Ça ira mieux demain

melow

Pendant deux ans, tous les jours, je me suis leurrée, consciemment, volontairement, avec cette phrase. Il fallait que je sois courageuse. Il fallait bien exister. Mais franchement, à quoi bon ?

C'est insupportable. Cette tension. Cette impression d'être sur des charbons ardents. A chaque inspiration, j'ai les poumons en feu. J'ai la sensation qu'ils ne seront jamais assez forts, ni grands pour tous mes soupirs. J'ai tout le corps tendu, bandé comme un arc. L'épiderme hypersensible. Je suis à fleur de peau. A fleur de toi. C'est incroyable cette sensation de manque. Il y a un creux dans ma cage thoracique, un trou béant qui ne demande qu'à être comblé, qui n'attend que ça. Ça brûle de l'intérieur cette impatience. Et tout l'oxygène du monde ne semble pas suffire pour colmater le trou dans ma poitrine. C'est si long comme douleur. Le temps s'étend inexorablement, plus lent et diffus que jamais, comme si la trotteuse qui égrène les secondes était engluée de colle (pléonasme). Soupir. C'est l'impatience. C'est étrange tout de même, parce que j'ai hâte que ça s'arrête mais d'autre part, je redoute le moment où cela va s'interrompre. On s'habitue au manque. Il paraît que l'être humain est perfectible. C'est sans doute pour ça qu'on continue d'inspirer cet oxygène qui n'existe pas. On souffre c'est sur, et à mesure que l'attente se fait ressentir, c'est plus douloureux, c'est sur, mais on est aussi plus endurant. Inspiration. Expiration. Soupir. Mais on espère quand même, que demain, ça ira mieux. Et tous les soirs, c'est la même rengaine : on est parvenu à surmonter une journée de plus. Et ça nous fait déjà une journée de moins avant la fin de nos maux. La délivrance, le goût unique, un peu sucré des retrouvailles. Même si elles ne se passent jamais comme on se l'imagine. Difficile de s'imaginer le bonheur à l'état le plus pur d'un autre côté. Soupir. Vivement demain. Ça ira mieux demain.

  • "On s'habitue au manque."
    Malheureusement.

    · Il y a 5 mois ·
    Black

    le-droit-dhauteur

    • Je ne sais pas si c'est malheureux. D'un point de vue extérieur, ça l'est sans doute. Mais je pense que si on ne s'y habitue pas un peu, la souffrance est toujours mal vécue car vive, piquante, vraiment douloureuse. S'habituer au manque permet selon moi de s'habituer à la souffrance qui l'accompagne : elle devient plus diffuse, calme, sous-jacente. On peut vivre avec. En tout cas, je l'espère.

      · Il y a 5 mois ·
      So3n2arw

      melow

    • C'est vrai. D'ailleurs, peut-on parler de manque si on s'y habitue ?

      · Il y a 5 mois ·
      Black

      le-droit-dhauteur

    • Je pense que oui. C'est plutôt notre perception face à manque qui change, plutôt que le manque lui-même.

      · Il y a 4 mois ·
      So3n2arw

      melow

  • Terrifiant et terriblement bien écrit...

    · Il y a 5 mois ·
    Images (2)

    Ellie

    • Qu'est-ce qui est terrifiant ?
      Merci beaucoup :)

      · Il y a 5 mois ·
      So3n2arw

      melow

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