Bonne fête maman

drims-carter

Théo s'affaire avec ses camarades autour d'une table de la classe. Ils assemblent des bouts de carton, des ficelles, des fils de fer, des coquillages et d'autres babioles. Ils fabriquent un cadre photo pour la fête des mères. Théo a tout juste cinq ans. C'est un timide garçonnet qui hier encore était un bébé. D'habitude introverti, il est aujourd'hui très gai, très motivé, très appliqué. La maîtresse l'observe attentivement, satisfaite par l'évolution fulgurante de ce petit.

Le travail rendu par Théo est exceptionnel. C'est le plus beau de tous les cadres photos réalisés par les enfants de la classe.Les enfant ont fini. La maitresse prend les beaux marqueurs aux écritures dorées et argentées, ceux-là même auxquels les enfants n'ont pas le droit de toucher, et inscrit sur chaque cadre photo "bonne fête maman" de sa plus belle écriture manuscrite. Depuis vingt minutes qu'elle le fait, c'est le même problème : à chaque fois qu'elle saisit le cadre de l'un de ses petits élève, elle le prend de sa main gauche et observe la qualité du travail artistique. Elle choisit ensuite l'un des deux marqueurs, le prend de sa main droite, le lève en direction du cadre et, marque un temps d'arrêt. Il lui est chaque fois plus difficile d'écrire la phrase en l'honneur des mamans tant sa blessure à elle est encore largement ouverte.Monique, la maitresse, en était effectivement à sa huitième fausse couche quand son mari l'a quittée pour une plus jeune, et probablement plus fertile. Âgée de trente-huit ans, elle désespère de ne probablement jamais pouvoir enfanter. Cela la fait pleurer parfois mais... philosophe, elle se dit que ses petits élèves de maternelle sont tous un peu ses enfants à elle aussi. Qu'elle les élève, qu'elle les chouchoute, qu'elle les materne comme s'ils étaient les siens, ce qui fait d'elle la maitresse préférée des enfants ; ceux qui ont grandi et sont au collègue aujourd'hui le lui disent parfois quand ils la croisent. Forte de ces pensées, elle repart de plus belle, reprenant sa concentration et traçant de belles lettres avec des boucles magnifiques. Pendant que l'Atsem aide les enfants à prendre leur collation, Monique chantonne en terminant les cadres des derniers élèves. Elle s'arrête net, comme paralysée, quand elle saisit le cadre de Théo. C'était le plus beau, le plus soigné, mais... Théo n'a plus de mère depuis bien longtemps ; elle s'est suicidée quelques mois à peine après sa naissance, emportée par une dépression post-partum d'une rare violence, d'après les psychologues qui l'avaient suivi. C'est son père, en larmes à chaque fois qu'il est contraint de le raconter qui le lui a dit.Que faire ? que devait écrire Monique ? la panique commença à la saisir. Pouvait-elle décemment demander à un orphelin de cinq ans si elle devait ou non écrire "bonne fête maman" sur un travail qu'il a accompli avec tant d'ardeur ? Après une longue hésitation, elle décide de tenter le coup en appelant Théo à sa table. Celui-ci la rejoignit en sautillant, faisant montre d'une bonne humeur qui ne lui était pas familière, ce qui compliquait la tâche de Monique, qui craignait de lui gâcher la fête.- "Dis-moi Théo, que veux tu que j'écrive sur ton cadre ?"- "Ben il faut écrire bonne fête maman", répondit Théo tout naturellement. Ce qui ne manqua pas de décontenancer une Monique déjà déstabilisée par la situation. Cela la rassura aussi. Peut-être a t'il une belle-mère ou une amie de son père à qui il souhaite l'offrir. Ou peut-être encore souhaite-t'il célébrer la mémoire de sa défunte mère en posant ce présent sur sa tombe.C'est la fin de la journée ce vendredi. Les enfants emportent leurs cadeaux pour leurs mères avec la consigne de les cacher sous leur lit et de ne les remettre à leurs mamans que dimanche matin. Les mamans ont pour consigne de faire comme si elles n'avaient rien vu jusqu'à cette date. Tout le monde joue le jeu. Le père de Théo arrive le dernier, comme d'habitude mais c'est normal vu sa situation. Il appelle Théo qui accourt vers lui afin de lui montrer son cadeau et le félicite pour un si beau travail. Théo revient alors vers Monique en sautillant et lui tend ce cadre qu'il a fait avec amour en lui disant : "T'es un peu comme une maman pour moi, bonne fête Monique"...Elle éclate en sanglots et s'écroule sur Théo, le serrant fort dans ses bras comme si elle venait d'accoucher de lui.

