Synthèse sur l'Origine des Civilisations

Dominique Capo

De Deiteus Mythica, pages 169 à 175

Mésopotamie, IVème millénaire avant J.C. :


Située au cœur du Moyen Orient, à plus de 900 kilomètres à l'Est de la Méditerranée, dans une plaine monotone brûlée par le vent, cette région semble depuis toujours n'être qu'un éternel désert. C'est pourtant sur ce rude théâtre que se sont développés l'agriculture et le commerce, la médecine et l'astronomie, la littérature et la musique, le système de gouvernement et la religion au cours du millénaire précédent. Les antiques mésopotamiens sont bien ceux qui, parmi les premiers, font renaître la Civilisation de ses cendres.

Enserrée entre le Caucase, le Golfe Persique, les plateaux Iraniens et le désert Arabo-syrien, la Mésopotamie n'est qu'une large vallée, drainée par le Tigre et par l'Euphrate. Chargés de limon, ces deux fleuves ne cessent de remplir leur lit et coulent au-dessus de la plaine entre deux cordons d'alluvions.

Si cette vallée est extraordinairement fertile, seule la peine des hommes au cours des millénaires passés, la met en valeur. La crue est en effet très irrégulière et se situe au printemps. Tout au long de l'année, l'écoulement des eaux est difficile en basse Mésopotamie. Il faut donc construire tout un système de canaux pour amener l'eau des fleuves dans les champs en été et en automne ; mais aussi pour évacuer vers des réservoirs le trop-plein de la crue de printemps qui risque de noyer la végétation ; et enfin, en toute saison, pour éviter que l'eau d'irrigation ne stagne et ne dépose alors ses sels. Ce travail pénible renouvelé au cours des siècles permet toutefois au moins deux récoltes par an et des rendements élevés.

Les excédents de grains, de dattes et d'huile permettent alors de faire venir de la haute Mésopotamie et des montagnes les pierres dures, absentes de ces immenses plaines argileuses et marécageuses ; le bois et les minerais.

Vers 3900 avant J.C., les « Sémites » s'implantent désormais dans le Nord jusqu'aux environs de l'actuelle Bagdad. Ils sont appelés « Akkadiens », du nom de la partie septentrionale de la basse Mésopotamie : Akkad. Ceux d'Asie centrale, du Caucase et d'Arménie, eux, descendent le long du Tigre et de l'Euphrate pour occuper le sud du pays. Ce sont les « Sumériens ». Enfin, d'autres prennent pied dans la région en abordant par la mer. Venus du Sud de l'Egypte, ils s'établissent dans la région d'Assur. Ce sont les « Assyriens ».

Le pays est rapidement morcelé en une trentaine de Cités-Etats Assyriennes et Sumériennes dirigées par des souverains, vicaires du dieu de la cité, se battant continuellement les unes contre les autres. Leurs Prêtres sont les véritables maîtres de la population et de ses biens. Ils gèrent les possessions de la divinité. En outre, ils ont pour mission d'assurer la prospérité de leurs territoires. Car grâce aux extraordinaires richesses de l'agriculture et de l'artisanat, leur activité commerciale est en effet intense. Les fleuves transportent les lourdes cargaisons de bois et de pierres en direction du Golfe Persique et de la mer Arabique jusqu'à Oman et la vallée de l'Indus. Des caravanes traversent le désert de Syrie vers l'Est jusque dans les terres des tribus élamites et les cols de la chaîne de Zagros. Malgré tour, leur ambition est d'imposer leur suzeraineté aux cités avoisinantes, sinon à toutes celles du monde mésopotamien.

