A la recherche du bonheur (4)

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Mon mari avait décidé que nous aussi, c'était notre tour. Nous allions partir. Il partirait le premier.

Des amis déjà partis et installés nous donnaient régulièrement des nouvelles. L'un d'entre eux travaillant dans une petite société de maçonnerie avait entendu parler que de la nouvelle main-d'œuvre était nécessaire. Cet ami était donc allé trouver le patron pour lui parler de mon mari, et l'affaire fut conclue rapidement. En attendant un logement, mon époux était hébergé chez cet ami, heureux de pouvoir retrouver un peu de son île dans le patois échangé. Le changement avait été radical à tous points de vue et l'adaptation un peu difficile.

Pendant ce temps-là, à des milliers de kilomètres de là, je m'étais trouvé un petit emploi, de manière à ce que la famille soit réunie le plus vite possible. Surtout que les enfants allaient maintenant à l'école. Mais mon deuxième fils avait de plus en plus de mal à tenir sur ses frêles jambes. Les médecins ne savaient pas ce qu'il avait mais vu les antécédents familiaux, ça ne me rassurait pas.

Bien que la vie était dure à tous les niveaux, j'étais heureuse de me retrouver seule avec mes trois petits. Leur papa devait leur manquer, enfin je le supposais. Nous n'étions pas expressifs. Nous avions été élevé à la “dure”, nous vouvoyions nos aînés. Dès l'enfance, nous apprenions à garder tout en nous et à obéir. Mais n'allez pas croire que je faisais ce qu'il me plaisait, toute ma belle-famille habitait la même rue. J'étais sous l'œil de ma belle-sœur, la sœur aînée de mon époux. Les commérages étaient le passe-temps favori de ces dames, ça irait bon train si j'avais le malheur de sortir seule avec mes trois enfants. Nous étions constamment chaperonnés par cette dernière, même pour aller à la messe.

Même si ma famille n'était plus réunie, enfin il restait toujours ma mère, mais depuis que son enfant chérie était partie, elle vivait seule dans une belle et grande maison de “riche”, tout en béton avec tout le confort souhaité et évitait le plus souvent possible de nous voir, rencontrer ces “bâtards”, c'est comme cela qu'elle appelait ses petits-enfants. Elle en voulait toujours à mon père de l'avoir quitté et me faisait payer le fait que je l'avais toujours préféré à elle, mais surtout quand elle me voyait, c'était son premier mari qu'elle avait devant elle.


Une odeur de café et des bruits de vaisselles me sortent de mes rêveries. À travers le hublot, le soleil commence à faire son apparition et les voyageurs sortent timidement de leur sommeil. Très vite, les premiers relents de cigarettes se font ressentir. Pendant les plusieurs mois sans mon mari, j'ai pu apprécier cette vie sans l'odeur tabac à la maison.

Juste après l'annonce que le petit-déjeuner va être servi, je prends ma trousse de toilette et emmène les enfants se laver la figure et se laver les dents. Quelques minutes après avoir récupéré nos sièges, l'hôtesse arrive avec son chariot. Les enfants goûtent pour la première fois au chocolat chaud. Le matin, ils avaient l'habitude de boire comme nous, du thé noir. Les enfants s'étonnent que nous ne soyons pas encore arrivés. C'est vrai que le voyage est long. Je regarde ma montre, cela fait plus de 20 heures que nous sommes dans le ciel, bien que nous ayons fait une escale.

Plus nous approchons de notre destination finale, et plus le ciel s'assombrit. Le soleil a laissé place à de nombreux nuages gris.

Une nouvelle annonce. Cette fois, c'est le commandant qui prend la parole. Il nous annonce que nous allons bientôt atterrir, que la température extérieure au sol est de… 5° ! Beaucoup de  personnes sont surprises. On nous avait prévenus que c'était l'hiver dans ce nouveau pays, mais chez nous, l'hiver, c'est la meilleure période, on peut enfin respirer, l'air n'est plus aussi étouffant, bien que nous soyons entouré par la mer. On sort juste avec un petit gilet au cas où il ferait un peu trop frais. Et là avec nos habits du dimanche : robes à manches courtes, sandalettes pour ma fille et moi, chemisette et pantalon en toile pour mon fils, je ne sais pas très bien ce que cela signifie mais je sens que cela va être une des nombreuses surprises qui nous attend. (©)


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