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Ils avaient passé la journée, allongés sur le canapé, en ne bougeant que pour aller aux toilettes et manger. Autrement, la fatigue les avait cloués sur place, sous leur plaid chaud ; même si Adèle devait l'avouer, en partageant sa vie avec Liam, elle n'avait pas particulièrement besoin de plaid. Le corps de Liam dégageait suffisamment de chaleur pour la réchauffer à tout moment.

Elle s'était rendue compte, à force de regarder des téléfilms de Noël, qu'ils n'avaient pas discuté de la soirée du réveillon, tous les deux. Adèle allait rejoindre sa famille, c'était certain, mais elle n'avait pas entendu Liam parler d'une soirée en famille. En fait, il ne lui avait jamais vraiment parlé de sa famille.

Liam revint avec deux tasses de chocolat chaud à la cannelle qu'il lui offrit pendant qu'il revenait s'installer sous le plaid à ses côtés. Elle huma la fumée qui s'en dégageait et se sentit retomber en enfance. C'était la cannelle et le chocolat qui la ramenait aux gouters chez ses grands-parents et à tous ses gâteaux de Noël qui encombraient des boites entières.

Elle jeta un œil au téléfilm de Noël qu'une chaine du câble diffusait et se demanda s'ils étaient toujours les mêmes depuis qu'elle était enfant. Elle se souvenait parfaitement des après-midis avec sa grand-mère, à regarder les deux téléfilms de l'après-midi, alors même qu'ils étaient plutôt identiques. Adèle se tourna vers Liam et lui sourit. Elle but une gorgée de chocolat avant d'ouvrir la bouche.

-          Quand j'étais plus petite, je passais mes mercredis après-midi chez mes grands-parents et à l'approche de Noël, on faisait soit des biscuits soit on regardait les téléfilms. J'ai l'impression que rien n'a changé depuis.

Elle lui sourit et se rapprocha de lui pour que leurs épaules se touchent. Elle avait besoin de se sentir proche de lui. Il caressa son visage du bout des doigts et lui adressa un sourire tendre. Il aimait tellement quand elle s'ouvrait à lui et qu'elle le laissait entrer dans ses souvenirs. C'était toujours doux et soyeux, jamais rien de travers.

Alors qu'elle gardait les yeux fixés sur la télévision, il se demandait si c'était le moment de lui révéler ses secrets, de lui ouvrir la porte de ses souvenirs. Jusqu'ici, il s'était limité à des choses basiques, qu'elle avait aimé l'écouter raconter ; il l'avait vu dans ses yeux.

- J'ai toujours trouvé ces téléfilms débiles, mais, aujourd'hui, j'aime beaucoup les regarder avec toi. Chez moi, personne ne regardait ça et je n'avais pas l'habitude de passer beaucoup de temps devant la télé. Pas tout seul en tout cas.

- Ce n'étaient pas des moments que tu passais en famille ?

- J'ai mis du temps avant de comprendre que la vraie famille, ce sont les amis qu'on se choisi. Et à partir de ce moment-là, j'ai adoré les fêtes de fin d'année. Parce que je savais avec qui les passer.

Adèle gardait son regard sur lui. Elle n'était pas au courant de ce souci avec sa famille, elle n'avait jamais imaginé que s'il ne parlait pas de sa famille, c'était parce qu'il n'avait rien à dire d'eux. Elle se sentit soudainement triste et elle dut faire un effort pour que des larmes ne viennent pas humidifier ses cils.

Ça n'empêcha pas Liam de remarquer l'eau qui affluait dans ses yeux et il l'attira à lui, pour ne plus avoir à croiser son regard triste. Lui, ne l'était pas et il ne voulait pas l'affecter avec son histoire, alors qu'il avait appris à vraiment bien le vivre. Il la serra contre lui et lui frotta le dos ; il aimait son odeur, alors il enfonça son nez dans ses cheveux.

Elle se serra contre lui avec beaucoup de vigueur. Adèle était très proche de sa famille, depuis toujours. C'était très important pour elle de les voir régulièrement et passer toutes les fêtes avec eux. Elle avait du mal à imaginer que les relations familiales puissent être difficiles.

- C'est triste ce que tu me racontes. Je ne savais pas, je n'aurais pas abordé le sujet autrement.

- Surtout pas. Continue à me parler de ta famille ; c'est important pour toi, je veux en savoir plus sur eux.

Adèle releva son visage vers lui et lui sourit. Au fond d'elle, elle avait envie de tout lui raconter, qu'il connaisse tout de sa vie et de sa famille, qu'elle n'ait plus aucun secret pour lui. Mais cette nouvelle lui brisait tant le cœur, qu'elle était incapable de se vanter de sa famille. Elle avait surtout envie de le couver et de lui offrir tout son amour pour réparer les torts qu'il avait vécu durant l'enfance. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à toutes ces choses qu'il n'avait certainement pas eu la chance de faire avec ses parents, ces choses qu'elle avait adoré faire.