Or, c'est bientôt les ecclésiastiques de Sumer – affiliés à la dynastie royale de Kish et à ses souverains Emmerkar, Urbagas et Lugalbanda – qui étendent le plus leur influence au-delà de leur territoire d'origine. Ce sont également eux qui s'interrogent les premiers sur l'existence même d'une divinité supérieure qui aurait régné avec ses Fils, sur la Mésopotamie pendant 24 150 ans. Ceux-ci sont d'ailleurs convaincus que c'est elle qui a créée l'Humanité en la modelant avec de l'argile, après avoir retiré les eaux du Déluge. Ils la symbolisent de ce fait par une étoile de mer à huit branches – quatre rectilignes et quatre ondulées -. Et ils font édifier deux cités religieuses pour la vénérer à la périphérie du pays de Sumer ; en nommant l'une Eridu – représentée par le chiffre 60 ; et l'autre Uruk, désignée par le nombre 50.

Ces deux nouvelles métropoles deviennent rapidement des centres administratifs importants. Deux Temples – un « Temple Rouge » et un « Temple Gris » à étages à l'intérieur desquels seuls les pontifes peuvent pénétrer – cachent les archives de chaque ville. Ils les inscrivent sur des tablettes d'argile décomposées en cinq cases ; la case centrale – qui indique le chiffre 1 – exprimant la présence du Dieu Créateur au cœur du Grand Tout. Ils les rangent ensuite au dernier étage de leur lieu de culte. Mais ils construisent également d'autres Sanctuaires ayant une destination sacramentale ; des endroits où beaucoup d'autres Dieux sont régulièrement honorés.

Parmi ces Divinités s'en discernent un certain nombre particulièrement vénérés : Adad, le Maitre des Eaux et de l'Orage – primordial aux yeux des habitants de la contrée – incarné par le nombre 10 ; Zuen, la déesse de la Lune et de la Connaissance, qui est représentée par le chiffre 30 ; Sin, déifié par le nombre 30 ; la déesse Lionne Atlante montrée en train de soutenir des montagnes ; le dieu atmosphérique Illum ; le Seigneur du Ciel Ud ; le Grand Justicier Zimbi ; le Taureau d'Anu Alu ; le Démon de l'Ouragan Gallu ; ou le Démon du Feu Utukku.

Dès lors, les Sanctuaires acquièrent une grande importance au sein de la cité car ce ne sont pas seulement des lieux de culte, mais aussi son cœur polyvalent. Et enfin, c'est là que se trouvent les somptueuses tombes des monarques ; c'est là que se perpétuent des sacrifices humains afin d'honorer les Dieux et les Rois vivant dans l'Au-delà.

Parce que, pour les sumériens, il existe plusieurs Mondes cohabitant avec le leur : le Monde des Monstres, le Monde des Héros, etc. Ils les identifient comme des pays peuplés de Forces Surnaturelles et Magiques, les centres d'un Pouvoir Supérieur, Mystérieux et Terrifiant. Ils conçoivent autour d'eux nombre de Mythes et de Légendes ; tel celui de Zu, le Dragon qui déroba à Enki les Tablettes contenant les Lois de l'Univers. Ou un autre évoquant ces énigmatiques Géants à la tète noire, et dont la tète se tourne sans cesse vers l'Orient. Ou encore, celui expliquant comment les Initiateurs de la Civilisation sont descendus dans la plaine où logent les mortels afin de la conquérir et de la transformer en Paradis ; ou « Dilmon ».

Un de ces Mythes oral parle plus particulièrement d'Uan, cette créature amphibie qui a apporté les bienfaits de la Civilisation en Mésopotamie : « Uan vivait sous la mer ; il surgissait des eaux chaque matin pour civiliser et instruire l'Humanité. ».

Enfin, pour les sumériens, ces multiples Mondes coexistant avec celui des Hommes symbolisent la lutte des Dieux du Bien contre les Dieux du Mal. Ils illustrent d'ailleurs ce combat acharné par les éclipses qu'ils voient parfois dans le Ciel. Ils les présentent comme l'attaque des sept Démons Maskin – qui gouvernent les sept Sphères Sacrées et sont nés de la déesse Mani – contre les Seigneurs de la Connaissance. Et ils ont conscience que ces affrontements reviennent périodiquement. Pour eux, cette lutte entre les deux concepts est en effet éternelle. Elle se situe au-dessus de leur destinée ; et les mainteneurs de la bonne marche du Monde doivent sans cesse la défendre contre les poussées dévastatrices des Hordes du Chaos.


