Ce vent étiré
Pierre Gravagna
Les nuits dernières avaient été nourries de ce vent étiré qui nous vient de la mer. Ce vent lointain qui récolte sur les flots les âmes perdues et qui porte parfois aussi le sable rouge du Sahara. Un jour il vient de la mer, le lendemain, il descend des collines. D'autres fois, on ne sait d'où il vient, le vent. Ces jours là, il rend fou même les plus vieux des Marseillais. Et leur ville allongée devant la Méditerranée, le vent la salit, la couvre des papiers gras des chichis-fregis de l'Estaque, envole les poubelles, donne des ailes aux sacs en plastique. Enguirlandées d'ordures ménagères, des rues entières sont prises de panique. Ceux qui ne savent pas croient que le vent la souille et la méprise, Marseille. Mais moi je sais qu'il fait briller ma ville, qu'il lui donne un air pur et cassant, un air de colline dévêtue. Un air pur et cassant que le soleil et sa lumière transpercent. Tout est si proche alors. Je me régale à contempler les îles, la Côte Bleue, les cargos en rade, les gabians dans le bleu du ciel très haut. Saturé d'iode et rafraîchi par l'écume, il m'enivre quand je le bois seul et sans modération. Il m'assomme d'abord avant de me donner la force du taureau, ce vent qui me pousse toujours à errer dans les nuits marseillaises.
'des ailes aux sacs en plastique" !!!! c'est cela la grâce du poète, qui donne des ailes au moindre brin d'herbe
· Il y a presque 7 ans ·une belle "envolée" que votre évocation !
ah Marseille la Belle ses jupons gonflés par le Mistral !
anna-c
Merci pour tes commentaires élogieux, de nombreux autres textes à ,moi sont à lire sous le même pseudo mais sans le s à la fin "Pachole", si t veux bien les lire aussi et me dire ce que tu en penses. merci encore
· Il y a presque 7 ans ·Pierre Gravagna
''J'aimerais revenir dans un vieux port du monde
· Il y a plus de 7 ans ·Comme ceux d'où partaient ces premiers découvreurs
Encor mal assurés que la terre fût ronde,
Qui levaient l'ancre pleins d'audace et de terreurs
Je voudrais revenir dans une vieille ville
Qui porte une statue en haut d'une colline
Une ville accueillante aux vaisseaux du commerce
Qui ne regrettent pas de s’être déroutés''
Louis Brauquier. Eau Douce pour Navire.
enzogrimaldi7