Bouteille à la mer

Théa Fayel

Je ne pensais pas retrouver mon chemin, retrouver quelqu'un qui partage ma chair et mon sang. Longtemps, j'ai erré sur les chemins de mon imaginaire, allant et venant sur différentes routes. J'ai fait des détours, fait demi-tour, pendant des années. J'ai emprunté tellement de chemins que je me suis emmêlée dans leur virages trop secs et leur pentes trop raides. 

Parfois, souvent, j'ai dû m'arrêter, assise au sol et incapable de me relever. J'ai versé assez de larmes pour devenir la source de ma propre rivière. La route a été longue, trop longue, même.

Et donc, j'ai abandonné. Je suis rentrée chez moi les mains vides et le cœur amer. J'ai continué à lire les cartes sans succès, toujours aussi confuse et ne sachant pas trouver ce que je cherchais. Il a fallut oublier, c'était évident. Mais l'évidence était plus que douloureuse, et surtout inacceptable.

Quel est le prix de ses racines, de sa propre chair, de ses origines? Il n'y en a pas, le sang est le plus beau des trésors, le cœur est son égal. Y renoncer était encore plus éprouvant que le voyage. Les années passent, et pendant que les arbres poussent, les blessures se referment. La cicatrice reste, bien sûr.

Alors on la masque, on la dissimule. On tente de l'oublier comme le reste, d'en faire un détail de sa vie, en s'apprêtant à d'autres choses plus importantes. On parle du beau temps et de l'averse. On voit les oiseaux s'envoler, et le désir de les suivre ne peut être plus puissant. Mais on reste là, planté au sol, retenu par des racines qu'on ne connaît pas...

Le manque reste présent, comme un trou dans la poitrine. Il reste ancré dans les veines, il ralenti mon pouls, tente de faire ralentir les choses, pour me laisser plus de temps. Pour nous laisser plus de temps. Tout reste là, en dehors de mon champ de vision. Mais un air de guitare lointain permet de garder contact avec l'inconnu.

L'espoir qui se veut envolé ne peut s'empêcher de revenir se percher sur le bord de ma fenêtre. Et cette envie de retourner sur les chemins s'empare de moi à chaque fois, mais il faut être forte, je me dis. Il faut résister, et vivre avec ce qu'on a. 

Mais c'est dans un vent de nostalgie que je repars sur les chemins, cette fois sans espérer atteindre ma destination. Je me balade sans objectif, sans espérer trouver mon arbre et mes racines. Je cherche, pour le plaisir de chercher, pour me souvenir de l'espoir abandonné. Un oiseau me guide, et je me sens plus légère. 

L'oiseau rappelle le soleil et la mer, un vent chaud s'écoule sous ses ailes. Il me mène jusqu'à la côte, et me laisse ici. Pendant qu'il passe la ligne d'horizon, je m'enfonce dans le sable. La mer m'appelle, on dirait. Et là, je la vois.

Elle est belle, elle rayonne, le soleil se reflète sur le verre poli par le temps. Elle est là, ma bouteille à la mer. Je tiens ce que je crois être un rêve, l'improbable, l'inattendu. Je ne t'attendais plus, mais tu es toujours là, échouée sur le sable. 

C'est donc à toi que je dédie ces heures passées sur les routes de mon imaginaire, parfois sans but et sans directions à suivre. Ces heures, au final inutiles, et cet arbre, l'oiseau. Merci pour ta bouteille à la mer, et pour ce renouveau de joie, d'espoir.  

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