Vers 3750 avant J.C., un fléau s'abat soudain sur l'ensemble de la Mésopotamie : des tremblements de terre et plusieurs raz de marées ravagent son territoire, et entraînent de nombreuses destructions.


Vers 3600 avant J.C., l'Anatolie établit des relations commerciales durables avec la Syrie et la Mésopotamie sumérienne. Grâce à la richesse minière de ses plateaux – cuivre, or et argent -, de nouvelles agglomérations – comme Troie – sont fondées. Et celles-ci vivent alors dans un relatif équilibre économique et politique.

Malheureusement, leur tranquillité ne dure que quelques décennies. En effet, moins d'une cinquantaine d'années plus tard, elles sont saccagées par des hordes sauvages qui ne laissent que ruines et cendres sur leur passage.


Vers 3500 avant J.C., un dénommé Gilgamesh règne sur les cités de Kish et d'Unug. On y vénère Dumuzi, Danaos, ainsi que le protecteur des villes : le dieu-serpent maître des Ouragans, Gish-Zi-Des. C'est au cours du règne de Gilgamesh, rapportent les Prêtres, que le souverain détruit le Temple de certaines de ces divinités, qu'il va combattre le Démon de la Montagne Khombaba, qu'il abat le Monstre du Vent – qui est la dernière incarnation du dieu de l'Ouragan – et qu'il coiffe la couronne de ce dernier.


Vers 3450 avant J.C., Sumer – qui prend parfois le nom d'Ur - est une puissante cité dont la société est extrêmement florissante. Ses habitants possèdent une technique très avancée de la construction. Ils entretiennent une armée puissante et instruite. Leurs méthodes commerciales n'ont rien à envier à personne. Ils tiennent une comptabilité et leurs échanges extérieurs les poussent même à créer des comptoirs jusqu'aux rivages Indiens de Malabar. Où ils ont d'ailleurs de nombreux contacts avec des peuples anciens vivant dans le bassin de l'Indus.

Le peuple Akkadien, lui – qui habite au Nord de la Mésopotamie -, négoce souvent avec la Civilisation Egyptienne naissante. Tout comme celui de Sumer, il subit plusieurs brassages par l'intermédiaire des groupes nomades qui le traversent parfois. Quant aux citadins de Mari, ils entretiennent des contacts avec des tribus vivant dans le désert voisin ; ces dernières étant attachées au culte des pierres levées. Et leur concours aide même le souverain de Mari à se faire ériger un immense palais au centre de sa cité.


Sumer/Ur, cité prospère de Mésopotamie, développe donc des relations commerciales avec des contrées lointaines ; les souverains passent des commandes, leurs fonctionnaires vérifient la comptabilité. Pour mémoriser des opérations qui deviennent de plus en plus complexes, les scribes mettent progressivement au point un système de signes pour noter les quantités et la nature des marchandises. L'écriture est née.

Les plus anciens témoignages d'écriture sont rédigés sur des tablettes d'argile vers 3500 avant J.C. Ils représentent les faits de la vie courante : gerbes d'orge, bestiaux, personnages humains. Ces aide-mémoire évoluent au fil des siècles, car en combinant plusieurs pictogrammes, on peut finalement exprimer une idée ; par exemple : une bouche proche d'une ligne sinueuse figurant l'eau signifie « boire ».

