Une nouvelle vie

Mini Pouce

J’aime la couleur de tes yeux, parfois vert on y retrouve quelques tâches brunes qui viennent se perdent dans cette couleur si précieuse. Mais c’est sans aucun doute l’intensité de ton regard qui me plait le plus.

On ne se connait pas depuis longtemps mais qu’importe nous vivons déjà quelque chose d’extraordinaire et sans aucun doute que cette tendresse nous marquera à jamais.

Quand je t’ai rencontré j’étais loin d’imaginer que derrière tout ce conformiste pouvait se cacher autant de désir de vivre. Tu sembles te fondre particulièrement bien dans la société, c’est vrai tu ne caches pas ton envie d’être meilleur que les autres, on sent beaucoup de force et de combativité, tu aimes t’entourer et surtout paraître. Enfin du moins c’est l’impression que tu pourrais donner, que tu me donnais…

Aujourd’hui je te vois différemment.

Ton envie de nouveauté et ta joie de vivre me donnent l’image d’un aventurier. Notre histoire telle que nous l’avions construite était destinée à l’échec et nous le savions. Alors que nous nous préparions à nous quitter, je sentais mon cœur qui t’appelait, tu étais presque devenu indispensable à mon sourire et c’était la même chose pour toi.

Pourtant nous ne savions pas si notre histoire aurait été possible autrement, on espérait souvent et nous rêvions d’un autre « nous ». Mais s’il y avait le moindre espoir que toi et moi pouvions vivre ce que nous vivons chaque jours, et à chaque minute, sans aucune retenue et bien sans nul doute… se serait ça le bonheur. Je sentais que nous laissions peut-être échapper cette chance, mais comment pouvions nous prendre une telle décision. Nous avions une famille, nous avions des gens proches de nous, on comptait pour quelqu’un et pour beaucoup. Comment pouvions-nous prendre la décision d’agir dans l’égoïsme, d’agir l’un pour l’autre.

Pourtant nous l’avons fait.

Un jour mon téléphone sonne, je décroche, tu me dis en quelques mots brefs que tu seras là d’ici 30min le temps de passer chez toi et de quitter ce costume bien trop stricte, tu prendras ta moto et tu passeras me récupérer. Nous n’aurions besoin de rien d’autre.

Je n’ai pas hésité un seul instant. Ma vie ici était bien trop ennuyeuse et même si je me battais à chaque instant pour réaliser quelques rêves, je ne trouverais rien de plus excitant dans ma vie que de m’enfuir avec toi.

Comme prévu tu es arrivé, je t’ai regardé droit dans les yeux et je suis montée derrière toi. Le moteur de ta moto a résonné dans tout le quartier, j’ai serré ton corps de mes mains et j’ai posé la tête sur ton dos. Je ne savais pas très bien où nous allions. L’été se finissait doucement et pourtant il faisait encore chaud, je sentais l’air sur la route qui venait me caresser le visage. Nous avons roulé plusieurs heures sans nous arrêter et sans échanger un regard.

En direction du sud, nous avons finis par nous arrêter dans un de ces hôtels, tu ne m’as rien demandé et tu t’es dirigé vers la chambre où nous allions passer la nuit. Je sentais en toi cette tristesse et surtout cette mélancolie. Tu n’arrêtais pas de te poser milles questions et je sentais que tu regrettais déjà ton geste. Mais peu importe ce qui t’avait retenu pendant toutes ces années, tu avais toujours esquivé à merveilles les moindres engagements. Nous sommes rentrés dans cette chambre, je me suis allongée contre toi, nos corps étaient brûlant sous les vestes de moto et nous commencions tout juste à respirer. Nos corps se sont rapprochés et nous avons fait l’amour tendrement pendant un long moment, toujours sans aucun mot, dans la pièce il n’y avait que les bruits de nos désirs qui résonnaient. Une fois dans mes bras tu ne doutais plus et j’ai retrouvé en toi cette passion et surtout ta force, alors seulement nous avons pu rire et manger dans notre petit cocon d’une nuit.

Le lendemain nous sommes remontés sur la moto, les cuisses encore un peu endolories par la journée de la vieille. Une fois arrivée dans le sud, nous roulions doucement dans l’une de ces petites villes aux couleurs orangées, et en te retournant à moitié tu m’as demandé « la corse ça te dit ? », j’ai rigolé. Tu n’as jamais su poser les questions, tu avais cet air de grand enfant un peu maladroit, j’ai toujours adoré ça en toi.

Nous avons dormi au bord de la plage dans une grande couverture, en fait nous avons surtout passée la nuit à discuter. Quand nous commençons à parler, on ne s’arrête jamais. Demain notre vie allait prendre une nouvelle tournure, totalement différente et nous étions tellement enjoués qu’il était impossible pour nous de dormir. Dès que nous mettrons le pied dans ce bateau, nous ne pourrons plus reculer.

J’étais assise dans tes bras, tu caressais mon corps doucement et nous étions le visage tourné vers la mer. Nous n’avions qu’à décider là maintenant ce que nous voudrions devenir, et de quoi demain serait fait.

D’abord nous chercherions une maison, l’une de celle ou les voisins seraient suffisamment loin pour que nous puissions nous promener en liberté sans aucun complexe. Elle deviendrait notre petit nid et nous pourrions y cacher notre secret, celui d’une nouvelle vie. Le jardin serait assez grand pour que nous puissions y faire ce que l’on veut.

De quoi allions nous vivre ?

Tu savais que tu pourrais retrouver un travail partout, il suffirait de te rendre directement dans une ville et avec la moto les routes de la Corse deviennent tout de suite agréables.

Quand à moi, je renonçais à tout, j’allais élever des chèvres, il me suffirait de suivre quelques formations et je pourrais passer mes journées au milieu des bêtes. Juste quelques unes, juste de quoi produire un peu de lait pour la vente et puis juste assez pour que je me souvienne du nom de chacune.

Je ferais en sorte de ne manquer de rien dans notre jardin, nous aurons tout ce qu’il faut.

Le soir quand tu rentreras de la ville, après m’avoir embrassé tu iras directement te changer, tu quitteras tous ces vêtements et tu ne porteras que le nécessaire, peut-être rien.

Souvent le soir nous nous enroulerons dans une couverture et nous regarderons le ciel, un verre de vin à la main, nous pourrons discuter encore et encore. J’aimais l’idée que nos corps pourront rester coller l’un à l’autre sans avoir besoin de se cacher. Nous n’aurons aucun complexe à être heureux. J’entends déjà nos rires au travers de la maison.

Le bonheur était à porté de main, enfin à porté de bateau.

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