Y'a des soirs, comme ça, où c'est vraiment la merde

Gilles Agnoux

Nous nous étions rencontrés entre un solo d'Hendricks, la fille des joies et une bousculade causée par le jeu du trône. On ne s'est pas abordés de suite, vu que là j'avais vraiment envie de chier. Un simple "Pardon" mit ainsi fin à notre premier entretien de débauche. Je revins à la table qui me tenait compagnie pour questionner la belle sans paroles sur la capacité qu'elle avait à produire et stocker du lait. N'ayant jamais été grand buveur, sa rhétorique me convainc parfaitement. D'un S.M.S. envoyé d'un battement de cils, elle m'invita à la rejoindre, ce que ma bite m'invita à, dare-dard, faire.
La conversation, à l'inverse de nos foies, s'entretint jusqu'à ce que le barman nous demanda la main pour ranger la terrasse. Notre retour, ou plutôt non, notre déambulation, ou plutôt non, nos titubements, ouais, voilà: Nos titubement nocturnes suivaient le chemin tracé par le hasard d'un questionnement mutuel. La réponse vint d'elle même et de nos porte-feuilles vides. Nous délaissâmes donc les bars de nuit pour voguer vers cette chaleur que tant de sombres héros s'échinaient à oublier dans l'amer appartement d'une courtisane.
Chez elle trônait une affiche de Wayne's World que je commentais avec virulence et nostalgie, tout en recevant, rendant Téhachessé la petite fée et en vidant le verre d'absinthe que le destin m'avait ramené d'un pays libéré de sa dictature en 75. Bien vite, la bouteille fut rebouchée. Les caresses buccales l'entraînèrent à se pencher sur la question de ma satisfaction et, en pivotant pour se mettre à genoux sans se faire prier, un verre se fît entraîner jusqu'au sol où, tu le devine, il se brisa. Selon elle, le moment de nettoyer quoique ce soit ne pouvait être plus mal choisit, décision que je ne tardais pas à valider en m'affaissant les yeux fermés sur le dossier du canapé.
Ne considérant pas la passivité comme la plus noble des activités, je la guidais bientôt vers le lit où m'attendait entre ses cuisses le goût des filles. Mes papilles s'extasièrent sur l'ivresse des grands soirs, un goût de sel sur mes lèvres et sa poitrine gonflée par le désir de vivre. Sur ses lèvres, les autres, d'autres saveurs elles aussi anesthésiées par la fille des joies ingurgitée. Mes mains effeuillaient une fleur mainte fois cueillie jusqu'au point, gé-nial, où son visage grimaçant me confirma que la pratique de la guitare assouplissait les doigts. Ces doigts, qui ne se lassaient pas de cet endroit fondant de tendresse, avaient déjà pas mal bourlingué, c'est donc en toute logique qu'ils s'étonnèrent de trouver une surface rugueuse en un tel lieu. J'interrogeais les autorités compétente et su que, cette semaine, il faudrait que j'admire la croupe qu'elle ne tarda pas à m'offrir en guise de réconfort.
Elle ne put voir la mine de dégoût que je présentais en premier lieu, mais elle pu sentir le bonheur avec lequel j'acceptais le présent céans. Le rythme auquel je m'attelais désormais ressemblait étrangement et malgré moi à celui d'une chanson des White Stripes.Le sourire de cette pensée s'accompagna du feulement de la galante compagnie. Le frisson qui s'en suivit parcouru son échine, puis mes mains, mes bras pour finir dans ma gorge dans un râle. Nos soupirs s'harmonisèrent en un chœur dont Mozart aurait apprécié le concours pour son Don Giovani.
Un autre frisson. Différent sans que je ne comprenne de suite en quoi. Sans prévenir, il m'éjecta d'un coup sec, me laissant le champ libre pour l'admirer se convulser. J'allais sourire de plus belle devant la beauté de la chose lorsque ce qui m'avait tout l'air d'être... Et bien, comment dire cela sans grossièreté? Ce qui était une bonne grosse chiasse s'expulsa de son cul, se répandant à volonté sur ma bite et ses genoux. D'un sursaut, je me projetais en arrière, fonçais sous la douche, récupérais mes affaires puis profitais d'une rue déserte pour hurler tout l'air que pouvait contenir mes poumons.
Voilà donc, à quelques mots près, l'histoire que je me trouvais à rapporter un mois plus à Helder, un pote glané sur le bon coin lors de l'achat d'une table basse. Nous étions à la terrasse de ce bar dont Fanny allumait chaque soir la façade rouge pour ne pas avoir à vendre son corps à la nuit. Après avoir patiemment écouté mon récit, Helder s'illumina dans un sourire:
"Elle m'a également chié dessus"
On se serra la main de compréhension et le fou rire qui nous prit cessa dès que nous vîmes cette fameuse fille dont j'ai aujourd'hui oublié le prénom passer la porte du bar pour aller bousculer un mec près des toilettes.
"-Faudrait peut être le prévenir? Me renseignais-je -Non, laisse tomber, déjà qu'elle jouit qu'une fois par mois... Puis si y faut, ce mec, il cherche la merde"

Report this text