Puis, un progrès décisif est accompli avec le passage au phonétisme. Le génie des sumériens est en effet d'utiliser un procédé aussi simple qu'un jeu d'enfant : le rébus. Ils ont l'idée de se servir d'un pictogramme désignant non pas l'objet qu'il représente directement, mais un autre objet au nom phonétiquement voisin. Comme dans un rébus où un dessin de chat et un dessin de pot n'ont rien à voir avec l'animal et le récipient mais avec le couvre-chef, « chat-pot » désignant en fait un « chapeau ». Le caractère monosyllabique d'un grand nombre de mots sumériens facilite les choses en conférant à chaque signe une valeur syllabique simple.

Ce système est si souple que, avec un vocabulaire écrit de 600 caractères environ, les scribes sumériens peuvent exprimer par l'écriture tout ce qui peut être décrit dans leur langue parlée.

En même temps qu'évolue l'écriture, évoluent aussi la forme et le style. Sur les premières tablettes, les images sont gravées en colonnes verticales à partir du coin supérieur droit. Mais le système se révèle peu satisfaisant, la main brouillant souvent les signes qu'elle vient de graver. Les scribes jugent plus commode de suivre la méthode de l'écriture horizontale de gauche à droite. Ils abandonnent aussi l'outil pointu qui laisse des bosses et des creux. Ils utilisent la pointe de roseau triangulaire, qui pénètre plus facilement dans l'argile et y creuse une empreinte bien nette.

Limitée d'abord aux temples et aux palais, l'écriture « cunéiforme » se propage dans la société sumérienne puis s'étend à d'autres régions. Utilisée pour consigner les Lois, pour transcrire les ordres des chefs militaires, elle l'est aussi par les poètes pour inscrire les anciens Mythes et les anciens Récits.


Avec l'apparition de l'écriture, de nombreux Mythes oraux concernant les Dieux et leurs différentes actions envers les hommes sont retranscrits sur des tablettes d'argile. L'un d'eux exprime la présence du Dieu Créateur Anou – au centre du Grand Tout – par le chiffre 5. Puis, lorsque celui-ci entreprend son expansion, il devient 50, 500, etc. Adad, le dieu de l'Orage, lui, y est identifié par le chiffre 10 ; Shamash, le Soleil, y est représenté par le chiffre 20 ; le dieu Sin, le dieu de la Lune, par le chiffre 30.

Voici un autre, sur les « Temps d'Avant » : « Au cours des quelques jours qui précèdent la Catastrophe, Ea avertit Um Napihti de l'imminence du Déluge. Il lui conseille de fabriquer une arche capable de contenir sa famille et toutes sortes d'animaux ; ce que l'humain ne manque pas de faire aussitôt. Alors, la tempête arrive. L'arche est longtemps ballottée sur les flots déchaînés. Puis, quand les eaux finissent par baisser, le vaisseau s'échoue au sommet d'une montagne.

Tout d'abord, les Dieux sont irrités qu'une créature humaine ait pu échapper au Cataclysme. Mais il lui pardonne. Ils accordent même l'immortalité à Um Napihti et à sa femme. Ils les établissent bientôt dans une île aux confins de Monde pour jouir de leur nouveau statut.

Pourtant, bien plus tard, le dieu Bel déclenche à son tour une inondation pour punir les hommes – descendant d'Um Napihti et de son épouse – de leur impiété. Il les noie tous sauf le roi Utnapishtim et sa famille qui reste dans une barque jusqu'à la fin du Déluge. ».

Il y a aussi la « Liste Royale », qui consigne les noms des différents rois mésopotamiens. Mais celui qui est certainement le plus connu dès cette époque, c'est le « Récit de Gilgamesh », le légendaire roi d'Ourouk ayant vécu vers 2500 avant J.C. Ce texte raconte comment « son ami Enkidu tue Huvava, le gardien de la forêt des cèdres ; le taureau céleste envoyé par la déesse Innana à la poursuite des deux héros fait payer l'audace d'Enkidu de sa vie. Gilgamesh réussit ensuite à rencontrer Ziusudra, qui, après avoir échappé au Déluge, a été rendu Immortel par les Dieux. Voici ce que lui raconte Ziusudra :

« C'était il y a longtemps, très longtemps, rapporte Ziusudra, lorsque les Dieux vivaient sur la Terre ; c'était l'époque où Anou, Seigneur du Firmament, Enlil l'Exécuteur des décisions Divines, Innana la Déesse de la Guerre et de l'Amour Charnel, et Ea le Seigneur des Eaux – l'ami et le protecteur des Hommes – habitaient le Monde.

