Bouffer.

Aurélie

C'est juste temporaire.

Un temps, elle avait tellement grossi en quelques mois, qu'elle avait cru être enceinte. Les dates concordaient autant que ses erreurs avec Lui. Le déni de grossesse elle y croyait, sauf qu'elle elle le voulait, ce bébé. Elle ne faisait pas tout pour l'éviter, elle n'en avait pas une peur bleue comme Am.

Elle s'était toujours dit que le jour où elle ferait 60 kilos, elle se tuerait. C'était pour rire, pensant que ça n'arriverait jamais. Elle n'avait pas pris un kilos depuis ses douze ans. Elle en avait dix-huit à présent.

Elle avait beaucoup souffert de son corps l'année de sa Terminale, quelques mois plus tôt. Elle avait vomi souvent, presque tous les jours, sans le vouloir vraiment, sans le faire exprès, mais ça ne changeait pas tant de choses. Au fond, ce n'était pas rien, ce n'était pas un hasard.

Elleaurait voulu que quelqu'un remarque sa détresse, elle aurait aimé qu'il revienne ou que quelqu'un d'autre vienne l'apaiser, la rassurer, l'aimer. 

Elle avait honte tout de même, d'un côté elle ne se donnait pas le droit de poser le diagnostic, tellement souffraient de TCA et bien plus fort qu'elle n'avait mal.

Puis là quelques mois plus tard, c'était un nouveau départ, des études supérieures, des retrouvailles avec J. et donc avec elle-même.

Y'avait tout eu en même temps ensuite, les partiels, les repas seule, l'argent à gérer, le désir de bébé et le manque de lui. La solitude alors qu'il était toujours, toujours présent. Mais ça allait car elle aimait ce qu'elle faisait et elle l'aimait lui. Il était là. C'est ce qui comptait.

Cesdix kilos elle les avait même pas vu arriver. Elle avait tant d'autres choses à penser.

Au final elle l'avait perdu lui. Mais ce foutu poids elle l'avait gardé. Parfois elle s'était habituée. Au début de l'Été, elle avait même dit à une fille de Skyrock qui commençait à se haïr elle aussi : "Tu sais, je m'accepte mieux qu'avant, quand je ne faisais que 54 kilos". Elle voulait surtout qu'elle apprenne à s'aimer, sachant pertinnemment que cette fille n'était pas grosse, elle voulait l'aider, mais c'était presque vrai aussi.

Elle se trouvait plus belle qu'à cette période bien lointaine où elle pleurait avant d'aller en cours et finissait sans cesse à genoux aux toilettes. Mais durant juillet elle avait rechuté. Depuis quelques mois, elle se détestait à nouveau. Encore et encore. Certains jours, elle se trouvait bien et d'autres, elle pouvait pas sortir sans avoir honte, sans se trouver énorme. 

Elle avait alors décidé de voir une diététicienne, pensant que ça l'aiderait. Elle avait perdu au moins deux kilos en un mois. Ça la rendait mieux, de meilleure humeur, plus heureuse, plus jolie, plus assurée. Elle s'était dit "Putain c'était aussi facile que ça ?". Sa mère et sa sœur l'aidaient dans sa démarche et si parfois c'était difficile de tenir, ça allait.

Mais depuis trois jours, elle était chez sa marraine. Y'avait des bonbons, des gâteaux, du fromage. C'était même pas leur faute à eux, sachant qu'ils mangeaient très équilibré, très sain, très bio.

Non, c'était seulement elle le problème. Depuis toujours elle avait ce problème avec la bouffe.

Etde quoi souffrait-elle au juste ? Elle aurait aimé savoir. Elle aurait aimé.

Elle n'était pas malade, ce n'était pas ça une fille malade. Parce que malgré tout, elle ne se privait pas et ne se gavait pas. Malgré son petit appétit depuis toujours. Parce que malgré tout, elle savait se trouver jolie quelquefois, elle savait manger sans penser à ça, sans trop culpabiliser, sans se faite vomir. Elle ne s'était jamais faite vomir, d'ailleurs. Jamais volontairement.

Maissi elle n'était pas malade, elle n'allait pas bien non plus, et il est vrai qu'à chaque fois que son moral s'était éclaté en mille, son corps n'en était que plus puni.

Elle ne se sentait pas le droit de se plaindre, ni d'y penser autant. Elle ne savait pas en parler pourtant elle était jalouse qu'on les écoute, les autres filles et pas elle.

Elle avait comme l'impression d'amplifier son mal-être pour qu'on la voie.

Elle se sentait minable.

  • Il est dur ce texte Aurélie...une fille malade ça ce voit pas forcément au premier coup d'oeil et pourtant elle souffre de ne pas pouvoir exprimer le pourquoi ! Verbaliser est un premier pas. Prenez soin de cette jeune femme

    · Ago over 2 years ·
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    tantdebelleshistoires

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