Taguer le Temps (II)

Pierre Scanzano

ce que je cherche est dans les gens qui m'ont précedé et ceux qui me suivront...

ce que je cherche me traverse de part en part comme une lame lumineuse et divine...

ce que je cherche m'est suggéré  tagué sur le bout des lèvres par ceux que j'aime et qui ne peuvent plus m'aimer...

ce que je cherche je veux l'éradiquer de mon ADN lui fausser compagnie  mon extraire différent  indécelable...

ce que je cherche n'a pas de prix  m'est interdit   nié    refusé  en quoi suis-je différent de mon ombre  et de vos ombres ?

***

la rigidité cadavérique me dit tout

l'oeil fermé  me le crie

ai-je besoin de ce langage pour me dissocier

me dissoudre convenablement

dans l'acide du temps ?

***

parfois je me répète trop    et je redis tout ce qui a éte déjà dit avant moi   mais je dois dire encore et encore  tout ce dont j'ai besoin de dire encore    presque comme personne avant moi  ne vous l'avait jamais dit auparavant... je me dois de sentir maintenant ce que j'ai vraiment à vous dire d'important  surtout avant que je ne puisse plus jamais vous le dire de mon vivant...

***

une de mes nuits insomniaques  comme jamais insomniaques  je me réveille en sursaut et dans la pénombre un miroir d'images saccadées et troublantes défilent   je vois avec effroi le visage hostile   entaillé d'ombres de mon père  qui se greffe sur le mien   depuis j'ai peur des miroirs   j'ai peur de me réveiller conscient  j'ai peur de ne pas dormir assez   j'ai peur me sachant vivant   j'ai peur de ma voix  de vos voix  de vos sons inaudibles  de la voix des morts   je ne veux pas l'admettre  mais j'ai peur du rôdeur inconnu qui filtre et filtre de son volte-face charnel ma pénombre  mon tas de nuits de ses doigts qui injectent le sérum du deuil   le venin de l'amour brutal sur la chair humaine  il faut trembler   je sais   je vais finir ainsi  en flammes dans tout le feu de ce froid immense...

***

il est merveilleusement ordinaire de se dire à demain...

***

je n'ai aucune racine  l'amie... aucune exploitable éradique-moi de toi...

***

à moi de décider si je veux grandir dans ton jardin...

***

on rentre

on sort

on traverse

on trébuche

et personne

ne connaît personne

on se manifeste que par signes

sans la tête qui va avec...

***

un poète mourra  sa légende descend sur terre   nous nous nourissons de la chair qu'il laisse dans une ligne   un mot   un livre...   nous irons poser nos lourdes chaises alignées sur la même fosse  que sa bouche nous permet   d'autres poètes nous liront  un jour ou l'autre  sans doute par mégarde et qui sait   par amour indéfectible...  après on mourra et notre légende redescedra sur terre    mais  pas  la même   l'autre...

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