En ce temps là, La Terre était surpeuplée. Les hommes avaient crû et multiplié. Et celle-ci beuglait comme un taureau sauvage. Le dieu fut réveillé par sa clameur. Il l'entendit même tant qu'Enlil tint conseil auprès de ses Frères et de ses Sœurs et dit : « L'agitation de l'Humanité est intolérable ; il n'est plus possible de dormir à cause de ce brouhaha incessant. ». Alors, les Dieux décidèrent d'exterminer l'Humanité.

Ea, cependant, eut pitié de Ziusudra. Parlant à travers la paroi en roseaux de la maison du roi, il l'informa de la catastrophe imminente. Il lui enjoignit de construire un bateau grâce auquel sa famille et lui pourraient survivre au désastre : « Détruis ta maison, construis un bateau, abandonne tes richesses, cherche la vie sauve, fais fi de tes biens. Préserve le souffle de vie en embarquant dans le bateau toute semence de vie. ».

Ziusudra construisit donc un bateau, comme on le lui avait ordonné : « Je plaçais à son bord tout ce que je possédais, dit t'il, et je chargeais tout ce qui put donner la vie. Je fis monter dans le bateau tous mes parents et alliés. J'y fis monter troupeaux nomades, bêtes sauvages, ainsi que tous les maîtres artisans. Voici ensuite qu'arriva le moment décisif. ».

Lorsque parurent les premières lueurs de l'aube, voici que monta des fondements du ciel une nuée noire. A l'intérieur de celle-ci, Adad, le dieu de l'Orage, ne cessait de gronder. Manifestant son courroux, Adad changea en ténèbres tout ce qui était lumineux. Les assises de la Terre se brisèrent comme un vase. Durant tout un jour, la tempête se déchaîna, et, soufflant fougueusement, fit s'abattre un Déluge sur les humains. Ces derniers ne se virent plus les uns les autres. On n'aperçut plus les hommes du haut du ciel. Et les Dieux eux-mêmes s'épouvantèrent de ce Déluge. Ils reculèrent et remontèrent jusqu'au ciel d'Anou. Les Dieux, tapis comme des chiens, se couchèrent hors du Monde.

Innana se mit alors bientôt à crier. Elle se lamenta. La Déesse à la voix suave dit : « Voilà que le jour s'est changé en boue. J'ai approuvé le combat pour la destruction de ces créatures, moi qui les ait pourtant enfantés. Comme du frai de poisson, elles remplissent maintenant la mer. ».

Pendant ce temps là, poursuit Ziusudra : « Pendant six jours et sept nuits, le vent souffla, le Déluge tempétueux nivela le pays. Lorsqu'enfin arriva le septième jour, la tempête diluvienne s'affaiblit depuis le Sud. La mer redevint calme, le vent mauvais silencieux, et le Déluge cessa. J'observais le ciel. Un profond silence régnait, et toutes les populations s'étaient changées en boue. Comme un toit, l'eau s'étendait uniformément. J'ouvris une lucarne ; un vent frais me caressa la joue. Je m'agenouillais alors, et, immobile, je me mis à pleurer. Des larmes coulèrent le long de ma joue. Je scrutais ensuite les horizons aux confins de la mer. Une montagne – le mont Nitsir – émergea à quatorze lieues de distance ; le bateau y aborda. 

