Un noël magique

Fabien Dumaitre

A l'approche des fêtes de fin d'année, un petit conte tout mignon...

Mercredi vingt quatre Décembre, quelque part en Laponie. Un blizzard soufflait sur le manteau neigeux formant un épais nuage blanc.  Au milieu de ce désert de glace, un grand chalet éclairé se trouvait là, bien loin de toute civilisation. Le Père Noël se reposait dans un imposant fauteuil recouvert d'un tissu rouge,  brodé de motifs en formes d'animaux pendant que les nains, fidèles parmi les fidèles, s'agglutinaient sur les machines à trier les cadeaux pour être sûr que tout serait prêt à temps.

Ne cherchez pas à savoir comment ce gentil vieil homme ventripotent à la barbe fournie fait pour distribuer tous ces cadeaux  en si peu de temps, c'est la magie de Noël.

Une lettre parmi le courrier arrivé en abondance en cette période de fête avait retenu son attention :

 

 

« Cher papa Noël,

Je m'appelle Gregory, j'ai huit ans. J'habite un petit village nommé Sussat-les-Boulards dans le Puy de Dôme en France. Je vis avec mon papa, Jacques et mes trois sœurs, Juliette, Manon et la petite dernière Louise âgée de deux ans. Ma maman est morte il y a huit mois d'une leucémie. Je sais qu'elle ne reviendra pas. Désormais, elle est au ciel au côté de Dieu où elle repose en paix. Pour Noël, j'aimerais que vous m'ameniez une nouvelle maman, gentille, simple et attentionnée. J'espère que vous penserez à moi.

                                                                                                            Gregory »     

 

 

 Touché par sa requête, son père l'avait aidé à rédiger sa missive. Il savait qu'elle resterait sans suite et la lueur d'espoir qu'il voyait dans les yeux de son fils l'attristait d'avantage encore.

Jacques était abattu mais il ne le montrait pas à ses enfants. Il venait d'être licencié par son employeur, un artisan boulanger qui ne pouvait plus faire face à la crise. De plus, il devait restituer la maison qu'il louait dès le début du printemps prochain ne pouvant plus payer son loyer au propriétaire. Il n'avait personne vers qui se tourner. Il n'avait plus de famille et ses amis l'avaient délaissé à la mort de son épouse. Dans trois mois, il serait confronté à une dure réalité de la rue. Il espérait placer ses enfants dans un foyer pour qu'ils gardent une vie décente.

La petite troupe se tenait au bord du foyer aux braises incandescentes se racontant des histoires de Noël quand Gregory s'enquit soudain :

-         « Tu n'oublieras pas d'éteindre le feu papa, je ne voudrais pas que le Père Noël se brule. »

Sur le coup des onze heures toute la colonie regagna sa chambrée impatiente d'être au lendemain.

 

La lettre que le père noël lut le toucha énormément. Il partit à la rencontre de Nilbus, le nain spécialiste des cadeaux extrêmes. Il  lui exposa le cas du chérubin et celui-ci ne tarda pas à trouver la solution. Alourdi de cadeaux, le Père Noël partit sur le coup des minuits moins cinq pour sa tournée annuelle. Téléphones portables, consoles de jeux, circuits de voitures ou autres poupées furent distribués à travers le monde. Personne ne fut oublié, même Gregory allait avoir ce qu'il désirait.

 

Au petit matin, la maisonnée était en ébullition. Les enfants se précipitèrent sous le sapin, Louise dans les bras de son père. Des poupées attendaient les filles et une peluche tendait les bras à la petite dernière. Non loin de la cheminée, une figurine vaudou à l'effigie d'une femme ainsi qu'un petit sac de poudre beige sur lequel se trouvait l'inscription  « Poudre de perlinpinpin » était destiné à Gregory. Le tout accompagné d'un billet que le garçon s'empressa de lire.

« Saupoudrez d'un peu de poudre de perlinpinpin sur la poupée et faites un vœu. Il sera alors exaucé. »

Il s'exécuta sous le regard bienveillant de son papa.

 

Midi arriva à grands pas et les enfants se mirent à table. Jacques, penché au dessus du four, surveillait la cuisson de la dinde achetée à prix discount. Une fois prête, il la déposa sur la table. Un agréable fumet émanait de la volaille encore suintante. Une fois assis, il entonna une prière destinée à sa femme, mère de ses enfants, puis il découpa la volaille. Il était très habile dans cet exercice, c'était lui qui s'en occupait lors des repas de famille, du temps où ils avaient encore une famille. Une fois servis, ils commencèrent à se restaurer. Au milieu du repas, la cloche de l'entrée tintinnabula. Jacques alla ouvrir la porte, inquiet.

 

Une jolie jeune femme se trouvait dans l'embrasure de la porte. Son teint diaphane, ses cheveux bruns d'une longueur déconcertante ainsi que son sourire enjôleur lui ôtèrent toutes craintes. Elle était vêtue d'un trench-coat, d'un jean bleu et de bottes en cuir au rebord en fourrure.

-         « Excusez moi de vous déranger mais j'ai trouvé ceci devant votre maison. Ce ne serait pas à vous ? »

 Surpris, il s'exclama :

-         « Mon porte feuille, j'ai du le laisser tomber en sortant de la voiture. »

Elle lui tendit l'objet. Le froid glacial rendait sa main tremblante. Il se saisit de son porte feuille et fouilla à l'intérieur. Il en extirpa un billet de cinq euros.

-         « Tenez, pour vous remercier. »

-         « Je vous en prie, gardez-ça. »

Il était tombé sous le charme  de la demoiselle. Un irrésistible envie de l'inviter  à se joindre à eux le prit.

-         « Vous vous appelez comment ? »

-         « Nadine et vous ? »

-         « Jacques. Vous ne faites pas la fête comme tout le monde ? » la questionna-t-il

-         « Je viens d'arriver dans la région et je ne connais personne. »

-         « Nous feriez-vous l'honneur de vous joindre à nous pour partager un bien modeste repas ? »

-          « Je ne voudrais pas vous déranger. »

-          « C'est avec plaisir que je vous le propose, Alors… »

-         « D'accord. »

-         « Entrez, je vous en prie. »

-          

Du moment où elle pénétra dans la demeure, ils ne se quittèrent plus. Elle l'embaucha comme vendeur dans la boutique de vêtements qu'elle venait d'ouvrir sur Clermont-Ferrand ce qui lui permit de refaire surface financièrement et de conserver sa demeure. Ils se marièrent dans l'année et Nadine assuma son rôle de mère de substitution à merveille. Le bonheur fut de retour dans la maisonnée.

Le Noël suivant, le Père Noël reçut de nouveau une lettre du petit garçon.

 

 

« Cher Papa Noël,

Je vous remercie, vous avez fait, à moi et à ma famille, le plus beau des cadeaux. Nous vivons heureux désormais même si nous n'avons pas oubliés maman. Cette année, j'aimerais avoir un petit frère. Merci d'avance.

                                                                                                              Gregory  »

 

 

Le vieil homme esquissa un sourire. Cette fois, ça ne dépendait plus de lui.

Signaler ce texte