Blanche Page

Luc Himitsu

Poème à quatre voix



Écrire les yeux fermés

juste entendre

juste étendre

le flux des pensées


Écrire les yeux ouverts

dans la brume du soir

lorsque l'envie de voir

ouvre la vie du cœur


Écrire ne plus penser

laisser les mots prendre

s'étendre sur le papier

révéler la vision cachée


Page blanche ouvre ton cœur

couvre ta nudité

au delà de la torpeur

je suis épris de ta pureté


L'histoire commence par une note

un DO trop appuyé

suivi d'un LA

vibre le piano forté


L'histoire se poursuit sans fausse note

de vibration et de plainte

grince le métal

par le bois frappé


L'histoire se conte enfin

corps désaccordé

joue sa vie et le monde

dévoile nu son humanité


Le matin du monde, par ta douceur porté, vit et souri. Ce corps, trop longtemps désincarné, s'ouvre, se ferme, se déforme, partage la chaleur du mouvement désiré.


La porte des sens, sans clé ni serrure, s'ouvre de l'ouverture.


Regarde, aperçois les formes, reçois la plénitude sensuelle d'un instant, d'une marée. Gisant de l'effort, au cœur reposé, la nuit et l'aurore récompensent la douce envolée.


L'histoire continue

compositeur entrainé

au piano maître

l'interprète enchaîné


Que l'histoire se finisse

accord parfait

libère la sculpture

éclats intimes


L'histoire se souvient

répétition sans fin

note après note

comme comptine du nouveau né


Page blanche tu n'es plus

par mes écrits déguisés

tu seras toujours

promesse d'une nouveauté


J'ai écrit j'ai pensé

les mots sont dessinés

vivent maintenant

de leur propre beauté


De l'écrit à la pensée

de l'habit à la nudité

voir enfin pour entendre

être à soi révélé


Écrire les yeux ouverts

sur soi sur l'autre

prendre sa plume et laisser faire

juste accompagner l'aube

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