Le mont retint le bateau ; il s'immobilisa. Puis, lorsque la fin du septième jour arriva, je fis sortir une colombe et la laissa partir. La colombe s'en alla, mais revint au bateau. Nulle place où se poser ne s'offrant à elle, elle avait fait demi-tour. Je fis ensuite sortir un corbeau et le laissa partir. Le corbeau s'en alla, mais voyant que les eaux s'étaient retirées, il chercha à manger, voleta, coassa, et ne fit pas demi-tour. ».

Ziusudra sut qu'il pouvait débarquer en toute sécurité : « Ayant alors fait sortir tout le monde dans toutes les directions, j'offris un sacrifice aux Dieux. Je répandis une libation sur la pointe de la montagne. J'entassais de l'acore, du cèdre et du myrte dans des coupes. Les Dieux en sentirent l'odeur délectable, et, comme des mouches, se pressèrent autour du sacrificateur. ».

Après avoir écouté Ziusudra, celui-ci remet à Gilgamesh une plante miraculeuse qui lui permet de redevenir un jeune homme. Mais, sur le chemin du retour, alors qu'il se baigne, un serpent lui vole le remède. Alors, de nouveau déprimé et toujours préoccupé par la mort, le roi d'Ourouk obtient de Nergal, le dieu des Enfers, qu'il laisse monter l'esprit d'Enkidu. Puis, Gilgamesh se met à la recherche de son aïeul Utnapishtim dont il pense tenir le secret de l'Immortalité. Après qu'il ait traversé les Eaux de Mort dans les profondeurs de la Terre pour le rejoindre, Utnapishtim lui demande de veiller six jours et sept nuits, mais Gilgamesh s'endort. Il réalise alors que l'Immortalité n'est pas accessible à l'Homme, mais que ses hauts faits lui vaudront une gloire éternelle. ».

Un autre de ces manuscrits, le Mythe des Sept Sages décrit l'arrivée de sept Géants Telluriques venant des flots de la Méditerranée et qui auraient appris aux habitants de la région « la culture des céréales et la récolte des fruits, l'écriture, les sciences et les techniques de toute sortes, la fondation des villes, la construction des temples, les arts ; en somme, tout ce qui constitue la vie civilisée. Une autre Légende poursuit ce premier récit sur la même tablette. Celle-ci retranscrit le souvenir d'un antique Déluge ayant jadis englouti de nombreuses cités humaines. Elle relate en outre le crépuscule d'une Civilisation ayant existé longtemps avant qu'aucune période de l'Histoire ne soit connue des Hommes ; une Ere où la Science a été d'un niveau incomparable. Un texte explique même qu'aux débuts du Monde actuel, Oannès a tiré de la mer une connaissance et une technique supérieures à tout ce qui a été accompli jusque là. Il s'est basé sur elles pour transformer les métaux vils en une matière riche et pure comme l'or ou l'argent. Il a, de ce fait, donné naissance à la première Alchimie.

Une autre Tradition encore, un peu différente des précédentes, fait référence à l'arrivée de tribus Aryennes dans la région, avant la fondation des premières cités humaines. Celle-ci explique que les Aryens, comme les Sumériens, croyaient que la Grande Ourse était l'Etoile qui montrait le Chemin de la Lumière de Vie ; et que le culte du feu était leur principale caractéristique religieuse. Les Mages sumériens font d'ailleurs souvent appel à cette époque nébuleuse pour décrire les héros de leurs Mythes et de leurs Légendes.

Tous ces récits littéraires sont rangés dans les trois premières bibliothèques de l'Histoire de cette Ere, à Ebla, Fara et Abu Salabikh.


Les Textes Mythologiques écrits par les Akkadiens, eux, expliquent ceci : le Soleil et la Lune sont les Souverains qui règnent sur la Création. C'est pour cette raison que les prêtres notent leurs positions jour après jour par rapport aux Constellations du Zodiaque. Car celles-ci sont les demeures à l'intérieur desquelles le Soleil et la Lune entrent tout le long de l'année. Et chacune d'elles est régie par une divinité particulière ; laquelle correspond au mois en train de s'écouler.