Le travail rendu par Théo est exceptionnel. C'est le plus beau de tous les cadres photos réalisés par les enfants de la classe.

Les enfant ont fini. La maitresse prend les beaux marqueurs aux écritures dorées et argentées, ceux-là même auxquels les enfants n'ont pas le droit de toucher, et inscrit sur chaque cadre photo "bonne fête maman" de sa plus belle écriture manuscrite. Depuis vingt minutes qu'elle le fait, c'est le même problème : à chaque fois qu'elle saisit le cadre de l'un de ses petits élève, elle le prend de sa main gauche et observe la qualité du travail artistique. Elle choisit ensuite l'un des deux marqueurs, le prend de sa main droite, le lève en direction du cadre et... marque un temps d'arrêt : il lui est chaque fois plus difficile d'écrire la phrase en l'honneur des mamans tant sa blessure à elle est encore largement ouverte.

Monique, la maitresse, en était effectivement à sa huitième fausse couche quand son mari l'a quittée pour une plus jeune, et probablement plus fertile. Âgée de trente-huit ans, elle désespère de ne probablement jamais pouvoir enfanter. Cela la fait pleurer parfois mais... philosophe, elle se dit que ses petits élèves de maternelle sont tous un peu ses enfants à elle aussi. Elle les élève, elle les chouchoute, elle les materne comme s'ils étaient les siens, ce qui fait d'elle la maitresse préférée des enfants ; ceux qui ont grandi et sont au collègue aujourd'hui le lui disent parfois quand ils la croisent. Forte de ces pensées, elle repart de plus belle, reprenant sa concentration et traçant de belles lettres avec des boucles magnifiques. 

Pendant que l'Atsem aide les enfants à prendre leur collation, Monique chantonne en terminant les cadres des derniers élèves. Elle s'arrête net, comme paralysée, quand elle saisit le cadre de Théo. C'était le plus beau, le plus soigné, mais... Théo n'a plus de mère depuis bien longtemps ; elle s'est suicidée quelques mois à peine après sa naissance, emportée par une dépression post-partum d'une rare violence, d'après les psychologues qui l'avaient suivi. C'est son père, en larmes à chaque fois qu'il est contraint de le raconter, qui le lui a dit.

Que faire ? que devait écrire Monique ? la panique commence à la saisir. Pouvait-elle décemment demander à un orphelin de cinq ans si elle devait ou non écrire "bonne fête maman" sur un travail qu'il a accompli avec tant d'ardeur ? Après une longue hésitation, elle décide de tenter le coup en appelant Théo à sa table. Celui-ci la rejoint en sautillant, faisant montre d'une bonne humeur qui ne lui est pas familière, ce qui complique la tâche de Monique, qui craint de lui gâcher la fête.

- "Dis-moi Théo, que veux tu que j'écrive sur ton cadre ?"

- "Ben il faut écrire bonne fête maman", répondit Théo tout naturellement. Ce qui ne manque pas de décontenancer une Monique déjà déstabilisée par la situation. Cela la rassure aussi. Peut-être a t'il une belle-mère ou une amie de son père à qui il souhaite l'offrir. Ou peut-être encore souhaite-t'il célébrer la mémoire de sa défunte mère en posant ce présent sur sa tombe.

C'est la fin de la journée ce vendredi. Les enfants emportent leurs cadeaux pour leurs mères avec la consigne de les cacher sous leur lit et de ne les remettre à leurs mamans que dimanche matin. Les mamans ont pour consigne de faire comme si elles n'avaient rien vu jusqu'à cette date. Tout le monde joue le jeu.

Le père de Théo arrive le dernier, comme d'habitude mais c'est normal vu sa situation. Il appelle Théo qui accourt vers lui afin de lui montrer son cadeau et le félicite pour un si beau travail. Théo revient alors vers Monique en sautillant et lui tend ce cadre qu'il a fait avec amour en lui disant : "T'es un peu comme une maman pour moi, bonne fête Monique"...

Elle éclate en sanglots et s'écroule sur Théo, le serrant fort dans ses bras comme si elle venait d'accoucher de lui.

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