Maintenant, ils se fixent le regard chargé de toute cette envie refoulée pendant les trois semaines d'absence de Marc. Il retourne au bateau saluer ses collègues qui ne se gênent pas pour le charrier comme de vrais gamins, comme à chaque arrivée où elle l'attend sur le quai. Il prend son sac, le balance sur son épaule et retourne prendre sa p'tite nana d'amour par la taille. Dès la toute première fois où ils s'étaient embrassés, il y a pas mal d'années déjà, il l'avait surnommée ainsi et ne s'était jamais débarrassé de cette manie. Elle adore ça. Ça lui met des papillons dans le cœur et ça lui chatouille dans le ventre.

  Ils longent le port, main dans la main, prennent le chemin du retour par la plage, discutent des petits touts, des petits riens qui se sont passés pendant les trois semaines de séparation. Ils s'arrêtent pour s'embrasser, repartent les mains encore plus serrées l'une à l'autre, s'arrêtent encore quand Marc décide de la plaquer contre un mur de clôture d'une des maisons qui bordent le chemin menant à la plage. Là, il ne peut s'empêcher, pendant qu'il l'embrasse de passer ses mains sous sa robe pour sentir la douceur de la peau de ses fesses. Alors elle, elle se cambre pour se coller à lui. Ils sont obligés de se faire violence pour s'arracher l'un de l'autre et reprendre la route qui reste à faire. Les mains ne se lâchant plus, ils pressent le pas, silencieux mais habités par la même envie de se retrouver enfin à la maison. Ils fixent tous deux le bout du chemin, signe qu'ils sont à quelques pas du moment où ils pourront s'aimer. Il leur était arrivé parfois, de finir la route en riant et en courant tant ils avaient envie l'un de l'autre. Ça y est, plus qu'une cinquantaine de mètres à franchir et ils seront dans les bras l'un de l'autre. L'intensité de leur envie est concentrée pour l'instant, dans leurs mains si fortement serrées que les jointures en sont blanches. Ils ne se regardent pas, n'étant pas sûrs qu'une fois que leurs yeux se seront dit le désir, ils soient capables de résister. Le portail est en vue, les mains se serrent encore d'avantage, le pas s'accélère. Si un orage devait éclater maintenant, la foudre pourrait leur tomber dessus tant l'air autour d'eux est chargée d'électricité. Le portail est passé, plus qu'une dizaine pas, il ouvre la porte qui n'est jamais fermée à clé, laisse tomber son sac à terre et la colle enfin à lui.

   Là, ils perdent le contrôle d'eux. C'est l'envie qui décide. C'est l'envie qui fait se trouver leurs lèvres, qui fait se mêler leurs langues. C'est l'envie qui fait courir les mains sur le corps de l'autre. C'est l'envie qui fait défaire les boutons de la robe et la jeter au sol. C'est l'envie qui fait ôter le tee-shirt et qui fait passer les doigts sur le torse. C'est l'envie qui fait voler la barrière de la lingerie rose pâle. C'est l'envie qui fait tomber le pantalon et le shorty. C'est l'envie qui fait qu'il la porte, lui écarte les cuisses et la plaque contre le mur. Et c'est l'envie tendue au maximum qui se loge en elle sans détour et sans difficulté parce qu'il est en son entrecuisse, l'humidité qu'il aime tant, d'autres fois, sentir sur ses doigts, sur sa langue. Alors, elle, elle s'agrippe à son cou et croise fermement ses jambes autour de sa taille pendant qu'il s'enfonce en elle lui serrant les fesses fermement. Et puis, là, logé en elle, il ne bouge plus. Il veut sentir la chaleur de sa p'tite nana d'amour envelopper sa chair tendue. Il sait qu'elle aime quand il est là, immobile en elle. Ils sont à se fixer de tout leur désir transperçant leur regard. Il s'enfonce un peu plus. Elle entrouvre les lèvres en silence. L'éclat dans ses yeux noirs est plus brillant que ces diamants que fait le reflet du soleil d'été sur une mer d'huile. Il s'enfonce encore un peu et elle le reçoit au creux d'elle, la poitrine se soulevant de toutes les sensations qu'il est entrain de faire naître en elle. Il s'enfonce encore la sentant s'ouvrir à lui comme une fleur s'ouvre au printemps. Dans un battement de cils, elle penche la tête en arrière et laisse échapper un gémissement, presqu'une plainte venant de son corps qui le réclame de tout le plaisir qui veut bouillir dans ses veines. Alors la folie mise en pause un instant, les reprend. Leurs lèvres se retrouvent, leurs langues se goûtent à nouveau. Les mains de l'un serrent les fesses, plus fort, les mains de l'autre se perdent dans la chevelure. Lui, il ressort d'elle pour revenir aussitôt. Et recommence sans plus arrêter. Elle, elle l'ensorcelle de ses « encore » murmurés dans ses gémissements. Lui, il l'électrise de ses râles d'homme fou passionné. Ils savent qu'ils ne sont pas loin de l'extase. Ils savent que la folie du plaisir va avoir raison d'eux. Alors, il se tend en elle jusqu'à lui toucher le cœur, jusqu'à lui faire planter ses ongles dans la peau. Il s'en fout bien de la brûlure que ça provoque puisque c'est dans le feu de sa p'tite nana d'amour qu'il veut aller se brûler. Elle, elle se fout bien des marques qu'elle aura sûrement dans le dos à cause du mur par endroit rugueux, parce qu'elle ne sent plus rien d'autre que son marin en elle, qui l'emmène jusqu'à se perdre au creux du volcan en fusion. Leurs corps et leurs cœurs se connaissent si bien qu'ils savent que le sublime va les frapper de plein fouet dans un instant. Alors, ils se laissent envahir par ce torrent tumultueux qui les emporte et les lèvres jointes se laissent couler dans les eaux profondes de leur Sublime.


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MamzelleMelly

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>>>Bien sûr, la reproduction de ce texte est interdite. Merci <<<
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