Encore vers 3500 avant J.C., le roi de la ville méridionale de Nippur fait construire un Sanctuaire – appelé « Ekus » - consacré à Uruk ; et celui-ci est situé juste à coté de celui d'Innana. Le souverain y fait établir des Bibliothèques, des souterrains destinés à devenir des nécropoles, ainsi que salles entièrement consacrées aux deux Frères d'Uruk : Keshep et Dagan. Il agrandit le Temple d'Attlar, ce dieu de la Mer symbolisant le cours d'eau qui entoure l'Univers. Il modifie le tracé de celui du dieu Forgeron Kothar. Puis, enfin, il fait élever une nouvelle ziggourat – plus haute que le précédent – consacré à Enlil ; lequel devient bientôt le centre principal de son culte.

Mais, étrangement, cette ziggourat est alignée selon les observations astronomiques effectuées par les Mages honorant le dieu. Des caves secrètes sont également creusées au cœur de ses souterrains les plus obscurs. Des statues représentant les plus grands rois ayant régné en Orient des milliers d'années auparavant, ornent ses parois. Et des souvenirs ayant appartenu à cette lignée souveraine précédente y sont dissimulés.


Evidemment, à cette époque, en Mésopotamie, il n'y a pas que les Cités-Etats de Sumer/Ur de Kish, de Nippur et d'Akkad qui se distinguent. D'innombrables villes reconnaissent comme souverain une grande divinité que le sort lui a assignée. Ces Dieux mangent, boivent, aiment, se marient et se querellent comme les humains. Mais ils s'en distinguent par l'intelligence et la vie éternelle.

Pour Suruk, il s'agit d'Enlil, « l'habitant divin au cœur des Mers », qui est aussi le dieu des Tempêtes et le seigneur de la Terre. Les citadins lui élèvent même un Sanctuaire en forme de tour au front de laquelle se discerne un aigle-lion tocéphale ; ce monument reproduisant alors symboliquement la « Montagne Sacrée des Révélations ». Les habitants de Ketha, eux, se consacrent à des divinités féminines de la Fertilité telles que Nini Zaza ou Ninkhursag ; et dès lors, de véritables quartiers religieux s'organisent autour de leur culte, avant de prendre de plus en plus d'ampleur. A Endou, sur les rives du Golfe Persique, un hommage est rendu au dieu Enki, qui y est considéré comme le dieu de la Fondation, des Ténèbres et de l'Apsu. A Eridu, Enlil est vénéré comme le seigneur du Vent, de l'Esprit, des Eaux Douces, ainsi que comme le maître suprême des Techniques ; Anum y est également désigné en tant que dieu Soleil. A Hani, le Grand Ancêtre Min est révéré comme le Père des Hommes et des Animaux ; le premier des rois Séites. A Sihuk, les dieux dominants sont Adad, le dieu de la Pluie, Nisabu, la déesse des Moissons, Hani, le dieu Scribe, et Agni, le dieu du Foyer. A Lagash et à El Obeid sont aimés la déesse Ninkhursay – qui préside à la naissance des enfants, et plu généralement à la Fécondité -. A Ehouana, les fidèles se tournent presque exclusivement vers Abou, le dieu de la Végétation. A Ur, un téménos est consacré au dieu Nanna, une divinité astrale liée à la Lune. Et à Nippur est vénérée Innana, la déesse de l'Amour et de la Guerre.

