Un ado chez les Grecs

veroniquethery

Un adolescent plongé dans l'antiquité

   Il existe mille et une façons de commencer un récit, des procédés stylistiques riches et complexes capables de séduire et d'émerveiller le lecteur dès les premières lignes du texte, capables de l'emporter immédiatement vers d'autres horizons, d'autres mondes, d'autres réalités. Hélas ! Je ne maîtrise pas -pas encore- ces figures de style, ces images poétiques, ce vocabulaire si varié... Je préfère donc immédiatement avertir mon lecteur : mon histoire souffrira sans doute d'un évident manque de style, mais qu'il se garde de s'arrêter à la forme. Qu'il se montre clément avec le scribe balbutiant que je suis et, s'il a cette indulgence à mon égard, qu'il soit remercié par cet autre aveu brutal : tout ce qu'il lira est -aussi incroyable que cela puisse paraître- absolument vrai ! Les dieux de l'Olympe m'en soient témoins et qu'ils m'envoient pourrir dans le Tartare, si mes propos ne reflètent pas l'absolue vérité de ce qui s'est passé ou, devrais-je dire, de ce que j'ai vécu. Car, que personne n'en doute, ce récit est autobiographique ! Mais, il est temps, je pense, d'entrer dans le vif du sujet.

    Le Temps ! Tout commence par lui, bien sûr. Je sortais d'un cours de mathématiques. En effet, je suis un collégien de 4ème et je vis en 2015 : époque trouble et passionnante. Trouble, car notre époque est partout secouée par une crise financière, qui engendre un peu partout dans le monde pauvreté et malheurs. Trouble, car, un peu partout, des guerres meurtrières éclatent ou, parfois, durent depuis si longtemps que, probablement, les hommes qui l'ont fait naître se maudiraient de savoir que, par leur faute, elles tuent encore. Trouble, car des maladies abattent des populations innocentes, qui n'ont pour tout crime que d'être pauvres et de ne pouvoir s'acheter des médicaments qui pourraient, si ce n'est les guérir toutes, du moins soulager leurs souffrances. Trouble, car un phénomène appelé « réchauffement climatique » met en danger la planète et ceux qui l'occupent. Bref ! L'existence n'est pas toujours joyeuse, surtout, si l'on y ajoute, mes propres problèmes personnels.


   Je sais ! Mes tracas quotidiens ne sont rien face aux horreurs qui se déroulent sur la terre : mais, que voulez-vous ? Un adolescent n'a-t-il pas le droit d'oublier – comme le font sans vergogne tant de grandes têtes pensantes – les malheurs du monde pour songer aux siens ? Et puis, mes problèmes sont légions : le DS que je viens de rater -ah ! Euclide !-, les sermons que je vais encore entendre à la maison -conséquence inévitable de mauvaises notes – et, à présent un cours de... Latin ! Franchement ! Qui peut encore croire qu'un étudiant dynamique, moderne et moyennement cultivé comme je suis a besoin du latin ? Est-ce que César va revenir du passé pour mettre une bonne petite « raclée » aux dictateurs aujourd'hui ? Est-ce que Cicéron va surgir au sénat pour y mettre bon ordre ? Enfin... Je lève les yeux et observe mon éminent professeur écrire au tableau « Alexandrie, entre antiquité et modernité »... J'esquisse un sourire un rien sarcastique : qu'est-ce que la modernité vient faire ici ? Non mais, vraiment... C'est là, je pense, que tout a commencé : je croise le regard de mon professeur, et en une seconde, je comprends qu'ici aussi, je vais avoir droit à une petite leçon de morale ! Qu'ont donc tous ces adultes pour vouloir, tels des La Fontaine -le talent en moins !-, nous asséner leurs moralités, dès que nous, pauvres adolescents, nous avisons de les contrarier ? Pourtant, cher lecteur, je me trompais lourdement...

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