Vieillissement par l’ouest

walkman

A l'est, des ombres délicates prenaient la confiance, ou leur service, par le ciel. Je savais qu'ensuite elles arriveraient sur moi avec la force tranquille d'un vieux sage qui récite sa prêche une énième fois. Sans pour autant redouter leur nouvelle conquête, je songeais dubitativement à ce qu'elles allaient vouloir mettre en lumière. Quel doute futile allaient-elles autopsier malgré moi et mon générateur d'optimisme ? Elles venaient encore une fois chauffer ma couche d'urgences qui - de toute manière - allaient devoir attendre plus tard, et la fin de mon aventure soporifique avec mon plumard. Les secondes qui s'égrainaient avant qu'elles ne me ceignent faisaient écho à celles qui restaient à faire choir pour prouver ma condition de mortel. Et moi, appréhendant sans redoute, m'armant de certitudes banales : quand on s'endort on ne se suicide pas.

A ma fenêtre, pour nier le fait que la cigarette allait faire puer le drap, je regardais ce ciel d'ébène courir derrière ce qui n'existerait plus sans pour autant offrir de nostalgie à ces ironies primaires, élémentaires, chères à personne. Et finalement la pensée idoine, propre à ceux qui ne savent pas, cette résolution 1552 sur la procrastination : tout ce temps perdu, tu l'as prêté à la chance. Pour le peu qu'elle a daigné répondre, elle a justement mérité son nom. Et me voilà, sur la pointe des pieds au-dessus du gouffre de l'endormissement, saisi par une première certitude : l'ouest a toujours englouti la nuit ; jusqu'ici, l'est m'a toujours exfiltré du lit. Et puisque mes doutes, relevant promesses et souvenirs, font office du pupitre à mes rêves tangibles, je tourne la tête vers le rouge et le noir qui dansent à l'occident en me répétant : autant qu'on y réfléchisse sérieusement demain.

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