C'est par l'intermédiaire des prêtres et des prêtresses que les Dieux communiquent leurs désirs aux hommes, qui doivent leur construire des temples magnifiques, leur offrir des vêtements précieux et des bijoux, des musiques et des chants et leur préparer de riches repas quotidiens. Ils ne leur imposent aucune contrainte morale, mais chaque manquement à la révérence ou à l'exécution des rites est alors susceptible d'entraîner des catastrophes : inondations, sécheresses, ou razzias par des tribus descendant des montagnes. Comme de telles calamités sont fréquentes, la peur engendre dans la population un état d'anxiété permanent dont les temples et les prêtres profitent largement. Des offrandes généreuses aux greniers des temples sont en effet les seuls moyens de se protéger de la colère des Dieux. Des prières et des formules d'exorcisme peuvent aussi aider à détourner le Mal envoyé par les agents surnaturels des Dieux irrités.

Au fur et à mesure que l'influence des temples s'étend, ils deviennent plus vastes et s'élancent vers le ciel en adoptant la forme de pyramides à étages : « les ziggourats ». De nombreux domaines leur sont annexés, dont une partie est cultivée par les prêtres. Les récoltes nourrissent les prêtres eux mêmes et parfois des habitants démunis, comme les veuves et les orphelins.


En une centaine d'années pourtant, la communauté disparate des 3000 dieux vénérés en Mésopotamie est progressivement considérée comme gouvernée par un chef Suprême. Les Grands Prêtres de chaque cité-Etat se concertent en effet pour établir une hiérarchie au sein de celle-ci. Et ils finissent par convenir qu'Anu, le dieu protecteur de la ville d'Uruk est le Créateur de l'Univers. Un des scribes participant à leurs réunions écrit d'ailleurs à son sujet à ce moment là :

« Il est le Dieu Créateur. Il est le Créateur des Créatures, le rêve des Dieux et des Hommes, ainsi que le Créateur du Ciel et de la Terre. ».

Au dessous d'Anu, les clercs partagent ensuite le panthéon en plusieurs groupes de divinités officielles : il y a les sept dieux et déesses maîtres du Destin : Anu, Enlil, Enki, Ninkhursag, Nanna, Outou et Innana. Mais il y a aussi les cinq Grands Dieux connus sous le terme « Annunaki » - ou « Fils d'Anu vivant sous la terre ».


Vers 3200 avant J.C., les Etats de Lagash et d'Umma occupent à tour de rôle une frange de terre mésopotamienne pour définir ou s'arrêtent leurs territoires respectifs. Le conflit éclate, mais le roi de Kish, Me-Salim, impose un arbitrage entre les deux partis. Malgré tout, la guerre reprend entre les deux cités. D'abord, le roi de Lagash l'emporte. Quelques décennies plus tard, c'est Umma qui reprend l'avantage, puis de nouveau Lagash. Alors une trêve est conclue ; mais celle-ci ne dure pas longtemps. Umma reprend l'offensive sur cette bande de terre. La cité profite en effet du fait d'un renversement de dynastie à Lagash, et de la guerre civile qui y règne, pour y fixer son autorité, avant d'attaquer Lagash elle même. Son armée la livre au pillage avant de l'incendier. Elle s'y établit en vainqueur et contraint les vaincus à accomplir pour elle les corvées les plus diverses.

  • Bonjour,
    C'est intéressant, je n'avais encore pas lu autant sur le sujet, si ce n'est dans science et vie au sujet de l'épopée de Gilgamesh avec en parallèle le récit de Noé qui a été écrit bien après et repris dans la bible.
    "Les antiques mésopotamiens sont bien ceux qui, parmi les premiers, font renaître la Civilisation de ses cendres."
    Qu'est-ce qu'il y a eu comme autre civilisation avant les mésopotamiens ?

    · Il y a 5 mois ·
    Mouftard compress%c3%a9

    Francis Fried

    • Avant les mésopotamiens, je pourrais publier ce que j'ai sur ce thème, mais difficile à expliquer ainsi en quelques mots. Heureux que ce texte t'ai plu. Merci...

      · Il y a 5 mois ·
      4

      Dominique Capo

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