Elle resta couchée contre lui, dans ses bras. Elle avait envie de lui faire de câlins, de le serrer contre elle et de ne jamais le laisser s'échapper. Il avait tout de même réussi à devenir l'homme incroyable qu'elle avait devant les yeux, mais avec un peu plus d'amour, il serait d'autant plus heureux, à son avis.

Soudainement, une pensée traversa son esprit et elle se figea dans ses bras. Elle recula et se redressa tandis qu'elle essayait de ranger ses pensées dans un certain ordre.

- Mais, attend, j'y pense…

Adèle tourna rapidement son visage vers lui, les yeux un peu exorbités et les sourcils froncés. Elle paraissait inquiète et Liam se demanda ce qui la faisait réagir de cette manière. Il espérait que ce n'était pas aussi grave qu'elle semblait le penser.

Il attrapa sa main et lui caressa tendrement la joue. Ses yeux l'imploraient de lui expliquer ce qui lui passait par la tête.

- Où est-ce que tu vas passer les fêtes de Noël ?

- Ho… Je ne sais pas encore. Peut-être que je pourrais juste rester chez moi, cette année.

En voyant ses yeux se révulser encore davantage, il s'intima de se taire ; il n'aurait jamais dû dire ça à voix haute, il aurait dû s'en douter. Mais il n'avait aucune envie de lui mentir, non plus. C'était important pour lui qu'ils se parlent en toute franchise, notamment en ce qui concernait Noël. Adèle lui en voudrait toute sa vie s'il lui faisait croire qu'il était invité quelque part alors que ce n'était pas le cas. Et il n'avait aucune envie de faire semblant d'être attendu quelque part.

- Je ne vais pas te laisser seul à Noël. Tu te rends compte ? Ma famille sera très heureuse de te recevoir. Ils n'attendent que ça, depuis au moins dix ans.

- Non, bien sur que non. Je ne vais pas m'imposer.

Liam se sentit gêné et en même temps très flatté qu'elle le lui propose. Mais il ne savait pas si ce n'était pas un peu rapide. Il sentait au fond de lui que personne d'autre qu'elle ne pouvait le rendre aussi heureux, mais il avait du mal avec les familles de ses amies, en général. Il ne voulait pas tout mettre parterre à cause de sa famille et des réactions qu'il aurait en leur présence.

Il se leva pour se rendre dans la cuisine. Pour justifier son geste, il emporta leurs tasses vides et se mit à les laver. Elle ne sut si elle devait le suivre et le harceler pour qu'il accepte, ou si cette technique d'évitement signifiait autre chose. Elle préféra rester assise sur le canapé, à attendre qu'il revienne ; car il reviendrait forcément à un moment ou un autre.

Au bout d'une dizaine de minutes, il revint dans le salon et s'installa à nouveau à côté d'elle. Adèle lui jeta un rapide coup d'œil et se mordit les lèvres. Elle ne pouvait pas laisser la conversation en suspens de cette manière ; elle ne pouvait pas accepter qu'il passe les fêtes seul chez lui, c'était trop pour elle. Elle n'accepterait jamais que les personnes qu'elle aimait se retrouve seules pour Noël.

- J'aimerais beaucoup que tu m'accompagnes chez mes parents pour le réveillon. Est-ce que tu en aurais envie ? Sois sincère, je peux comprendre, ajouta-t-elle après quelques secondes de silence.

- Si c'est demandé aussi gentiment, je ne peux pas refuser.

Il parlait bas et se rapprocha d'elle pour embrasser sa joue. Adèle sentit un peu de tension évacuer ses épaules. Elle avait eu peur de sa réaction, surtout après sa fuite dans la cuisine. Elle tenait beaucoup à lui et elle ne voulait pas qu'ils se disputent à propos du réveillon.

Ils échangèrent un baiser et se sourirent longuement. Le nuage d'inquiétude avait quitté le regard d'Adèle et Liam se sentit encore plus heureux de l'accompagner chez ses parents. Cette décision semblait la rendre extrêmement heureuse, et c'était également le cas pour lui ; même s'il ressentait aussi beaucoup d'appréhension.

Les pensées qui les submergeaient tous les deux étaient, à présent, liées à cette soirée de Noël, qu'ils allaient passer ensemble, même s'ils ne se connaissaient que depuis quelques semaines. Ils étaient submergés par l'inquiétude que les parents d'Adèle n'acceptent pas bien la présence de Liam, mais aussi par la joie de ne pas avoir à se séparer.

Ils s'embrassèrent plusieurs fois de suite et reprirent leur place dans le canapé. Ils s'allongèrent tous les deux, l'un contre l'autre et profitèrent de la chaleur qu'ils partageaient pour reposer leurs corps fatigués.

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